Dingbat - N° 6 

N°6-"Echo du baril", 2015, acrylique sur toile, 195 x 160 cm.

« Dites-moi, où et en quel pays
Est Flora, la belle romaine,
Alcibiade et Thaïs
Qui fut sa cousine germaine ?
La nymphe Écho, qui parle quant on fait du bruit
Au-dessus d'une rivière ou d'un étang
Et eut une beauté surhumaine ?
Mais où sont les neiges d'antan ? »
François Villon, La Ballade des dames du temps jadis (1). 

 

N°6 -A-  Jynx

  La première forme qui saute aux yeux quand on regarde la peinture intitulée "Echo du baril" est celle d’un baril ouvert bleu à l’extérieur et rouge à l’intérieur. Depuis la fin du XIX e. siècle, les barils de pétrole sont conventionnellement bleus. L'abréviation bbl signifie Blue Barrel. Elle vient de la couleur bleue des barils de 42 gallons US, système adopté à la fin du XIX e. siècle. Le baril de pétrole est à la fois l'unité de mesure de volume la plus utilisée pour estimer les réserves pétrolières et aussi celle servant de référence pour déterminer le prix du pétrole brut. En moyenne : 1 baril = 159 litres. En 1878 plusieurs inventeurs contribuent à la mise au point de l'ampoule électrique23 ; cette invention amorce le déclin de la lampe à pétrole, qui était jusque-là le principal débouché du pétrole. En 1905 Henry Ford lance la production de masse dans l'automobile, qui ouvre le marché des carburants liquides, domaine dans lequel le pétrole sera inégalable au cours du XX e. siècle. Le seul secteur de l'automobile, qui passera de zéro à 800 millions d'unités en un siècle, suffira à assurer le succès du pétrole. En 2007, la production quotidienne mondiale était de 83 millions de barils par jour. En 2010 le premier pays producteur de pétrole brut était la Russie avec 10,12 million de barils par jour (bbl/day). Aujourd'hui, le baril ne représente plus qu'une unité de mesure, le pétrole étant transporté en oléoduc, en citerne (camion-citerne, wagon-citerne ou en pétrolier) de son point d'extraction à son point de raffinage.

  Le baril de brut est reconverti en barrique d’eau dans laquelle est coulée une jeune femme recroquevillée sur elle-même. On distingue son visage et ses poignets attachés par des chaines d’acier. Normalement c’est un numéro de cirque classique où une contorsionniste se libère de ses liens suffisamment rapidement pour ne pas se noyer.

  Notre regard descend, traverse un tapis de jonquilles et narcisses et découvre un bel éphèbe allongé sur un rocher au bord de l’eau, il semble dormir. Les érudit en histoire de l’art reconnaîtront toute de suite cette représentation comme celle de "Écho et Narcisse" de Nicolas Poussin (1594-1665), une huile sur toile exécutée vers 1629/1630 (74 x 100 cm.) et conservée au Musée du Louvre. Jean-Bernard Pouchous a donc traité du thème dit de "Narcisse" comme l’ont fait avant lui Caravage (1571-1610), avec son "Narcisse"  de 1597/1599, une huile sur toile (110 x 92 cm.) conservée à la Galerie Nationale d’art ancien de Rome ; puis John William Waterhouse (1849-1917) avec son "Echo et Narcisse" de 1903, une huile sur toile (109,2 x 189,2 cm.) conservée à la  Walker Art Gallery de Liverpool  et  Salvador Dalí (1904-1989) avec sa "Métamorphose de Narcisse" un tableau de 1937 ( 51,1 x 78,1 cm.) concervé à la Tate Moderne de Londres. Le génial Dali présenta avec cette dernière toile un « poème paranoïaque » de même titre et sur le même sujet, l'ensemble étant introduit par un métatexte sous forme de mode d'emploi (2). Selon le peintre, ce fut la première œuvre, peinture et poème, entièrement conçue selon la « méthode paranoïaque-critique » (3).

  Le poète latin Ovide (-43-18), tant à lui, fait dire au devin Tirésias à qui l'on demande si le nouveau né Narcisse atteindrait un âge avancé, répond : « Il l'atteindra s'il ne se connaît pas. » Ce fils de la nymphe Liriope violée par le dieu fleuve Céphise se révèle être, en grandissant, d'une beauté exceptionnelle mais d'un caractère très fier. Il repousse de nombreux prétendants et prétendantes, amoureux de lui, dont la nymphe Écho. Aussi les être épris et éconduits en appelle au ciel. La supplique est entendue par Némésis, déesse de la juste colère, qui l'exauce. Un jour, alors que le jeune éphèbe s'abreuve à une source après une dure journée de chasse, il voit son reflet dans l'eau et en tombe amoureux. Narcisse reste alors de longs jours à se contempler et à désespérer de ne jamais pouvoir étreindre sa propre image. Tandis qu'il dépérit, Écho, bien qu'elle n'ait pas pardonné à Narcisse, souffre avec lui ; elle répète, en écho: « Hélas ! Hélas ! ». Narcisse meurt de cette passion impossible et même après sa mort, cherche encore à distinguer ses traits dans les eaux du Styx. Il est pleuré par ses sœurs les naïades, nymphes des rivières, sources et fontaines. À l'endroit où l'on retire son corps, on découvre des fleurs blanches : ce sont les fleurs qui aujourd'hui sont appelées narcisses.

