AIÔN

La série intitulée "AÏON" est actuellement constituée de 7 peintures :

AIÔN

« (…) toute la ligne de l’aiôn est parcourue par l’instant, qui ne cesse de se déplacer sur elle et manque toujours à sa propre place ». Gilles Deleuze, Logique du sens (1).

 

             Pourquoi Jean-Bernard Pouchous intitule-t-il une nouvelle série de peinture "AIÔN" ?

            A-t-il envie de savoir ce qu’est une « durée de vie » ou une « durée de vie illimitée » ou de connaître « l’éternité » ? Pourra-t-il matérialiser cette durée, la personnifier, voir la magnifier ?

           Nous savons tous que le serpent Agathodémon ami du bel Antinoüs (iie siècle apr. J.-C.) ou « bon génie » qui protégeait, jadis, tout foyer, toute famille… a fait son temps ? Mais toujours, nous fêtons l’éternel retour de la lumière et nous apprécions sa forme ronde et sa couleur dorée en galette des rois, partagée entre nous à l’Épiphanie (premier dimanche qui suit le 1er. janvier). En savourant le soleil, nous confirmons ainsi la promesse de la nuit du solstice, la plus longue de l’année qui sera suivie des jours qui commencent à s'allonger, renaissance lente de la lumière à l’origine de toutes vies. « Aveuglé, nous tournons en rond ébloui, nous perdons la boule, notre planète terre. » (sic). Oublié, l'œuf cosmique des Orphiques, auquel il est fait pour la première fois allusion dans notre culture avec "Les Oiseaux d'Aristophane" (2), c'est de la Nuit qu'est issu un œuf noir, duquel sort Eros aux ailes d'or.

              Aux antipodes de notre sphère de fer, les hymnes sacrés de l’Inde antique du "Rig Veda"  (3) utilisent un nom similaire pour la source de l'univers : "Hiranyagarbha", qui signifie littéralement le « fœtus doré » ou l'« utérus d'or » (ou « œuf » ou « matrice » d'or). "Les Upanishads"  indiquent que le Hiranyagarbha  flotta dans le vide pendant un certain temps puis se brisa en deux moitiés qui formèrent "Dyaus Pitar" (le Ciel) et "Prithvi" (la Terre). Ce récit rappelle le "Yin et yang" (4) de la philosophie chinoise qualifiant les composantes différentes d'une éternelle transformation, qui sont à la fois, opposées et complémentaires…

« L'histoire n'est qu'un éternel recommencement ! » On doit cette vérité à Thucydide philosophe et politicien Athénien né en 460 avant J.C. Les artistes inspirés aiment "SOPHIA", la sagesse occidentale. La sophiologie est un concept philosophique sur LA Sagesse et un concept théologique sur la sagesse de Dieu et son aspect féminin. Chez Socrate et Platon, la sophia est une vertu essentielle du gouvernant lui permettant de voir les essences. Sophie est parfois présentée entre la déesse serpent et les Amazones.

              Annonçant le christianisme, "Le mythe d’Er" clôt le livre X de La République (5) de Platon et aussi la deuxième partie de cet ouvrage. Ce mythe présente un jugement des âmes, et c’est un revenant, "Er" fils d’Arménios, qui fait le récit de la rémunération que reçoivent les âmes des bons et des méchants dans un au-delà poétique. Mais à quel prix ?

              Ce prix c’est la valeur du "TEMPS" représenté par l’Éon mythologique est illimité, qui contrairement à celui de Chronos, est un temps totalement empirique, qui ne s’appuie que sur l’expérience, qui n’a pas de fondement scientifique.

Éon est représenté comme un jeune homme nu à l’intérieur du cercle zodiacal, ou le temps éternel est cyclique. Néanmoins, il peut être aussi imaginé en vieil homme puisqu’il représente les cycles du temps. L’image du serpent entortillé est lié à un gouvernail ou un cerceau à travers l’ouroboros « qui se mord la queue », un anneau formé par le reptile tenant le bout de sa queue dans sa bouche, imageant la nature cyclique de l’année.

