AÏON - N° 4

N° 04-"Note bleue", 2019, acrylique sur toile, 130 x 195 cm.

« Les vagues du grand bleu caressent les blessures de notre âme. » Mireille Weiten de Waha.

 

N° 04 - Epreuves

                La peinture intitulée "Note bleue", représente une âme flottant devant quelques tombes du cimetière du Père-Lachaise. L’âme est une jeune femme bleue qui tient une immortelle entre le pouce et l’indexe. A bien y regarder la fleur a du être arracher de la terre au pied d’un caveau en arrière plan en bas à droite. C’est le soleil d’hivers qui éclaire Paris ce jour là. Le cimetière du Père-Lachaise est le plus grand cimetière parisien intra muros et l'un des plus connu du monde. Situé dans le 20e arrondissement, de nombreuses personnes célèbres y sont enterrées, notamment Eugène Delacroix (1798-1863), Théodore Géricault (1791- 1824) et Pierre et Héloïse Abélard les amoureux maudits du XII siècle. Jean-Bernard Pouchous a documenté le décor de son tableau, lors d’une ballade photographique dans ce cimetière le plus visité au monde qui chaque année plus de trois millions et demi de visiteurs, ce qui en fait le cimetière le plus visité au monde... Ce matin là il était vide. Il venait d’enterrer sa mère à Annecy peu de temps auparavant et il était loin de se douter que c’est au crématorium de ce même cimetière que son fils Rémi Pouchous (1979-2020) serait incinéré.

« L’art lave notre âme de la poussière du quotidien. » Pablo Picasso.

                Ce jour là, l’artiste avait le "blues" et déambulait dans les allées pavées du Père Lachaise, tel Lucius l’âne d’or d’Apulée, l’âme en peine.

Dans le jazz et le blues, la "Note bleue" (en anglais blue note) est une note jouée ou chantée avec un léger abaissement, d'un demi-ton au maximum, et qui donne sa couleur musicale au blues, note reprise plus tard par le jazz. Les notes bleues peuvent être considérées comme des notes ajoutées à la gamme majeure ; ces notes sont aux 3e, 5e et 7e degrés, abaissées d'un demi-ton. Le terme "blue" vient de l'abréviation de l'expression anglaise « blue devils » (littéralement « diables bleus », qui signifie « idées noires »). La note bleue est utilisée par les musiciens et les chanteurs de blues et de jazz à des fins expressives, pour illustrer la nostalgie ou la tristesse lors de la narration d'une histoire personnelle. Nous pensons au jeu de guitare de Lonnie Johnson (1899-1970), mais depuis les pierres tombales et les caveaux, vient à l’oreille de l’artiste, la musique du "Prélude à l'Après-midi d'un faune" de Claude Debussy (1862-1918) d’après le poème bucolique de Stéphane Mallarmé (1842-1898) "L'Après-midi d'un faune".

Pourquoi « Un Coup de Dés jamais n'abolira le Hasard » (1) ?

                Lucius Apuleius ou Apulée (125-170) est l’auteur des "Métamorphoses ou l’âne d’or" (2). Le héros de l’histoire apprend que, pour retrouver sa forme humaine, il doit manger des roses. Ses diverses aventures malheureuses et burlesques au cours de cette quête des roses sont l'occasion pour Lucius d'apprendre et de raconter au lecteur de nombreuses histoires dont le mythe de Psyché et d'Amour.

                C’est un voyage spirituel, une sorte d’initiation à la magie en même temps qu'une mise à distance par le comique de toute sorcellerie.

« Il en est du véritable amour comme de l’apparition des esprits ; tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vus. » François De la Rochefoucaud.

                Avec l’âne d’or tout commence par l’évocation de la beauté si parfaite de princesse Psyché qui inévitablement éveillera la jalousie d'Aphrodite à laquelle on la compare. Les foules se contentent de venir la contempler comme une œuvre d'art et de la vénérer comme une déesse au point d'oublier de célébrer Aphrodite. La déesse, offensée par un tel sacrilège, ordonne à Éros de la rendre amoureuse du mortel le plus méprisable qui soit. Alors que le dieu s'apprête à remplir sa mission, il tombe lui-même amoureux de Psyché en se blessant avec l'une de ses flèches.

