DINGBAT N° 8

 

N°8-"Tornade du Pangolin géant", 2017, acrylique sur toile, 195 x 160 cm.

« Quiconque prétend s'ériger en juge de la vérité et du savoir s'expose à périr sous les éclats de rire des dieux puisque nous ignorons comment sont réellement les choses et que nous n'en connaissons que la représentation que nous en faisons. » Albert Einstein (1887-1961).

 

N°8 -A-  Hillbilly

                La peinture intitulée "Tornade du Pangolin géant" représente un fast-food américain surmonté d’un immense "donut" publicitaire.

                Les "donuts" sont des beignets typiquement américains en forme de petit pain rond avec un trou au centre. Ils sont recouverts d'un glaçage au sucre ou au chocolat.

                Ce "donut shops" est situé sur un parking traversé par un pangolin géant.

                Le "pangolin" du mot malais "pengguling" signifiant "enrouleur", c’est un mammifère insectivore édenté dont le corps allongé est en grande partie recouvert d'écailles Ils vivent dans les régions tropicales et équatoriales d'Afrique et d'Asie du Sud-Est. Les plus grands, pèsent jusqu'à 35 kg et mesure 1,5 m. La tête est étroite et allongée. Les pattes, courtes, se terminent par cinq doigts griffus. Les écailles, entre lesquelles poussent quelques poils, s'imbriquent pour recouvrir les surfaces supérieures et latérales du corps, queue comprise ; seuls le museau, le ventre et l'intérieur des pattes en sont dépourvus.

                Tel un éléphant dans un magasin de porcelaine, notre animal emporte tout sur son passage comme une tornade.

                Baigneurs en celluloïd, boite de conserve, poupées, peluches, jouet bateau, buggy d’Autocrosss, portion de vache qui rit, ballon de foot, bike BMX, "flatlandeur", etc, sont entraînés dans un même tourbillon devant et autour du donut géant.

                Notre  "flatlandeur", tourne masqué, il porte jogging, short, genouillères, protège-tibias et masque "Anonymous".

                En cyclisme extrême, le "flat" est une discipline qui consiste à faire des figures, ou enchaînements de figures, en BMX (Bicycle motocross), exclusivement sur un sol plat, souvent en équilibre sur une seule roue ou en utilisant des pegs.

                "Anonymous" (en français "Anonymes ") est un mouvement "hacktiviste", se manifestant notamment sur internet pour défendre la liberté d'expression.     Le masque est inspiré de V, qui est un personnage de fiction du comics V pour Vendetta, créé par Alan Moore et David Lloyd. Il est un mystérieux justicier anarchiste et terroriste  que l'on reconnait facilement à son masque de Guy Fawkes (1570-1606). Selon Moore, il a été conçu pour être à la fois un protagoniste et un antagoniste, de sorte que les lecteurs puissent décider par eux-mêmes s'il est un héros qui sert une cause ou tout simplement un aliéné.

                Le "buggy d’Autocrosss" retournée les 4 roues en l’air et sponsorisée par "Dixie shopper" une marque américaine de tondeuse à gazon grand modèle.

                L'autocross est une forme de compétition automobile qui consiste en des courses extrêmes, organisées sur des circuits de terre. Les véhicules peuvent être des monoplaces spécifiques ou des voitures de tourisme issues de la série.

                Nous sommes en fin de journée, le ciel bleu foncé est violemment éclairé par les projecteurs du parking.

                La scène est très "Rock ’n’ roll" (roc et roule). Aujourd’hui, nous dirions "rockabilly". Le terme est un mot-valise entre "rock" et "hilbilly". "Hilbilly" est un stéréotype sociologique appliqué originellement à certains habitants américains des Appalaches. Le sens de ce terme a toutefois été élargi pour désigner toute population ou tout citoyen fortement inculte et grossièrement attaché à ses pénates, vivant le plus souvent dans des contrées perdues.

N°8 -B- Dingbat : KONSCIENCE  (un cas de conscience).

                Oui, tout ce cirque est un cas de conscience… Un cercle vertueux ou un cercle vicieux ?

