Substrat - N° 2

N°2- "Spécimen", 2002/03, acrylique sur toile, 162 x 130 cm.

« Dans le monde réellement renversé, le vrai et un moment du faux. » Guy Debord.

 

N°2 -  Testostérone et libido.

  Dans l'histoire humaine, la fabrication des images atteste une persistance et une continuité au moins égale à celle de la "question de soi", que l'homme n'a jamais cessé de se poser. La peinture intitulée "Spécimen" représente deux  spécimen d’être  propres à l’espèce humaine. Deux modèles typiques représentatifs de cette population terrestre faite d’homme et de femme. A gauche, un homme adulte dans le triomphe de la force de l’âge et à droite, une  jeune femme venant d’atteindre l’âge si désiré, de la procréation. Sûrement un mâle dominant valorisant sa progéniture.

  Cette exhibition est un signal fort aux inévitables  joutes prénuptiales dont va faire l’objet la jeune femelle et que dans son intérêt, se devra d’arbitrer le père.  Ces combats opposeront les  jeunes prétendants par l’odeur alléchés et qui se devront de provenir d’autres niches écologiques.  Aussi pour que la variété génétique soit la plus intéressante possible au choix du partenaire pour le coït, il faut mettre le matériel sexuel bien en évidence pour attirer les jeunes éphèbes et les sortir des sphères les plus aisées de la société. Les pauses choisies, station debout, dos cambré, ventre rentré, poitrine saillante, muscles bandés, mettent en valeur  la puissance physique qu’ils se doivent d’entretenir l’un et l’autre pour représenter la position sociale élevée du père à l’intérieur de son propre clan. Cette parade  a également pour objectif d’impressionner  et de repousser les mâles indésirables soit parce que trop vieux ou soit qu’ils sont déjà membres de la famille.

  Cette analyse zoologique du comportement parental chez l’animal "homo sapiens-sapiens" (1), montre bien que cette espèce en voie d’absolutisme terrestre, ne pratique pas l’inceste. Ces résultats scientifiques sont également corroborés par d’autres études éthologiques pratiquées sur des échantillons vivants alors qu’ils évoluaient librement en petits groupes dans leur milieu naturel. Il est presque impossible tant le travail est magnifiquement bien fait de voir qu’il s’agit de deux spécimens d’animaux rares empaillés. Toutes les données scientifiques connues sont ici, parfaitement bien synthétisées et vulgarisées dans cette reconstitution taxidermique très vivante.

  Les comportements exhibitionnistes de parade, très documentés chez l’humain, sont artistiquement parfaitement naturalisés. Le traitement des pilosités et des carnations notamment, donne à l’ensemble un aspect de réalisme des plus soigné. Certains particularismes caractéristiques de l’anatomie du mâle, morphologie du corps et des membres inférieurs, physionomie du visage, implantation des cheveux, se retrouvent chez la jeune femelle.  Ces indications laissent supposer  une parenté génétique directe.

  Ces deux êtres humains terriens sont actuellement exposés dans une vitrine. Le décor en arrière plan montre la planète bleue, la terre. Au premier plan nos personnages reposent sur le sol de la lune éclairée tous deux par le soleil. Le tableau vivant fera le bonheur des premiers habitants de notre satellite naturel, qui y visiteront le "Musée de l’homme". Une des plus importantes collections interplanétaires concernant la définition, la vie et l’histoire de l’Homme.

  La visite du Musée s’organise sur 3 niveaux:

  L’Homme dans sa chaîne évolutive (Préhistoire) (2);

  L’Homme dans son unité et sa diversité (Anthropologie et anthropologie des images) (3);

  L’Homme dans son expression culturelle et sociale (Ethnologie) (4).