              Le médecin psychiatre suisse Carl Gustav Jung (1875-1961) a écrit un essai intitulé "Aiôn". Etudes sur la phénoménologie du Soi (1951) (6). Il y étudie le Soi comme « totalité psychique transcendant le Moi ». Le Soi est le terme du processus d'individuation. Il unifie les polarités contraires. L'intégration de l'ombre, c'est-à-dire le fait de rendre conscient l'inconscient personnel, représente la première étape du processus analytique, sans laquelle une connaissance de l'anima et de l'animus est impossible. 

              Le concept d’aiôn  s’oppose à celui de chronos chez le philosophe Gilles Deleuze (1925-1995), ou celui-ci est le temps de la succession matérielle, c’est-à-dire le temps de l’action des corps, tandis que celui-là est l’extra-temporalité d’un présent idéal immanent au temps des corps. Cette extra-temporalité, loin d’être une éternité transcendante, extérieure au temps des corps, « insiste ou subsiste » à la surface des corps en tant que virtualité : poussée idéelle de l’immanence qui constitue son devenir. Pour l’auteur de "L’image-mouvement/L’image-temps" (7) l’aiôn est le temps de l’instant pur, de l’événement, qui ne cesse de se diviser en passé et futur illimités ; il le compare à l’INTERNEL de Charles Péguy (1873-1914).

« L’internel, c’est très exactement la nouveauté de l’éternité et l’éternité de la nouveauté. Ce n’est pas une raison pour croire aux miracles. Ce n’est pas une raison pour croire l’événement permanent. » L’internel n’a rien de théologique (Péguy récuse sans cesse le « clergé de la pensée »). « L’internel demeure l’exception dans l’extrême simplicité, l’inopiné dans le banal. L’internel, c’est très proche de l’intuition de l’instant – ce qui réconcilie Bachelard avec Bergson. L’internité, c’est « l’éclair de Spinoza » un des plus beaux textes de Romain Rolland qu’il faudrait à tout prix rééditer. » (8) Didier Bazy.

              Ainsi, Deleuze précise-t-il que si l’instant « manque toujours à sa propre place », c’est que l’aiôn est ce pur devenir non identifiable, non repérable, dans lequel le temps ne cesse de se diviser en un avant et un après, dans lequel le temps s’écoule sans que l’on puisse le mesurer, sans qu’aucun cadre de la représentation ne puisse l’objectiver.

              Un art INTERNEL reste caché au cœur de l'individu !

              Cette réinterrogation du « présent indéductible (Paul Valéry) » de notre Occident aux prises avec le temps ne peut se faire qu’à partir des conceptions grecques et chrétiennes du temps jusqu’à celles formulées dans l’anthropocène actuel. Pour « comprendre le concept de temps, il faut manier différentes notions grecques : chronos (temps linéaire), aiôn (éternité), kairos (l’instant de l’événement, le temps opportun), krisis (le temps du jugement, le temps critique). Les notions chrétiennes sont également importantes pour nous aider à saisir les régimes d’historicité qui sont devenus les nôtres, après précisément avoir été ceux des temps chrétiens. Ces derniers ont en effet « négocié avec Chronos », inventé des « opérateurs temporels », pour ne rien céder sur l’essentiel (le kairos christique, notamment) mais néanmoins penser un régime terrestre : le couple chronos-kairos a été revisité derrière les grilles interprétatives suivantes : l’accommodatio (l’accommodation divine à la nature humaine), la translatio (la succession des empires), la renovatio (la renaissance) et la reformatio (la réforme dans tous les sens du terme). » … « De la situation, la nôtre désormais, qui consiste à nous trouver à la fois dans le temps du monde et dans celui de l’anthropocène, qui se touchent, interfèrent, mais ne sauraient se mêler, vu les différences d’échelle qui les séparent, peut-on faire l’hypothèse d’un régime anthropocénique d’historicité. »  … « Il ne s’agit plus,  seulement (…) d’articuler passé, présent et futur mais de prendre en compte des passés, des présents et des futurs, qui ont des portées différentes, divergentes, contradictoires même, mais qui forment (…) un écheveau de temporalités dont nous nous trouvons (…) partie prenante et aussi agissante. » François Hartog (9).