« En premier lieu, il s'est agi pour Lacan de souligner ce que Freud  n'a pas pu ou n'a pas osé faire, à savoir montrer combien le langage est ce qui ordonne notre rapport au monde aussi bien qu'à nous-mêmes. » Charles Melman (1).

                La roue tourne…

"(We're Gonna) Rock Around the Clock" est une chanson de rock ‘n ’roll de Bill Haley & His Comets (2) dont voici les paroles originales:

« One, two, three o'clock, four o'clock, rock

Five, six, seven o'clock, eight o'clock, rock

Nine, ten, eleven o'clock, twelve o'clock, rock

We're gonna rock around the clock tonight

 

Put your glad rags on and join me, hon

We'll have some fun when the clock strikes one

We're gonna rock around the clock tonight

We're gonna rock, rock, rock, 'til broad daylight

We're gonna rock, gonna rock, around the clock tonight

 

When the clock strikes two, three and four

If the band slows down we'll yell for more

We're gonna rock around the clock tonight

We're gonna rock, rock, rock, 'til broad daylight

We're gonna rock, gonna rock, around the clock tonight

 

When the chimes ring five, six and seven

We'll be right in seventh heaven

We're gonna rock around the clock tonight

We're gonna rock, rock, rock, 'til broad daylight

We're gonna rock, gonna rock, around the clock tonight

 

When it's eight, nine, ten, eleven too

I'll be goin' strong and so will you

We're gonna rock around the clock tonight

We're gonna rock, rock, rock, 'til broad daylight

We're gonna rock, gonna rock, around the clock tonight

 

When the clock strikes twelve, we'll cool off then

Start a rockin' round the clock again

We're gonna rock around the clock tonight

We're gonna rock, rock, rock, 'til broad daylight

We're gonna rock, gonna rock, around the clock tonight »

 

                Like a rolling stone : Rock’n’roll

                Le rock 'n' roll serait né avec la chanson de Bill Haley & His Comets  « (We're Gonna) Rock Around the Clock » composée en 1952 par Max C. Freedman et Jimmy De Knight (James E. Myers). Premier single de l'histoire du rock à se classer n° 1 au Billboard Hot 100 , le 9 juillet 1955.

                Bill Haley, alors âgé de 29 ans, et son groupe "The Comets", enregistrent au Pythian  Temple de New York une des chansons qui révèlera le rock 'n' roll au monde entier. Édité par la maison de disques Decca  en face B du simple Thirteen Women (and Only One Man in Town).

                Jimmy De Knight, conseiller technique pour le film "Graine de violence" (Blackboard Jungle), choisit ce titre comme chanson principale du film. « Rock Around the Clock » est choisit comme chanson principale du film ; le film sort en mars 1955, et le disque réédité dans la foulée, entre dans le Billboard Hot 100 en mai, pour s'y installer n° 1 des ventes aux Etats-Unis du 9 juillet au 27 août, soit pendant 8 semaines. Avec son inclusion dans un nombre incalculable d'anthologies du rock 'n' roll, les ventes mondiales de ce morceau dépassent les 30 millions d'exemplaires en plus de 50 ans.

                En 2010, ce morceau est encore classé 158e. parmi les 500 plus grandes chansons de tous les temps  du magazine Rolling Stone.  Ce bimensuel américain sur la pop culture à dominante musicale, créé à san Francisco en 1967, annonçait un classement en 2010 dont les 3 premiers titres étaient :

1 - Bob Dylan - Like a Rolling Stone - 1965 - 

2 - The Rolling Stone - (I Can’t Get No) Satisfaction - 1965 - 

3 - John Lennon - Imagine - 1971...

                La pierre roule toujours…

N°8 -C- Dingbat :  CHE = --   "che" vaut 2 traits        "chevaux de trait"

                Etymologiquement  l'entrée "Travailler" dans le "Grand Robert" est : "Faire souffrir", nombreux emplois dérivés de ce sens en ancien français "battre, blesser, molester, tourmenter", "endommager, dévaster"; aussi intransitif "souffrir, accoucher" ; du lat. pop. tripaliare "torturer, tourmenter" avec le "tripalium" (instrument d'immobilisation et de torture à trois pieux utilisé par les Romains pour punir les esclaves rebelles ; instrument servant aussi à ferrer de force les chevaux de trait.

