40 F. - N° 4

N°4-"Héro et Léandre", 2014, acrylique sur toile, 100 x 81 cm.

«Marlow, il te faut la taverne

Non pour Faust, mais pour y mourir

Entre les tueurs qui te cernent

De leurs poignards et de leurs rires

À la lueur d'une lanterne...», Aragon (1897-1982) - Les poètes (1).

 

N°4- Pollution nocturne.

                La peinture intitulée "Héro et Léandre" représente une jeune fille assise sur de grosses pierres, jambes repliées, déhanchée, ses deux bras tendus relève son torse comme pour nous monter sa poitrine. Elle regarde vers la droite par-dessus son épaule, le regard semble perdu dans le plaisir de se monter nue. Elle s’appelle Héro, elle est prêtresse d'Aphrodite à Sestos sur la rive européenne de l’Hellespon. Au loin s’étend à l’infini sous le ciel des Dardanelles, la mer. La mer Egée en méditerranée est reliée au sud-ouest à la mer noire par un premier bras de mer appelé détroit des Dardanelles ou Hellespon qui mène à la mer de Marmara et un second passage au nord-est appelé Bosphore qui mène de la mer de Marmara à la mer noire.

                Un avion à hélice pique sur nous, il s’agit d’un avion de chasse américain P-51 Mustang, qui fut un des plus rapide avion de chasse américain de la dernière guerre mondiale. Nous distinguons vaguement son pilote, il s’agit de Léandre originaire d’Abydos. Abydos est une vielle antique située sur la rive asiatique de l’Hellespont, à son point le plus étroit entre Europe et Asie.

                Au premier plan en bas de la peinture sont représentés à droite un oiseau de mer couché mort le plumage entièrement mazouté et à gauche un réveil indiquant 4H30.

                Héro habite une tour plantée sur une petite île, utilisée comme  phare pendant des siècles, la tour a été transformée aujourd’hui en café et restaurant populaire, avec une excellente vue sur l'ancien pays grec, perse, romain, byzantin et ottoman. Des navettes vont et viennent vers la tour plusieurs fois par jour.

4H30 c’est l’heure où Héro attend patiemment au bord du rivage qui a cette endroit est fortement pollué et viens de rejeter un oiseau recouvert de goudron, mort asphyxié.

7H00, Héro montera au sommet de cette tour qui surplombe le Bosphore, allumer un signal lumineux pour guider le vol de Léandre, afin que la nuit venue, il puisse venir la rejoindre.

                A la fin du printemps, elle avait succombé aux messages doux de Léandre et à son argument selon lequel sa patronne la déesse de l'amour Aphrodite méprisait les vierges.  Au premier rendez-vous Héro avait donc cédé aux avances du jeune pilote et ils se retrouvaient depuis toutes les nuits de l’été pour faire passionnément l’amour. À l’aube, Léandre retournait à Abydos, comme il était venu, nageant jusqu’à la rive puis courant vers la piste ou il avait abandonné son avion.

                Vint alors l’hiver et les vents contraires empêchant Léandre de venir rejoindre sa bien-aimée. Après plusieurs nuits de longue attente, celle-ci lui fit parvenir un message : « Je mourrai si tu tardes encore à venir! ». Léandre lui répondit: « Si pour quelques nuits encore, grosse est la mer, je tenterai de traverser les eaux agitées: ou bien chanceux et sauf, je serai récompensé de mon audace, ou bien la mort mettra fin à mon inquiet amour ». Encouragée par le SMS (Short Message Service) de Léandre, Héro décida, malgré une forte tempête d’allumer le signal au sommet de la tour. Léandre n’hésita pas et décolla dans la tourmente pour voler vers sa bien-aimée. Malheureusement, son avion fut emporté par une tornade et fut englouti par les flots en furies. Il se noya et son corps fut ramené par les vagues sur le rivage de Sestos. Dès qu’elle l’aperçut, Héro, désespérée, se jeta du haut de la tour et s’unit ainsi à son amant dans la mort.

                Virgile parle à propos de Héro et Léandre du « feu cruel de l’amour qui brûle dans le corps » :

« Que n'ose un jeune amant qu'un feu brûlant dévore!

L'insensé, pour jouir de l'objet qu'il adore,

La nuit, au bruit des vents, aux lueurs de l'éclair,

Seul traverse à la nage une orageuse mer;

II n'entend ni les cieux qui grondent sur sa tête,

Ni le bruit des rochers battus par la tempête,

Ni ses tristes parents de douleur éperdus,

Ni son amante, hélas! qui meurt s'il ne vit plus. » Virgile, Géorgiques, III, 258. (2)

                Le récit de la mort de ces deux jeunes amoureux, éloignés l’un de l’autre par un étroit bras de mer séparant européens et asiatiques, fut conté par Musée poète égyptien de langue grecque  (v. IVe-Ve siècle) qui en a fit un épyllion intitulé "Héro et Léandre" (3) et le plus romantique des romantiques Lord Byron s’éprit tellement de cette histoire qu’en 1810, il  effectua la traversée à la nage entre Sestos à Abydos en une heure et dix minutes.

                Inspirées par Ovide, Christopher Marlowe (1564 -1593), dramaturge anglais, publia en 1598 un poème,  d'une émotion violente, "Hero et Léander" (4) qui en 1599 lui value la condamnation de ses œuvres furent condamnées qui furent brûlées en public.

                Beaucoup d’artiste peintre se sont inspiré de cette légende tragique comme Théodore Chassériau (1819-1856) Héro et Léandre, dit Le Poète et la Sirène au Louvre ; Jean-Joseph Taillasson (1745-1809) au Musée des beaux-arts de Bordeaux ; le flamand Pierre Paul Rubens (1577-1640) à la Yale University Art Gallery) ; les britanniques William Turner (1775-1851), Héro et Léandre, à la National Gallery et William Etty (1787-1849), Héro, s’étant jetée de la tour à la vue de Léandre noyé, meurt sur son corps de la Tate Britain.

Jean-Bernard Pouchous, 2014.

N°4-Bibliographie :

N°-4-1- Louis Aragon, Les poètes, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1976.

N°-4-2- C. Casalegno, Les plus grandes histoires d’amour de tous les temps, Montréal, éd. Guérin, 1997, p. 22-26) :

N°-4-3- Pierre Orsini, Musée, Héro et Léandre, éd. Belles Lettres, 1968.

N°-4-4- Marlow Christopher, Hero et Leandre,  éd. La Différence, coll. Orphée, 1989.

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