  Donc la fille dans le baril n’est pas une clown-pétroleuse de cirque mais Echo. Celle qui a été élevée par les nymphes, celle qui très prolixe, inventait de nombreuses histoires pour distraire Héra et ainsi favoriser les amours de Zeus. Mais la déesse jalouse de ce pouvoir finit par lui ôter la parole. Depuis Echo se cache dans les forêts et dans les montagnes, personne ne peut la voir, seul le son de sa voix reste vivant.

  La légende dit qu’amoureuse, Echo fut méprisée par Narcisse. Le cœur brisé, elle s'enfuit dans une grotte solitaire et se laissa mourir d’amour. La légende dit aussi qu'elle était tellement amaigrie que ses os avaient totalement disparu et s'étaient transformés en pierre. Ainsi, elle se transforma en source et il ne lui reste que sa voix. Pan jaloux de ses talents, éparpilla ses membres sur toute la Terre. Il n'en reste que l'écho, pâle imitation, et une fille Jynx qui fut métamorphosé également. Fille d'Écho ou de Péitho (la Persuasion). Elle aurait voulu séduire Zeus par ses drogues mais aurait été changée en pierre par Héra ; elle fut surnommée  kinaídion (petite perverse) pour cela ; d’autre exégète prétende qu’elle fut transformée en torcol (Jynx torquilla), un oiseau réputé chez les Grecs pour inspirer l'amour, mais peut-être aussi en Bergeronnette ou Oiseau sacré (4).

Jean-Bernard Pouchous - 2015.

N°6 -B-  Dingbat :

« PANNTOMBEREAU » - Tomber dans le panneau.

  Qui est le troisième personnage assis à droite du tableau sur la souche d’un arbre récemment abattu à la tronçonneuse ? C’est Eros le dieu grec de l’Amour et de la puissance créatrice. Dans la "Théogonie" d’Hésiode (VIIIe siècle av. J.-C.), il est issu de Chaos et constitue, avec Ouranos, Nyx, Gaïa et Érèbe, une des cinq divinités primordiales. C'est le seul qui n'engendre pas, mais il permet à Ouranos et Gaïa de le faire. Il est beau, immortel, « dompte l'intelligence et la sagesse ». Éros (Amour) et Himéros (Désir) accompagnent Aphrodite (déesse de l'amour et de la sexualité) depuis sa naissance (1).

  Dans la comédie "Les Oiseaux d’Aristophane" (450-385 av. J.-C.), Éros naît de l'œuf, issu de la Nuit aux ailes noires. Il a deux ailes d'or et engendre, avec Chaos « ailé et ténébreux », la race des oiseaux, avant même celle des Immortels (2). Véronèse, vers 1562, le personnifie en petit enfant, présenté avec son frère Antéros nouveau né, par leurs parents, Vénus et Mercure, à Jupiter. Ce tableau (150 × 243 cm.) est conservé au Musée des Offices à Florence.

« Mais, tout comme celui qui de quelque autre a pris une ophtalmie est hors d'état de prétexter une cause à son mal, lui, il ne se doute pas qu'en celui qui l'aime, c'est lui-même qu'il voit, comme en un miroir : en sa présence, la cessation de ses souffrances se confond avec la cessation des souffrances de l'autre ; en son absence, le regret qu'il éprouve et celui qu'il inspire se confondent encore : en possession d'un contre-amour (antéros) qui est une image réfléchie d'amour. » Platon, Phèdre (2).

  L’avatar romain d’Eros, Cupidon, est souvent représenté sous les traits d'un jeune enfant espiègle, joufflu, avec deux petites ailes dans le dos et portant un arc, qui lui sert à décocher des flèches d'amour mais il porte aussi une torche.

  Dans la peinture de Jean-Bernard Pouchous l’enfant tient entre pouce et indexe, à droite et à gauche de son visage en pleur, deux allumettes enflammées. L’artiste comme dans l’"Énéide" de Virgile vit-il la passion comme celle que Didon avait pour Énée, celle qui consume l’être de l'intérieur ? Son art serait-il porteur du Complexe de Novalis, celui que décrit  Gaston Bachelard dans  La psychanalyse du feu (4) : « Le complexe de Novalis synthétiserait alors l’impulsion vers le feu provoqué par le frottement, le besoin d’une chaleur partagée. » ?

