Substrat - N° 11

N°11-"Vitenes", 2008, acrylique sur toile, 162 x 97 cm.

« Comme toute symétrie, la stabilité triomphante se révèle à la longue paralysie et verrou.. » Roger Caillois (1913/1978).

 

N°11 - L’erreur inhumaine.

  La peinture intitulée "Vitenes", représente un enfant hilare en train de déguster une cuillerée de boisson chocolatée en poudre conditionnée par la marque "Nestlé" (2), préparation industrielle qui doit normalement être mélangé par le consommateur avec du lait.

« Conduisez-moi, Zeus et toi Destinée, vers où vous l’avez disposé pour moi. Car je suivrai sans faillir. Mais si je devenais méchant et si je ne le voulais pas, je ne suivrais pas moins. »   Cléanthe, cité par Epictète (1).

  Au premier plan en bas du tableau, il y a une portion de "Vache qui rit" (3). C’est une des 6 parts d’une boite ronde de  fromage fondu de la marque des fromageries "Bel". Chaque sixième était emballé de papier aluminium d’où sortait  une petite tirette rouge très astucieuse pour ouvrir d’un simple geste le conditionnement protecteur. C’était très amusant de déchirer ainsi l’enveloppe métallique de ce fromage, que l’on chiffonnait entre ses doigts pour en faire une petite bille qui, à ce stade de transformation, pouvait éventuellement servir de projectile.  "La Vache qui rit" est célèbre car elle représente une vache hilare portant des boucles d’oreille constituées... de boîtes de vache qui rit portant sur son couvercle une étiquette qui représentait une vache hilare portant des boucles d’oreille constituées...  "La Vache qui rit" est mondialement connue, appelée : "Al-Baqara Ad-Dahika" dans les pays arabes, "Con bò cÝi" au Viêt Nam, "Vessiolaia Bourionka" en Russe, "Die lachende Kuh" en Allemagne, etc, mais il faut bien reconnaître qu’avec l’âge un abyme d’indifférence s’est logé entre nous et cette "star" de l’industrie laitière. Seul le goût, tel la "madeleine de Proust", nous reste en bouche comme onctueux et doux. 125 portions de "vache qui rit" étaient alors consommée chaque seconde dans le monde.

  Au premier plan en bas à droite de "Vitenes", il y a un compteur bleu "EDF" (Electricité De France) (4). Ce compteur est de conception électromécanique ancienne aujourd’hui remplacée par des compteurs électroniques, il sert à mesurer la quantité d’énergie électrique consommée dans un lieu d’habitation. Il est utilisé par les fournisseurs d’électricité afin de facturer la consommation d’énergie au client. Les compteurs résidentiels sont appelés "compteurs bleus". La France est le septième consommateur d’énergie au monde. La production d’énergie en France se fait essentiellement sous forme de production électrique. La production électrique française  est faite pour 80 % par l’industrie nucléaire. En ce début de XXI e. siècle, la France est le second producteur d’énergie nucléaire au monde après les Etats-Unis (5). Le reste de la production d’électricité est assuré à partir de sources d’énergie renouvelables (production hydroélectrique, et marginalement énergie solaire et éolienne) et de centrales thermiques. Le réseau électrique est de plus en plus interconnecté avec les réseaux des pays voisins.

  Derrière le jeune garçon qui rit tout absorbé par sa dégustation, le décor représente des organes techniques et  l’architecture métallique à ciel ouvert d’une usine chimique. Tout au fond sur le ciel bleu, sont peintes les trois lettres majuscules du mot "ELF". "ELF Aquitaine" est une société française d’extraction pétrolière (6). D’abord publique, l’entreprise est privatisée en 1994. Elle a fusionné en 1999 avec le groupe "Total" pour former "Total Fina Elf". Sans campagne de publicité particulière, "Elf" s’est fait beaucoup remarquer parce qu’elle a été impliquée dans de nombreuses affaires médiatiques comme par exemple l’affaire des avions renifleurs en 1980, l’affaire des frégates de Taiwan et maintes affaires liées à des raffineries de pétrole diverses et variées. L’instruction du Juge Eva Joly (1943-...) va rapidement mettre au jour un impressionnant réseau de corruption, mettant en cause politiques et grands patrons. L’entreprise, basée en France, est devenue au fil des fusions un géant du pétrole et aurait bénéficié de la bienveillance de l’exécutif qui considère l’approvisionnement en pétrole comme un domaine stratégique. La double nationalité franco-norvégienne de la magistrate lui a permis de prendre rapidement sa retraite à Oslo.

  Health veut dire santé en anglais ?

  Ce décor n’a rien à voir avec Tchernobyl. Tchernobyl (noir et blanc ou armoise en langue Russe) est une ville de l’ex-URSS, située en Ukraine à environ 130 km au nord de Kiev, près de la frontière avec la Biélorussie. Cette ville est internationalement connue pour avoir été le théâtre de la plus grande catastrophe nucléaire répertoriée jusqu’à présent.  Cet accident a eu lieu à la central nucléaire Lénine, le 26 avril 1986 Il est la conséquence de dysfonctionnements nombreux et importants et a provoqué la fusion du cœur d’un réacteur et au relâchement d’un nuage de radioactivité dans l’environnement.

