AÏON - N° 5

N° 04 -"Belfort", 2020, acrylique sur toile, 130 x 240 cm.

« Si la beauté se révèle mortelle, comment pourrions croire en la pérennité de l'œuvre, en la divinité de l'art ? Chaque grande époque de l'art ne fut elle pas une fête funèbre en l'honneur d'un moment disparu ? Chaque forme ou structure » conquise par l'histoire et la civilisation comporte donc une certaine victoire en même temps qu'une certaine dégradation vitale. » Henri Lefebvre (1901-1991).

 

N°5 - Anomie

                L’œuvre intitulée "Belfort" peinte par Jean-Bernard Pouchous,  représente  la statue du Lion de Belfort entouré à gauche et de haut en bas par :

I - le Blason de la République Française tel qu’il était en 1898 ;

II - l’écriture en rose fluo de la date 14/18 ;

III - les armoiries royales du Royaume-Uni telles qu’elles sont depuis 1837 ;

IV - le Grand sceau des Etats-Unis tel qu’il est depuis 1782 ;

V - un pygargue à têtes blanche qui se bat en plein vol avec un aigle royal.

En bas et au centre du tableau sont représentés par :

VI - une tête de Christ couronné d'épines ;

VII - un masque africain "Punu".

A droite et de haut en bas par :

VIII - est écrite en bleu fluo la date 39/45 ;

IX - les armoiries du Reich allemand telles qu’elles étaient entre 1889 et 1918 ;

X - le blason de l’union des Républiques socialistes soviétiques telles qu’elles étaient entre 1923 et 1936 ; XI - les armoiries du royaume d’Italie telles qu’elles étaient entre 1929 et 1944.

                Les grands parents maternels de Jean-Bernard Pouchous étaient tous deux originaires de Haute-Savoie mais les aléas de la vie entre les deux grands conflits mondiaux, les ont amenés à vivre dans le Territoire de Belfort ; c’est là que la mère de l’artiste est née et qu’elle s’est mariée. Le grand père était de la classe 1898 du 27e bataillon des chasseurs alpins d'Annecy au célèbre béret noir "tarte ou galette", cor de chasse en argent comme insigne et dont la devise est « Vivre libre ou mourir ». En 1914 il avait 16 ans, et en 1916 il du partir au front. Revenu de la « der des ders » il se marie avec une savoyarde avec qui il aura 8 enfants. Après la défaite de 1939 il avait 41 ans, prit dans la débâcle générale, il ramène sous les mitraillages des stukas toute sa famille en Haute-Savoie ou il travaille à Annecy jusqu’ à la libération. En 1945 il retrouve sa maison de Belfort où il décède à l’âge de 80 ans.

                Chaque année Jean-Bernard Pouchous accompagné de son frère cadet, rejoint ses cousines et cousins pour passer les vacances scolaires à Belfort dans la maison des Grands-parents. A la retraite le grand-père était devenu gardien du Lion de Belfort et la grand-mère tenait, étés comme hivers, la boutique de cartes postales et de souvenirs touristiques pour le compte du club-alpin français (1874) aujourd’hui Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM).  L’enfant qu’il était alors aimait aller avec eux « au Lion » et il passait sa journée à « re-garder » le lion ou à explorer la citadelle. C’est dire que cette ancienne fortification militaire n’avait aucun secret pour lui. Le lion ne s’est pas sauvé et est resté dans son cœur jusqu’à la réalisation de cette œuvre de 2020, intitulée simplement "Belfort". Cette peinture est un hommage à cette république française qui a embrasée l’Europe entière et dont tous les rois, empereurs et clergé d’alors n’y ont vu que la mort de leur régime aux privilèges millénaires.