  Les thèmes principaux sont l’adaptation de l’espèce humaine à ses environnements et Paléo-environnement (5), la préhistoire mondiale (6), l’art préhistorique (7) notamment pariétal (8), l’anthropologie biologique (9) et l’écologie humaine (10), la génétique des populations (11), l’histoire des peuplements (12) et l’adaptation culturelle au milieu (13). Deux nouveaux laboratoires d’analyse viennent d’y être installés, l’un de génétique humaine (14) et l’autre de minéralogie avec un secteur réservé à la caractérisation des matériaux lithiques préhistoriques.

« Est-ce que les histoires que vous racontez ne vous empêchent pas de dormir ? Si, mais comme ce sont des histoires à dormir debout, je récupère ! »  Raymond Devos (1922-2006) (15).

  Revenons à nos deux "spécimen", ils sont sexués. La "testostérone" est une hormone stéroïde, du groupe des androgènes. Chez les mammifères elle est sécrétée par les testicules des mâles et les ovaires des femelles, bien que de faibles quantités soit aussi sécrétées par les glandes surrénales (responsables de la gestion des situations de stress). C’est la principale hormone sexuelle mâle et le stéroïde anabolisant "original". Chez l’homme et la femme, la testostérone joue un rôle clé dans la santé et le bien-être, en particulier dans le fonctionnement sexuel. En moyenne, un homme adulte en produit environ 50 fois plus qu’une femme adulte, mais les femmes sont d’un point de vue comportemental, plus sensible à l’hormone. La testostérone est une hormone masculine qui intervient au niveau embryonnaire pour obtenir un phénotype masculin des embryons mâles. Ce sont ces hormones testiculaires qui sont responsables de la différenciation masculine.

  À la puberté, plus ou moins tôt selon les individus, mais globalement entre 13 et 16 ans, les caractères sexuels secondaires se développent par l’accroissement de la taille des testicules et du pénis, l’apparition d’une pilosité générale, un accroissement de la masse musculaire, une modification de la gravité de la voix, un éveil du désir sexuel (libido) et une nouvelle augmentation du taux de testostérone. Son rôle dans l’activité - voire l’agressivité - est établie. A la lecture de l’actualité des dernières publications de vulgarisation scientifique en la matière. Le taux de testostérone circulant dans le sang, a été particulièrement étudié. En effet, cette hormone constitue un facteur de différenciation simple entre hommes et femmes, et de multiples différences comportementales accompagnent ses variations. Chez l’homme, les "cellules de Leydig" des testicules produisent la testostérone; chez la femme, elle est secrétée dans le "cortex surrénalien" et les ovaires. Mais la différence évidente tient à la quantité de testostérone circulant dans le sang: environ 1/100.000 de gramme par litre de sang chez l’homme, sept à huit fois moins chez la femme. La testostérone développe et maintient les caractères typiquement masculins du corps, notamment en accroissant la masse musculaire. Sa concentration dans le sang ou dans la salive, où elle est plus facile à relever, peut varier considérablement en l’espace de quelques minutes, tout en restant généralement stable sur de longues périodes. Au registre des différences physiologiques entre hommes et femmes, le taux de testostérone semblerait jouer un grand rôle dans la gestion de la virilité.

  Comment reconnaître les hommes à fort taux de testostérone? S’il sourit peu et qu’il a l’air dur ou quelque peu menaçant, s’il a la voix grave, s’il a l’annulaire plus long que l’index, si ses empreintes digitales sont nettement asymétriques, avec un nombre plus élevé de lignes sur les doigts de la main droite que sur ceux de la main gauche, pas de doute possible, vous avez trouvé un homme dont le taux de testostérone est plus élevé que la moyenne. Puisque vous avez fait cette heureuse découverte, il ne vous reste qu’à décider si vous supporterez stoïquement les divers corollaires associés à ce niveau de "performance" hormonale. Car en matière de relations sociales, un taux élevé de testostérone est associé à des comportements dominateurs, agressifs, antisociaux, de rébellion ou de confrontation. Pareille influence donne une probabilité plus grande d’être arrêté pour vol, recel, surendettement, ou usage d’armes lors de bagarres. Des études réalisées en prison montrent que les détenus à testostérone élevée se montrent plus agressifs et plus dominateurs que les autres; qu’ils ont commis des crimes plus violents et qu’ils sont jugés par leurs codétenus comme des "durs" ; que leurs gardiens signalent plus souvent des transgressions des règles carcérales; de même, des joueurs de hockey à testostérone élevée sont jugés plus agressifs par leur entraîneur. De façon similaire encore, parmi des vétérans de la guerre du Vietnam, ceux qui présentent une concentration importante de cette hormone relatent  plus souvent que les autres avoir eu des comportements délictueux dès l’adolescence, puis, à l’âge adulte, des difficultés d’adaptation au travail, des ruptures conjugales, des problèmes de drogue, d’alcool, un comportement violent et/ou rebelle, une attitude d’opposition aux règles dans l’armée.