                Les grecs prenaient soin de distinguer deux notions : celle de "ponos" d'une part (qui donnera "peine" et "pénible" en français) et, d'autre part, celle de "ergon", ce qui est produit par sa vertu propre et qui correspond à "œuvre" en français moderne. Le fait de produire a donc subi une scission constitutive qui met d'un côté le travail, comme tel, ignoble et, de l'autre, l'œuvre, comme telle, noble. Toutes les langues occidentales font ressortir cette distinction à "ponia / ergon" propre au grec, il faut en effet ajouter les couples "labor / opus" en latin, "arbeiten / werken" en allemand, "labour / work" en anglais, qui attestent du caractère fondamental de la division entre travailler et œuvrer.

                Leur apparente opposition dissimule un accord profond qui trouve en chacun de nous un équilibre plus ou moins précaire.

« Que excès que ça ! Qu’est-ce ? Que sexe a ? Qu’ai ? Que sexe a ? Kékséksa ? Que aie ce que c’est que ce a ? » nous dit en 1900, Jean-Pierre Brisset dans "La Science de Dieu : Ou la création de l’homme"(1).

« Kékséksa » ? Quel est ce trouble qui, dans la confrontation à certaines œuvres, délicieusement m’envahit et me déloge de ma place de regardant pour faire de moi le regardé ? Me voilà soudain incapable de différencier l’objet de sa représentation, distinguer l’un de l’autre deux modes de création plastique.

« Si la bêtise ne ressemblait pas à s'y méprendre au progrès, au talent, à l'espoir ou au perfectionnement, personne ne voudrait être bête », remarquait Robert Musil et pourtant beaucoup travaillent et œuvrent intelligemment.

                Folie ou Médiocrité ?

                L'écrivain Hans Magnus Enzensberger rappelle la lointaine filiation du problème : « Le but que poursuivait l'alphabétisation de la population n'avait rien à voir avec la propagation des Lumières. Ses champions, les amis des hommes et les prêtres de la culture n'étaient que les hommes de main de l'industrie [...] D'une tout autre nature, le progrès dont il était question consistait à domestiquer les analphabètes, ces « membres de la plus basse classe », à exorciser leur imagination et leur entêtement, pour exploiter désormais non plus seulement leur force musculaire et leur adresse, mais aussi leurs cerveaux. » (2)

                Les moyens d'arriver à ses fins deviennent, dans un tel régime, uniformes. Le travail semble alors, non seulement en tant que catégorie, mais dans sa réalité même, un moyen de produire la richesse en général. Ce "moyen" que s'est donné le capital pour croître, c'est ce travail dévitalisé qui passe également aux yeux du travailleur pour un « unique moyen de subsistance ». Patrons et travailleurs s'entendent au moins là-dessus : le métier est devenu un emploi et lui-même passe unanimement pour "moyen". Ce n'est là ni un jeu de mots ni une simple coïncidence lexicale, le travail devient un simple "moyen", le jour où on le calibre sous la forme d'un apport strictement "moyen". La conformité d'un acte à son mode moyen, lorsqu'obligée et universelle, confine toute une société à la trivialité (3).

N°8 -D- Dingbat :  Annexe 

« Quand je suis allé au Trocadéro, c’était dégoûtant. Le marché aux Puces. L’odeur. J’étais tout seul. Je ne partais pas. Je restais. Je restais. J’ai compris que c’était très important : il m’arrivait quelque chose, non ? (…) J’ai compris pourquoi j’étais peintre. Tout seul dans ce musée affreux, avec des masques, des poupées Peaux-Rouges, des mannequins poussiéreux. Les Demoiselles d’Avignon ont dû arriver ce jour-là, mais pas du tout à cause des formes : parce que c’était ma première toile d’exorcisme, oui ! » Pablo Picasso (1).

D- Jeu

                Cette peinture représente la tête d’une poupée de collection en carton pâte, elle est aussi représenté en haut de la peinture intitulée "Tornade du Pangolin géant".