              Est-il seulement possible d’articuler le temps du monde et des hommes avec celui de la Terre ? « Chronos, c'est le refus de ce temps fécond qui fait advenir autre chose, l'illusion qu'il n'y aura pas de disparition. » Cynthia Fleury (10)

              Tout est temps, rien est temps, ainsi à la fin des années 1940, Parlph Alpher (1921-2007) chercheur en cosmologie, propose le mot « ylem » pour nommer la substance primitive ayant existé entre le "Big crunch" de l'univers précédent et le "Big bang" de notre propre univers (11).

             Singulier mystère du culte du temps ou pluriel des cultes à mystères du mortel vécu.

« Tu trouveras à gauche de la demeure d'Hadès [l'Invisible, dieu des morts] une source [Léthé : Oubli],

et près d'elle, se dressant, un cyprès blanc :

de cette source ne t'approche surtout pas.

Tu trouveras une seconde source, l'eau froide qui coule

du lac de Mnémosyne [Mémoire] ; devant elle se tiennent des gardes.

Dis : « Je suis fils de la Terre et du Ciel étoilé ;

ma race est céleste, et cela vous le savez aussi… »

Et, de ce moment, avec les autres héros, tu seras souveraine » (12).

              Pour un « éternel étudiant de l’être » comme Jean-Bernard Pouchous, le terme aiôn, signifie ontologiquement d'abord « vie », ou « être », pour progressivement évolué vers celui d’« éternité  ». Il l’oppose au monde sensible, gouverné par le temps (khronos), le monde intelligible est gouverné par l'éternité (aiôn)

              Bien sûr le CHRONOS philosophique est le temps, une notion qui rend compte du changement dans le monde. Le questionnement s'est porté sur sa « nature intime » soit propriété fondamentale de l’univers, ou produit de l'observation intellectuelle et de la perception humaine.

              Le temps historique est découpé en trois périodes :

- Le passé  désigne ce sur quoi un observateur ne peut intervenir quoi qu'on fasse.

- Le futur   désigne ce que l'observateur peut dans certaines mesures modifier

- Le présent qui désigne la jonction pour un observateur entre son avenir et son passé.

« Hier était le jour  précédent et demain sera le jour suivant parce que je suis aujourd’hui. » CQFD.

        Point mouvant sur la flèche du temps où ce même temps semble s'écouler toujours dans la même direction, le temps est pour le mathématicien Isaac Newton (1643-1727), un flux continu. L’analogie est faite avec le mouvement. 

             Pourtant pour Heidegger « Le temps ne passe pas, loin d'être voué à s'éloigner, se diluer, s'effacer dans la nuit, le passé se révèle être paradoxalement riche d'avenir. Si le temps passait bien des expressions qui nous sont familières perdraient toute signification (le temps presse, qu'il s'endort, qu'il travaille, que certains sont en avance ou en retard sur leur temps) » (13).