  Le feu n’est pourtant qu’un élément parmi d’autres comme l’eau, l’air, la terre.

« Connais premièrement la quadruple racine

De toutes choses : Zeus aux feux lumineux,

Héra mère de vie, et puis Aidônéus,

Nestis enfin, aux pleurs dont les mortels s'abreuvent. » Empédocle (5). 

  Empédocle (Ve. s. av. J.-C.) ajoute aux quatre éléments matériels deux forces spirituelles. « Ses théories étaient les suivantes : il y a quatre éléments, le feu, l'eau, la terre et l'air. L'Amitié les rassemble et la Haine les sépare » Diogène Laërce (IIIe. s. ap. J.-C.)(6). 

  En arrière plan de cette mise en scène de "Narcisse, Echo et Eros", une petite maison est en ruine. Autour et à l’intérieur de l’édifice la nature a repris ses droits, herbes folles, ronces, lierres et arbustes tortueux ont envahi l’espace effaçant inexorablement toute création humaine. Le temps est passé. Le temps dans sa « nature intime » est une propriété fondamentale de l'Univers, mais aussi plus simplement un produit de l'observation intellectuelle et de la perception artistique. 

  Le passé est d'abord un concept lié au temps : il est constitué de l'ensemble des configurations successives du monde et s'oppose au futur sur une échelle des temps centrée sur le présent. L'intuition du « temps qui passe » apporte une connaissance immédiate du concept de passé - il y avait quelque chose d'effectif avant le moment présent - mais l'essence du passé semble inaccessible.

  Le passé, et le temps en général, soulèvent des questions aporétiques complexes. De nombreuses disciplines scientifiques ont le passé comme sujet d'étude : l'histoire, l'archéologie, la stratigraphie, la paléontologie, certains aspects de la biologie, de la cosmologie, etc. contenant toutes de nombreuses contradictions insolubles dans leur raisonnement. De nombreux animaux semblent également dotés d'une intuition ou d'une compréhension du passé comme le phénix (pourpre), oiseau légendaire, doué de longévité et caractérisé par son pouvoir de renaître après s'être consumé sous l'effet de sa propre chaleur. Il symbolise ainsi les cycles de mort et de résurrection.

  Tous les ans à partir du moi d'avril, nous entendons à nouveau le concert des chants d'oiseaux dans les fourrés, forêts, jardins et parcs. Ils représentent avec la floraison des arbres et arbustes, la manifestation la plus éclatante du printemps. C’est le cas dans la peinture intitulée "Echo du baril", où Jean-Bernard Pouchous a peint en haut de la toile une bande horizontale d’oiseaux, comme extrait d’une partition musicale. 

  L'oiseau babille, chante, gazouille, jabote, piaille, piaule, ramage. Le piaillement est un appel bref, le gazouillis est un petit chant, le pépiement est une série de petits cris brefs, peu sonores. Le babil est un chant répétitif qui ressemble à un récit. Les vocalises les plus complexes serviraient entre autre aux préludes amoureux mais aussi à exprimer une menace, la peur ou à signaler son autorité sur un territoire Certaines espèces d'oiseaux sont capables d'imiter d’autres oiseaux. Les étourneaux savent imiter des bribes de chants du loriot, la rousserolle verderolle inclut dans son répertoire des chants de dizaines d'oiseaux dont certaines espèces qu'elle rencontre en Afrique après leur migration. Les plus remarquables de ces espèces étant les Mainates et certains Psittacidae qui peuvent même imiter l'être humain.

  A un autre niveau de compréhension "Le dictionnaire des langues imaginaires" (7) nous apprend que "La langue des oiseaux" est une langue secrète, qui consiste par exemple à donner un sens autre à des mots ou à une phrase, soir par un jeu de sonorités, soit par des jeux de mots (verlan, anagrammes, fragments de mots…), soit enfin par le recours à la symbolique des lettres. "La langue des oiseaux" (8), c’est aussi la langue des anciens alchimistes qui l’employaient afin d’exprimer un propos transgressif sans se faire bruler vif. "La langue des oiseaux" est la langue de la liberté de parole, la langue de l’ouverture d’esprit, la langue d’un ancien dépôt de sagesse. Ainsi littérature et ésotérisme se rencontrent (9). Raymond Roussel, Alfred Jarry, Maurice Leblanc et Gaston Leroux, André Breton et Georges Pérec, l’utilisèrent comme avant eux Villon, Rabelais, Cyrano de Bergerac, qui prenaient prétexte de compositions poétiques et littéraires pour véhiculer un message de toute autre nature parfois qualifié d’"abscon" par maintes poètes mais de lumineux par Raymond Roussel (1877-1933) : « Il s'agit d'un procédé très spécial. Et, ce procédé, il me semble qu'il est de mon devoir de le révéler, car j'ai l'impression que des écrivains de l'avenir pourraient peut-être l'exploiter avec fruit.»

