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AÏON - N° 5

N° 04 -"Belfort", 2020, acrylique sur toile, 130 x 240 cm.

« Si la beauté se révèle mortelle, comment pourrions croire en la pérennité de l'œuvre, en la divinité de l'art ? Chaque grande époque de l'art ne fut elle pas une fête funèbre en l'honneur d'un moment disparu ? Chaque forme ou structure » conquise par l'histoire et la civilisation comporte donc une certaine victoire en même temps qu'une certaine dégradation vitale. » Henri Lefebvre (1901/1991).

 

Anomie

L’œuvre intitulée "Belfort" peinte par Jean-Bernard Pouchous,  représente  la statue du Lion de Belfort entouré à gauche et de haut en bas par :

I - le Blason de la République Française tel qu’il était en 1898 ;

II - l’écriture en rose fluo de la date 14/18 ;

III - les armoiries royales du Royaume-Uni telles qu’elles sont depuis 1837 ;

IV - le Grand sceau des Etats-Unis tel qu’il est depuis 1782 ;

V - un pygargue à têtes blanche qui se bat en plein vol avec un aigle royal.

En bas et au centre du tableau sont représentés :

VI - une tête de Christ couronné d'épines ;

VII - un masque africain "Punu".

A droite et de haut en bas :

VIII - est écrite en bleu fluo la date 39/45 ;

IX - les armoiries du Reich allemand telles qu’elles étaient entre 1889 et 1918 ;

X - le blason de l’union des Républiques socialistes soviétiques telles qu’elles étaient entre 1923 et 1936 ; XI - les armoiries du royaume d’Italie telles qu’elles étaient entre 1929 et 1944.

Les grands parents maternels de Jean-Bernard Pouchous étaient tous deux originaires de Haute-Savoie mais les aléas de la vie entre les deux grands conflits mondiaux, les ont amenés à vivre dans le Territoire de Belfort ; c’est là que la mère de l’artiste est née et qu’elle s’est mariée. Le grand père était de la classe 1898 du 27e bataillon des chasseurs alpins d'Annecy au célèbre béret noir "tarte ou galette", cor de chasse en argent comme insigne et dont la devise est « Vivre libre ou mourir ». En 1914 il avait 16 ans, et en 1916 il du partir au front. Revenu de la « der des ders » il se marie avec une savoyarde avec qui il aura 8 enfants. Après la défaite de 1939 il avait 41 ans, prit dans la débâcle générale, il ramène sous les mitraillages des stukas toute sa famille en Haute-Savoie ou il travaille à Annecy jusqu’ à la libération. En 1945 il retrouve sa maison de Belfort où il décède à l’âge de 80 ans.

Chaque année Jean-Bernard Pouchous accompagné de son frère cadet, rejoint ses cousines et cousins pour passer les vacances scolaires à Belfort dans la maison des Grands-parents. A la retraite le grand-père était devenu gardien du Lion de Belfort et la grand-mère tenait, étés comme hivers, la boutique de cartes postales et de souvenirs touristiques pour le compte du club-alpin français (1874) aujourd’hui Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM).  L’enfant qu’il était alors aimait aller avec eux « au Lion » et il passait sa journée à « re-garder » le lion ou à explorer la citadelle. C’est dire que cette ancienne fortification militaire n’avait aucun secret pour lui. Le lion ne s’est pas sauvé et est resté dans son cœur jusqu’à la réalisation de cette œuvre de 2020, intitulée simplement Belfort. Cette peinture est un hommage à cette république française qui a embrasée l’Europe entière et dont tous les rois, empereurs et clergé d’alors n’y ont vu que la mort de leur régime aux privilèges millénaires.

Le Lion de Belfort est un monument commémoratif en haut-relief situé au pied de la falaise de la citadelle. Œuvre du sculpteur alsacien Auguste Bartholdi (1834/1904), il commémore la résistance de la ville assiégée par les Prussiens durant la guerre Franco-allemande de 1870.  La ville et l'arrondissement de Belfort, correspondant à l'actuel Territoire de Belfort, furent laissés à la France lors de la signature du traité de Francfort en 1871, faisant de ce territoire la seule partie de l’Alsace à rester française. Reposant sur un piédestal en rocaille, la sculpture est longue de 22 m. et haute de 11 m., ce qui en fait la plus grande statue de pierre de France. Elle est constituée de blocs de grès rose des Vosges adossée à la paroi de calcaire grise de la falaise sous le château de Belfort. La citadelle édifiée par Vauban (1633/1707) fut remaniée par le général Haxo (1774/1838). Le fauve a la tête tournée fièrement vers l’ouest, présentant le dos à l'adversaire et retenant entre ses pattes, une flèche tournée vers la frontière allemande. L'œuvre symbolise la résistance héroïque de la ville menée par le colonel Denfert-Rochereau (1823/1878), pendant le siège de Belfort par l'armée prussienne, durant 103 jours (de décembre 1870 à février 1871).

« …le monument représente, sous forme colossale, un lion harcelé, acculé et terrible encore en sa fureur » et « le sentiment exprimé dans l’œuvre doit surtout glorifier l’énergie de la défense. Ce n’est ni une victoire ni une défaite qu’elle doit rappeler. » Bartholdi.

Le projet est initié le 5 décembre 1871 par le conseil municipal de Belfort, et son maire Édouard Meny (1818/1891) sollicite en 1872 le sculpteur colmarien Auguste Bartholdi qui a participé à la guerre franco-allemande de 1870 en tant qu’aide de camp de Garibaldi (1807/1882). Influencé par son maître Jean-Léon Gérôme (1824/1904) qui aimait le gigantisme des sculptures égyptiennes antiques, il s'inspire notamment du Lion de Lucerne du sculpteur Bertel Thorvaldsen (1770/1844) réalisé en 1819 et de Brutus, le lion de Jean-Baptiste Pezon (1827/1897), dompteur et directeur de la grande ménagerie lozérienne à Paris. Les travaux de terrassement commencent en 1875, la dernière pierre n’est posée qu'en septembre 1879. L'artiste finance le 28 août 1880 une illumination de son œuvre par des feux de Bengale. La section de Belfort du Club Alpin Français (1874/…) fait graver la dédicace « aux défenseurs de Belfort 1870 - 1871 » sur le socle du Lion grâce aux fonds récoltés par un droit d’accès payant établi en 1890 (1).

Mondialement plus connu est la statue de la Liberté (Statue of Liberty) du même Bartholdi  située à New-York, sur la Liberty island, au sud de Manahattan, à l’embouchure de l’Hudson et à proximité d’Ellis Island, porte d’entrée des immigrants aux Etats-Unis. En 1879,  Bartholdi fit appel à l'ingénieur Gustave Eiffel (1832/1923) pour décider de la structure interne de la statue. Ce dernier imagina un pylône métallique supportant les plaques de cuivre martelées et fixées. Pesant 225 tonnes et mesurant 92,9 mètres, elle est construite en France et offerte par le peuple français, en signe d'amitié entre les deux nations, pour célébrer le centenaire de la Déclaration d’indépendance américaine. La statue fut dévoilée au grand jour le 28 octobre 1886.

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