« Eh ! Baby-doll ! » Quelle vertu s'attache donc à la réduction, que celle-ci soit d'échelle, ou qu'elle affecte les propriétés ?

                L’anthropologue et ethnologue Claude Lévi-Strauss (1908-2009), nous apprend qu’elle résulterait, semble-t-il, d'une sorte de renversement du procès de la connaissance : « pour connaître l'objet réel dans sa totalité, nous avons toujours tendance à opérer depuis ses parties. La résistance qu'il nous oppose est surmontée en la divisant. La réduction d'échelle renverse cette situation : plus petite, la totalité de l'objet apparaît moins redoutable ; du fait d'être quantitativement diminuée, elle nous semble qualitativement simplifiée. Plus exactement, cette transposition quantitative accroît et diversifie notre pouvoir sur un homologue de la chose ; à travers lui, celle-ci peut être saisie, soupesée dans la main, appréhendée d'un seul coup d'œil. La poupée de l'enfant n'est plus un adversaire, un rival ou même un interlocuteur ; en elle et par elle, la personne se change en sujet. A l'inverse de ce qui se passe quand nous cherchons à connaître une chose ou un être en taille réelle, dans le modèle réduit la connaissance du tout précède celle des parties. Et même si c'est là une illusion, la raison du procédé est de créer ou d'entretenir cette illusion, qui gratifie l'intelligence et la sensibilité d'un plaisir qui, sur cette seule base, peut déjà être appelé esthétique. » (2).

                Le médecin-psychanalyste Juan-David Nasio (1942-…), nous rappelle que « la petite fille œdipienne fait jouer à la poupée deux rôles différents. Dans le Temps Préœdipien, elle répète avec sa poupée la relation avec sa mère : elle s'identifie à sa poupée et, simultanément, elle s'identifie à sa mère comme la câlinant. » ; et qu’une fois entrée dans l'œdipe proprement dit, la petite fille change de rôle : « maintenant, elle est la mère ; et sa poupée est l'enfant merveilleux que le père lui a donné. » (3).

                Qu'elles soient mascottes, amulettes ou gris-gris, la figuration humaine nous sert le plus souvent de transfert. Ainsi font les enfants du Guatemala, qui possèdent plusieurs petites poupées et confient un souci à chacune d'elles afin d'en être débarrassés.

Mon premier confident, l’ours en peluche de mon enfance, a été à lui tout seul le gardien de tant de peurs et d'inquiétudes qu'il fut certainement et à mon insu mon premier porte-bonheur…

                Rappelons que Pablo Picasso (1881-1973), découvre l’art primitif en 1906 chez son ami André Derain (1880-1954), où est exposé un masque des Fangs du Gabon, acheté à Maurice de Vlaminck (1876-1958) pour 50 francs. C’est à la même période (1906-1907) que Picasso peint Les Demoiselles d’Avignon (243,9 x 233,7 cm.) - Musée d’art moderne de New-York, une toile dans laquelle le masque africain inspire deux visages de femmes comme une sorte d’exorcisme.

Jean-Bernard Pouchous-2017

Bibliographie :

N°8-B-1- Charles Melman, L’Homme sans gravité : Jouir à tout prix, éd. Folio, 2005.

N°8-B-2- https://www.youtube.com/watch?v=7sjQAvEVbtA

N°8-C-1- Cité par André Breton, in Anthologie de l’humour noir, p. 318, Jean-Jacques Pauvert, 1966.

N°8-C-2- Hans Magnus Enzensberger, Médiocrité et folie: Recueil de textes épars, éd. Gallimard, 1991.

N°8-C-3- Alain Deneault, La médiocratie, éd. LUX, coll. Lettres libres, 2015.

N°8-D-1- Picasso, cité par André Malraux, La tête d’obsidienne, Gallimard, 1974.

N°8-D-2- Claude Lévi-Strauss, La Pensée sauvage, éd. Plon, coll. Pocket, 1990.

N°8-D-3- Nasio J.-D., L’Oedipe, éd. Payot, coll. Désir, 2005.

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