  En situation de guerre, ils sont plus exposés que les autres, c’est-à-dire plus souvent en première ligne, sans toutefois que l’on sache si ces hommes se portent en avant par goût du combat ou si leurs chefs leur reconnaissent des qualités d’opiniâtreté qui les incitent à les placer en premières lignes. Lubomir Lamy dans "Pourquoi les hommes ne comprennent rien aux femmes…et réciproquement" (16).

Jean-Bernard Pouchous - 2009.

Bibliographie

N°2-1-André Leroi-Gourhan, Dictionnaire de la préhistoire, éd. PUF, coll. Quadrige Dicos Poche, 2005.

N°2-2-Marc Groenen, Introduction à la préhistoire, éd. Ellipses Marketing, 2009.

N°2-3-Hans Belting, Jean Torrent, Pour une anthropologie des images, éd. Gallimard, coll. Le temps des images, 2004.

N°2-4-Jean Copans, Introduction à l’ethnologie et à l’anthropologie, éd. Armand Colin, coll. 128. Sociologie, 2008.

N°2-5-Hervé Cubizolle, Paléo-environnement, éd. Armand Colin, coll. U Géographie, 2009.

N°2-6-Jean-Claude Barreau, Guillaume Bigot, Toute l'histoire du monde : De la préhistoire à nos jours, éd. LGF, coll. Le Livre de Poche, 2007.

N°2-7-Patrick Paillet, Les arts préhistoriques, éd. Ouest-France, coll. Histoire, 2006.

N°2-8-André Leroi-Gourhan, Marc Groenen, L'art pariétal : Langage de la préhistoire, éd. Jérôme Million, coll. L'homme des origines, 1993.

N°2-9-Esther Rebato, Charles Susanne, Brunetto Chiarelli, Anthropologie biologique - Evolution et biologie humaine, éd. De Boeck, 2003.

N°2-10-  Georges Olivier, L'écologie humaine, éd. PUF, coll. Que sais-je?, 1980.

N°2-11- Jean-Pierre Henry, Pierre-Henri Gouyon, Précis de génétique des populations : Cours - exercices et problèmes résolus, éd. Dunod, coll. Sciences Sup, 2008.

N°2-12-Graziella Caselli, Jacques Vallin, Guillaume Wunsc, Démographie analyse et synthèse - volume 5 : Histoire du peuplement et prévisions, éd. PUF, 2004.

N°2-13-Paul Claval, Géographie culturelle - Une nouvelle approche des sociétés et des milieux, éd. Armand Colin, coll. U Géographie, 2003.

N°2-14- Jack-J Pasternak, Génétique moléculaire humaine - Une introduction aux mécanismes des maladies héréditaires, éd. De Boeck, coll. Sciences médicales, 2003.

N°2-15-Raymond Devos, Rêvons de mots, éd. LGF, coll. Le Livre de poche, 2009.

N°2-16- Lubomir Lamy, Pourquoi les hommes ne comprennent rien aux femmes…et réciproquement, éd. Eyrolles, 2008.

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