              L’objet d’art en tant que création artistique peut être assimilé à la synthèse de la fabrication et de l’action au sens d’Aristote (384-322 av. j.-C.), c’est-à-dire, dans le vocabulaire du philosophe prussien Wilhelm von Humboldt (1767-1835), de l’énergie créatrice (energeia en grec) et du produit (ergon). Apprécier une œuvre d’art, c’est à la fois la considérer comme une réalité distincte de l’artiste, possédant l’ambiguïté des choses, et y retrouver la puissance vivante de l’imagination, des sentiments, d’une vision du monde. L’œuvre confère la permanence de la chose à la fugacité de l’inspiration et du geste de l’artiste. Cette tension entre Apollon et Dionysos se retrouve dans la rivalité du classicisme et du romantisme, ou encore du formalisme et de l’expressionnisme. Dans un clin d’œil à Xavier Bichat (1771-1802) médecin et anatomo-pathologiste français  dont on retient l'aphorisme « La vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort » ; André Malraux (1901-1976) définissait la culture tout entière comme l’ensemble des formes qui ont été plus fortes que la mort. À vrai dire, remarque Jean-Paul Sartre (1905-1980), si l’œuvre d’art survit en effet à l’artiste, on ne saurait la confondre avec une chose, c’est-à-dire une réalité qui demeure indépendamment de l’imagination humaine. C’est parce que pour lui, nous contemplons un tableau qu’il est davantage que des pigments étalés sur une toile.

              Certaines cultures ne voient dans la création d’image que l’aspect dynamique, l’acte pur ou l’inspiration, et ne se soucient absolument pas de pérenniser le dessin ou la peinture. En Inde, par exemple, toute vie est transition : tout est pris dans un cycle perpétuel de création et de destruction. L’art ne saurait faire exception. Il est vrai qu’il s’agit surtout de communier, par l’intermédiaire d’un objet, avec l’esprit de quelque divinité. En dehors de cet instant sacré, l’œuvre n’est plus qu’un réceptacle déserté. Elle aura surtout servi à relier l’âme de l’artiste à la divinité, à la manière d’une prière.

              Ainsi, la contemplation esthétique ne consiste pas seulement à apprécier une forme soustraite au temps. Elle nous libère de l’urgence de l’instant, elle nous permet de contempler la condition humaine de loin, ou de plus loin. C’était aussi la raison d’être de la tragédie qui nous amène à contempler les malheurs de l’homme du point de vue du destin, dans un mouvement de recul par rapport au temps.

              En science-physique, l'ESPACE-TEMPS est une représentation mathématique de l’espace et du temps comme deux notions inséparables et s'influençant l'une l'autre. En réalité, ce sont deux versions (vues sous un angle différent) d'une même entité. Le continuum espace-temps comporte quatre dimensions : trois dimensions pour l'espace, « x », « y », et « z », et une pour le temps, « t ». Afin de pouvoir les manipuler plus aisément, on s'arrange pour que ces quatre grandeurs soient homogènes à une distance en multipliant « t » par la constante « c » (célérité de la lumière dans le vide).

« Le mélancolique est l’homme du kairos, de la circonstance. » Aristote (14).

              Foin du « cogito ergo sum » cartésien, l’instant opportun, le KAIROS est un concept qui, adjoint à l’Aiôn et au Chronos, permet, sinon de définir le temps, du moins de situer les événements selon cette dimension. Faire le bon acte au bon moment participe au Kaïros. Pour ce qui est de la pensée occidentale, le concept de Kaïros apparaît chez les Grecs sous les traits d'un petit dieu ailé de l'opportunité, qu'il faut saisir quand il passe. Le Kairos est donc le temps du moment opportun. Il qualifie un intervalle, ou une durée précise, importante, voire décisive. Dans le langage courant, on parlerait de point de basculement décisif, avec une notion d'un avant et d'un après au sens de Vladimir Jankélévitch (1903-1985)  philosophe et musicologue français. Le Kairos est donc « l'instant T » de l'opportunité : avant est trop tôt, et après trop tard. In fine, l'expression « instant d'inflexion » semble convenir : « Maintenant est le bon moment pour agir. »

              Par-delà bien et mal (15) de Friedrich Nietzsche ( ) évoque cette dimension : « Le "Raphaël sans mains", ce mot pris au sens le plus large, serait-il dans le domaine du génie, non pas l'exception, mais la règle ? - Le génie n'est peut-être pas si rare ! mais il lui manque les cinq cents mains nécessaires pour maîtriser le Kairos, le "moment propice", pour saisir l'occasion aux cheveux ! »