                Jean-Bernard Pouchous se rappelle les épreuves que doit surmonter Psyché pour aimer, notamment celle, ou, elle est contrainte de rapporter à Aphrodite de la laine des terribles brebis à la toison d'or. Désespérée, la princesse est sur le point de se jeter dans une rivière voisine lorsqu'un roseau, ému, lui indique la marche à suivre : « Tant que le soleil de midi darde ses rayons, ces brebis sont possédées d'une espèce de rage. Tout mortel alors doit redouter les blessures de leurs cornes acérées, le choc de leur front de pierre, et la morsure de leurs dents venimeuses ; mais une fois que le méridien aura tempéré l'ardeur de l'astre du jour, que les brises de la rivière auront rafraîchi le sang de ces furieux animaux, tu pourras sans crainte gagner ce haut platane nourri des mêmes eaux que moi, et trouver sous son feuillage un sûr abri. Alors tu n'auras, pour te procurer de la laine d'or, qu'à secouer les branches des arbres voisins, où elle s'attache par flocons. »

                Psyché traverse tant d’épreuves qu’à la dernière on soupire en apprenant qu’elle doit  simplement mettre dans une boîte une parcelle de la beauté de Perséphone, la reine des Enfers. Épuisée, elle est à nouveau tentée de mettre fin à ses jours. Elle est sur le point de se jeter du haut d'une tour quand, soudain, la tour commence à lui parler, la convainc de rester en vie et lui indique comment réussir cette épreuve. Psyché parvient à récupérer une parcelle de la beauté de Perséphone. Cependant, sa curiosité va la perdre ; pensant que la beauté de la déesse l'aidera à reconquérir Éros, Psyché ouvre la boîte et plonge aussitôt dans un profond sommeil, semblable à la mort.

                Bien sûr, entre-temps, Éros, dont la blessure a cicatrisé et dont les forces sont revenues, s'est échappé du palais d'Aphrodite. Toujours épris de Psyché, il la ranime doucement avec la pointe d'une de ses flèches puis il l'emmène devant Zeus en personne. Ce dernier convoque les dieux de l'Olympe et annonce publiquement le mariage d'Éros et Psyché. Celle-ci est invitée à consommer l'ambroisie, ce qui lui confère l'immortalité et la dote de délicates ailes de papillon. Le dieu et la nouvelle déesse sont alors unis en présence de tout le Panthéon, et un merveilleux banquet s'ensuit. Quelque temps plus tard, Psyché donne à Éros une fille, nommée Hédoné (Plaisir). L'amour (Éros) et l'âme (Psyché) sont ainsi réunis pour l'éternité.

                A propos de "Note bleue", nous pourrions parler d’une théophanie d’une « apparition », d’un avènement improbable, au cours duquel a normalement lieu la révélation d'un message ou simplement d'un avertissement, c’est là qu’il est donnée (Hédoné) à l’artiste sa psyché, où âme et amour reste ainsi unis pour l’éternité, dans le plaisir.

 « La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.
C’était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S’énivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d’un rêve au cœur qui l’a cueilli.
J’errais donc, l’œil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m’es en riant apparue
Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées. »

Stéphane Mallarmé, Vers et Prose, 1893 (3).

                Le philosophe grec Posodonius d’Apamée (135-51 av. J.-C.), disait que toute maladie avait un germe (sperma) et une fleur. La fresque représente la « fleur » de la passion qu’elle concentre et ce n’est que par la suite de l’action qu’elle se révèle « instant de mort ». Le poète latin Horace (65-27 av. J.-C.) parle de « cueillir » en l’arrachant à la terre la « fleur » de l’instant et Ovide (43 av. J-C.-18) disait que chez la femme mûre la volupté était arrivée a son fruit, dans sa maturité (maturus).

« C’est pourquoi l’art chez les Anciens s’est toujours doté d’une fonction thérapeutique ou cathartique. Il présente le symptôme et, comme il l’isole, il le chasse de la cité comme un pharmakos, comme un bouc émissaire. Il ne faudrait pas parler d’esthétique ancienne. C’est éthique qu’il faudrait dire » (4).

Jean-Bernard Pouchous - 2019.

04 - Bibliographie :

04-1- Mallarmé, Un Coup de Dés jamais n'abolira le Hasard, éd. Gallimard, 1993.

04-2- Apulée, Les Métamorphoses ou l’âne d’or , éd. Belles Lettres, 2007. 

04-3- Stéphane Mallarmé, Vers et Prose, éd.  10/18 N° 278, 1965.

04-4- Pascal Quignard, Le sexe et l’effroi, éd. Gallimard, coll. Folio, 1996. 

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