  Et oui ! Comment ne pas s’enflammer en écoutant tous ces noms d’oiseaux : Chardonneret, Rouge-gorge, Mésange, Moineau, Torcol, Passereau, Merle, Hirondelle, Huppe, Fauvette, Fauvette, Grive, Alouette, Chocard, Colibri, Bergeronnette, Pics, etc, mais le plus exaltant c’est quand même leur chant, leur musique.

  En 1957, le compositeur Olivier Messiaen (1908-1992) transcrit le chant des oiseaux pour nourrir son œuvre. Il ne s’agit pas d’enregistrement sonore ornithologique mais de patiente notation manuelles sur portées. Messiaen disait être, intellectuellement, synesthète. Phénomène par lequel deux ou plusieurs sens sont associés. Par exemple, dans la synesthésie « graphèmes-couleurs », les lettres de l'alphabet ou nombres peuvent être perçus colorés. Dans un autre type de synesthésie, appelée « synesthésie numérique », les nombres sont automatiquement et systématiquement associés avec des positions dans l'espace.

« Pour moi, la vraie, la seule musique a toujours existé dans les bruits de la nature. L'harmonie du vent dans les arbres, le rythme des vagues de la mer, le timbre des gouttes de pluie, les branches cassées, le choc des pierres, les différents cris d'animaux sont pour moi la véritable musique. » Olivier Messiaen.

Suite à ses notations de chants d’oiseaux, le compositeur a écrit notamment "Réveil des oiseaux", pour piano solo et grand orchestre [X > 11 octobre 1953] - Minuit - 4h du matin, L'aube, Réveil des oiseaux - Chant de la matinée. "Oiseaux exotiques", pour piano solo et petit orchestre [octobre 1955 /janvier 1956 > 10 mars 1956] et "Catalogue d'oiseaux"  une œuvre pour piano constituée de treize pièces, composée entre octobre 1956 et septembre 1958 et dédiée aux oiseaux et à sa deuxième épouse Yvonne Loriod (çà ne s'invente pas!) Les titres des pièces sont particulièrement éloquents: 1 - Le Chocard des Alpes, 2 - Le Loriot, 3 - Le Merle bleu, 4 - Le Traquet Stapazin, 5 - La Chouette hulotte, 6 - L'Alouette lulu, 7 - La Rousserolle effarvatte, 8 - L'Alouette calandrelle, 9 - La Bouscarle, 10 - Le Merle de roche, 11 - La Buse variable, 12 - Le Traquet rieur,  13 - Le Courlis cendré (10).

« La musique est un perpétuel dialogue entre l'espace et le temps, entre le son et la couleur, dialogue qui aboutit à une unification : le temps est un espace, le son est une couleur, l'espace est un complexe de temps superposés, les complexes de sons existent simultanément comme complexes de couleurs. » Olivier Messiaen.

Jean-Bernard Pouchous - 2015.

Bibliographie

A-1- François Villon, Œuvres. Édition critique avec notices et glossaire, par Louis Thuasne Reliure inconnue, éd. A. Picard, 1923

A-2- Salvador Dalí, La Métamorphose de Narcisse : Poème paranoïaque, Paris, Éditions surréalistes,‎ 1937.

A-3- Thierry Fourneau, Sur la Métamorphose de Narcisse de Salvador Dalí, Paris, éditions Orchampt,‎ 2013

A-4- Théocrite, trad. Philippe-Ernest Legrand, Idylles, éd. Les Belles Lettres, 2009.

B-1- Hésiode, trad. Marie-Christine Leclerc, La Théogonie, Les Travaux et les Jours et autre poèmes, éd. Le Livre de Poche, 1999.

B-2- Aristophane, trad. Hilaire Van Daele, Comédies, tome 3 : Les Oiseaux – Lysistrata, éd. Les Belles Lettre, 2002.

B-3- Platon, trad. Léon Robin, éd. Les Belles Lettres, 1970.

B-4- Gaston Bachelard, La psychanalyse du feu, éd. Folio, 1985.

B-5- Empédocle, Les présocratiques, Gallimard, coll. « Pléiade », 1988,

B-6- Diogène Laërce, Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, éd. Flammarion, 1993.

B-7- Paolo Albani et Berlinghiero Buonarroti, Dictionnaire des langues imaginaires, éd. Les Belles Lettres, 2010.

B-8- Baudouin Burger, La langue des oiseaux, éd. Courteau, 2010.

B-9- Richard Khaitzine, La langue des oiseaux : Quand littérature et ésotérisme se rencontrent, éd. Dervy, 2011.

B-10- Claude Samuel, Musique et couleur, nouveaux entretiens avec Olivier Messiaen, éd. Belfon, 1967.

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