              Dans les images fixes de Jean-Bernard Pouchous, le Kairos a une dimension du temps n'ayant aucun rapport avec la notion linéaire de Chronos (temps physique), on pourrait les considérer comme une autre dimension du temps créant de la profondeur dans l'instant. Une porte sur une autre perception de l'univers, de l'événement, de soi. Une notion immatérielle du temps mesurée non pas par la montre, mais par le senti ou ressenti. Le dieu grec Kairos se représente comme un jeune homme qui ne porte qu'une touffe de cheveux sur la tête. Quand il passe à notre proximité, il y a trois possibilités :

1- on ne le voit pas ;

2- on le voit et on ne fait rien ;

3- au moment où il passe, on tend la main, on « saisit l'occasion aux cheveux ».

              Le mot kairos a donné en latin opportunitas (opportunité, saisir l'occasion). La roue de la fortune à bougée et nous basculons du côté obscur de la force, l’autre être. Le Prix Nobel d’économie Oliver Williamson (1932-2020) définit l’opportunisme comme un comportement stratégique reposant sur des manœuvres frauduleuses, voire criminelles, pour obtenir un gain particulier (16). L’opportunisme peut alors se manifester à travers un ensemble de comportements ou attitudes, tels que le mensonge, la manipulation, la triche, la fraude, l'escroquerie, le vol, le crime organisé ou la transmission d’informations erronées. Les travaux en sciences sociales et, en particulier, en économie et management se sont intéressés au rôle de l'opportunisme, son importance au cœur de l'économie de marché, ses antécédents et ses conséquences dans les relations tant inter-personnelles qu’inter-organisationnelles. Les intellectuels immoralistes avancent l'idée que les individus sont naturellement opportunistes et immoraux, car ces derniers recherchent avant tout à servir leurs intérêts. La Fable des abeilles de Bernard Mandeville (1670-1733), fut le premier texte (1714),  à légitimer philosophiquement le luxe et la luxure. Il peut être considéré comme l'un des fondateurs de la pensée néolibérale comme le montre le philosophe Dany-Robert Dufour (1947-…) dans la préface d’une réédition récente (17).

« La queue du mal pénètre la bouche du bien ou c’est la bouche du mal qui avale la queue du bien. » ( ?)

             François Dosse  (1950-…) épistémologue français (18) s’interroge : « Y-a-t’il une histoire intellectuelle ? »

             L'intellectuel est davantage, d’abord, quelqu’un qui va mettre ses compétences au service de la Cité selon la définition que donnent Gilles Deleuze et Michel Foucault (1926-1984) de "l’intellectuel spécifique". On le voit par exemple chez un Paul Ricœur (1913-2005), quand dans "La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli " (19), il énonce ses inquiétudes citoyennes. Il écrit : « il faut bien comprendre que la mémoire ce n’est pas l’histoire, qu’il faut les articuler ensemble », plaidant pour, dit-il, une politique de la juste mémoire. Donc voilà la tâche d’un philosophe, mais d’un philosophe intellectuel puisqu’il s’adresse au citoyen, et fait part d’une préoccupation citoyenne. Donc là, voilà un "intellectuel spécifique", il va faire un travail philosophique pour éclairer cette confusion qui existe dans notre Cité entre histoire et mémoire. »

          Le deuxième rôle des intellectuels c’est le lien entre experts et citoyens, aller à l’encontre de cette coupure devient dramatique : « Les intellectuels peuvent avoir là un rôle de mise dans la Cité des grands enjeux qui ne sont d’ailleurs plus tellement entre le blanc et le noir, qui ne sont plus manichéens mais comme disait Ricœur, c’est plutôt des choix à faire entre le gris et le gris. Ça ne veut pas dire que ce sont les mêmes choix, il y a des camaïeux dans le gris. Là, les intellectuels peuvent utiliser leurs compétences à rendre audibles les grands enjeux citoyens et à œuvrer dans le sens d’un approfondissement de la démocratie. »