  26 avril 1986, 01h. 23mn. et 44s : La radiolyse de l’eau conduit à la formation d’un mélange détonnant d’hydrogène et d’oxygène. De petites explosions se produisent, éjectant les barres permettant le contrôle du réacteur. « En 3 à 5 secondes, la puissance du réacteur centuple. » Les 2.000 tonnes de la dalle de béton recouvrant le réacteur sont projetées en l’air et retombent de biais sur le cœur de réacteur, qui est fracturé par le choc. Un nuage radioactif véhiculé par le vent s’est propagé vers l’ouest de l’Ukraine vers la Pologne et l’Allemagne et c’est arrêté à la frontière française par "arrêté ministériel" (7). Pour Gorbatchev, premier Secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique, chef de la Perstroïka et de  la Glasnost, la catastrophe constitue la première mise en œuvre de la politique de glasnost (transparence) présentée au cours du XXVII e. Congrès du PCUS (Parti Communiste de l’Union soviétique), le 25 février au 6 mars 1986,  et qui a rencontré de fortes oppositions. Dans son esprit, l’accident constitue « un nouvel argument fort en faveur de réformes profondes. »

  Le décor de cette peinture intitulée "Vitenes", est en réalité inspiré d’images photographiques d’une usine d’Union Carbide à Bophal dans l’état de Madhya Pradesh, en Inde.  Cette ville est connue par les Indiens pour son festival de poésie Indî, Bhopal est la capitale du Madhya Pradesh qui compte environ 1,5 millions d’habitants. Cette ville est aussi célèbre dans le monde pour avoir été le théâtre de la plus importante catastrophe industrielle connue au XX e. siècle et jusqu’à ce jour. L’explosion de l’usine de pesticides d’Union Carbide, filiale indienne de l’Union Carbide Corporation (UCC) a dégagé 40 tonnes d’acide cyanhydrique dans l’atmosphère de la vielle. Entre 16.000 et 30.000 personnes ont ainsi été tuées, dont huit milles la première nuit. Elle cause toujours, plus de 20 ans après, la mort de plusieurs personnes chaque mois. Dans les années soixante, l’Inde dont la population augmente rapidement vise à l’autosuffisance alimentaire via une "révolution verte". Les végétaux sélectionnés pour cette opération agro-alimentaire d’envergure demandent plus d’engrais et plus de pesticides.

2 décembre 1984:

  23 h 00: Un contrôleur note que la pression du réservoir 610 est de 10 psi, soit cinq fois plus qu’à peine une heure auparavant. Habitué aux disfonctionnements d’appareils de contrôle, il n’en tient pas compte. Des employés ressentent des picotements des yeux et signalent aussi une petite fuite de MIC près du réservoir. De tels faits étant fréquents dans l’usine, on y prête pas d’attention particulière.

  21 h 30: La fuite est localisée et le contrôleur est prévenu.

  3 décembre 1984 (8):

  00 h 15: La pression intérieure du réservoir 610 dépasse la limite admissible: elle atteint 30 psi et semble continuer à augmenter.

  00 h 30: La pression atteint 55 psi. le réservoir, tremble et dégage de la chaleur. le couvercle en béton se fend, puis la valve de sécurité explose, laissant échapper un nuage mortel.

  01 h 00: Le chef de service arrive, constate rapidement les fuites de gaz toxiques du réservoir 610 et fait sonner l’alarme.

  02 h 30: On réussit à fermer la valve de sécurité du silo 610.

  03 h 00: Le directeur de l’usine arrive et donne l’ordre de prévenir la police. un nuage toxique se répand sur une étendue de vingt-cinq kilomètres carrés.  sur une grande partie de la population de Bhopal qui dort et qui ne réagit pas au signal d’alarme. Les ouvriers de l’usine, conscients du danger, s’enfuient sans utiliser les quatre autobus garés dans la cour. Il est difficile de prévenir les autorités car les lignes téléphoniques de l’usine fonctionnent mal...

« Le pinceau m’en tombe des mains !» 

Jean-Bernard Pouchous - 2009.

Bibliographie

N°11-1- Jean-Joël Duhot, Epictète - de  la sagesse stoïcienne, éd. Centurion, coll. L’aventute intérieur, 1996.

N°11-2- Nestlé, L’empire Nestlé, éd. Favre, 1988.

N°11-3- Frank Tapiro, Pourquoi la Vache qui rit ne pleure jamais : et autres secrets du code génétique des grandes marques, éd. Albin Michel, 2-

N°11- EDF, Electricité De France - L’histoire d’EDF, éd. EDF, 1994.

N°11-5- Paul Reuss, L’épopée de l’énergie nucléaire : Une histoire scientifique et industrielle, éd. EDP Science, coll. Génie atomique, 2007.

N°11-6- Elf, ELF Aquitaine - des origines à 1989, éd. Fayard, 1998.

N°11-7- Jean-Michel Jacquemin-Raffestin, Dominique Belpomme, Tchernobyl : Cachez ce nuage que je ne serais voir, éd. Guy Tradaniel, 2006.

N°11-8- Javier Moro, Dominique Lapierre, Il était minuit cinq à Bhopal - Bhopal, éd. Pocket, 2002.

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