              Le troisième rôle qui est le plus difficile est de rouvrir le futur. « C’est-à-dire qu’on attend aussi d’eux d’une certaine manière que par l’idéologie, que par l’utopie concrète ils rouvrent un horizon d’attente, un horizon d’espérance qui n’existe plus. Or, un individu qui grandit a besoin d’un projet de vie personnel, une société qui grandit a aussi besoin de se projeter dans l’avenir, besoin d’un projet d’émancipation. Eh bien c’est de ce projet dont on pâtit aujourd’hui et pas qu’en France, à l’échelle internationale, et là les intellectuels, pas seulement les intellectuels français, ont un défi qui est à relever. »

              Pour Jean-Bernard Pouchous, l’artiste plasticien n’est pas qu’un technicien même si il est très doué de ses mains et à une vue (vision) hors du commun, il est surtout un intellectuel tout aussi naïf et prétentieux que les autres auteurs. Son érudition doit relier Mémoire, Histoire et Oubli, loin des expertises savantes, à la bêtise existentielle commune sur laquelle il fera pousser les plus belles fleurs de l’art. Grâce à l’aiôn et au « moment propice », il peut saisir l' « occasion aux cheveux » et « rouvrir le futur », l’internaliser.

Jean-Bernard Pouchous, 2021.

Bibliographie :

00-1-Gilles Deleuze, Logique du sens,  éd. de minuit, 1969.

00-2-Aristophane, trad. Hilaire Van Daele, Les Oiseaux - Lysistrata, t. III, éd. Les Belles Lettres, coll. des Universités de France, 1977.

00-3-Alexandre Langlois, Rig-Véda ou Livre des hymnes, éd. Jean Maisonneuve successeur, 2009.

00-4-Richard Wilhelm, trad. Etienne perrot, Yi Kink : Le livre des transformations, éd. Médicis, 1994.

00-5-Platon, trad. Georges Leroux, La République – Livre I à X, éd. Flammarion, 2013.

00-6-Carl Gustav Jung, Etudes sur la phénoménologie du Soi, éd. Albin Michel, 1983.

00-7-Gilles Deleuze, L’image-mouvement/L’image-temps, éd. de Minuit, 1985.

00-8-Romain Roland, Empédocle - l'éclair de Spinoza, éd. Manucius, coll. Lieux d’Utopies, 2014.

00-9- François Hartog, Chronos. L’Occident aux prises avec le temps, éd. Gallimard, 2020.

00-10- Cynthia Fleury, Les irremplaçables, éd. Gallimard, coll. Blanche, 2015.

00-11-Parlph Alpher, The Cosmos - Voyage Through the Universe, éd. Time-Life Books, New York, 1988.

00-12- Lamelles d’or orphiques, Instructions pour le voyage d’outre tombe des initiés grecs, lamelles de Pétélia (fin du Ve. S. av. J.-C.), éd. Giovanni Pugliese Carratelli, Les Belles Lettres, 2003.

00-13-Philippe Arjakovsky, François Fédier, Hadrien France-Lanord, Dictionnaire Martin Heidegger : vocabulaire polyphonique de sa pensée, éd. Du Cerf, 2013.

00-14-Aristote, trad. Jackie Pigeaud, L’Homme de génie et la mélancolie, éd. Payot, coll. Rivages, 1988.

00-15- Friedrich Nietzsche, Par-delà bien et mal, éd. Folio, 1987.

00-16-Jean François Gayraud, La grande fraude : crime, subprimes et crises financières, éd. Odile Jacob, Paris, 2011.

00-17-Bernard Mandeville, Dany-Robert Dufour, La fable des abeilles, éd. Pocket, 2017.

00-18-François Dosse, La Saga des intellectuels français, tome I. À l’épreuve de l'histoire (1944-1968), tome II. L’Avenir en miettes (1968-1989), éd. Gallimard, 2018.

00-19-Paul Ricœur, La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli, éd. Seuil, 2003.

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