                Le Lion de Belfort est un monument commémoratif en haut-relief situé au pied de la falaise de la citadelle. Œuvre du sculpteur alsacien Auguste Bartholdi (1834-1904), il commémore la résistance de la ville assiégée par les Prussiens durant la guerre Franco-allemande de 1870.  La ville et l'arrondissement de Belfort, correspondant à l'actuel Territoire de Belfort, furent laissés à la France lors de la signature du traité de Francfort en 1871, faisant de ce territoire la seule partie de l’Alsace à rester française. Reposant sur un piédestal en rocaille, la sculpture est longue de 22 m et haute de 11 m, ce qui en fait la plus grande statue de pierre de France. Elle est constituée de blocs de grès rose des Vosges adossée à la paroi de calcaire grise de la falaise sous le château de Belfort. La citadelle édifiée par Vauban (1633-1707) fut remaniée par le général Haxo (1774-1838). Le fauve a la tête tournée fièrement vers l’ouest, présentant le dos à l'adversaire et retenant entre ses pattes, une flèche tournée vers la frontière allemande. L'œuvre symbolise la résistance héroïque de la ville menée par le colonel Denfert-Rochereau (1823-1878), pendant le siège de Belfort par l'armée prussienne, durant 103 jours (de décembre 1870 à février 1871).

« …le monument représente, sous forme colossale, un lion harcelé, acculé et terrible encore en sa fureur » et « le sentiment exprimé dans l’œuvre doit surtout glorifier l’énergie de la défense. Ce n’est ni une victoire ni une défaite qu’elle doit rappeler. » Bartholdi.

                Le projet est initié le 5 décembre 1871 par le conseil municipal de Belfort, et son maire Édouard Meny (1818-1891) sollicite en 1872 le sculpteur colmarien Auguste Bartholdi qui a participé à la guerre franco-allemande de 1870 en tant qu’aide de camp de Garibaldi (1807-1882). Influencé par son maître Jean-Léon Gérôme (1824-1904) qui aimait le gigantisme des sculptures égyptiennes antiques, il s'inspire notamment du Lion de Lucerne du sculpteur Bertel Thorvaldsen (1770-1844) réalisé en 1819 et de Brutus, le lion de Jean-Baptiste Pezon (1827-1897), dompteur et directeur de la grande ménagerie lozérienne à Paris. Les travaux de terrassement commencent en 1875, la dernière pierre n’est posée qu'en septembre 1879. L'artiste finance le 28 août 1880 une illumination de son œuvre par des feux de Bengale. La section de Belfort du Club Alpin Français (1874-…) fait graver la dédicace « aux défenseurs de Belfort 1870 - 1871 » sur le socle du Lion grâce aux fonds récoltés par un droit d’accès payant établi en 1890 (1).

                Mondialement plus connu est la statue de la Liberté (Statue of Liberty) du même Bartholdi  située à New-York, sur la Liberty island, au sud de Manahattan, à l’embouchure de l’Hudson et à proximité d’Ellis Island, porte d’entrée des immigrants aux Etats-Unis. En 1879,  Bartholdi fit appel à l'ingénieur Gustave Eiffel (1832-1923) pour décider de la structure interne de la statue. Ce dernier imagina un pylône métallique supportant les plaques de cuivre martelées et fixées. Pesant 225 tonnes et mesurant 92,9 mètres, elle est construite en France et offerte par le peuple français, en signe d'amitié entre les deux nations, pour célébrer le centenaire de la Déclaration d’indépendance américaine. La statue fut dévoilée au grand jour le 28 octobre 1886.

AÏON n°5-I-         L’œuvre intitulée "Belfort" peinte par Jean-Bernard Pouchous,  représente en haut à gauche le blason de la République Française tel qu’il était en 1898. Il est constitué de deux drapeaux tricolores croisés, entourés de deux palmes en or, à gauche l’une est faite de feuilles de chêne et l’autre à droite de feuilles de lauriers. Derrière les drapeaux se tient vertical le faisceau du licteur, au manche de la hache auquel est noué un ruban qui permet de lire les mots HONNEUR et PATRIE. Une couronne de velours rouge encadre les lettres majuscules RF en or pour République Française et soutient la croix de la légion d’honneur.

                Le drapeau de la France, drapeau tricolore bleu, blanc, rouge, est l’emblème et le drapeau national de la République française sans interruption depuis 1830. Il est mentionné dans l’article 2 de la Constitution française de 1958. Sous la forme de pavillon de la Marine de guerre, il date du 27 pluviôse an II, soit le 15 février 1794 - dessiné selon la légende par Jacques-Louis David (1748-1825) à la demande de la Convention - mais ses origines sont plus anciennes et remontent aux trois couleurs de la liberté (14 juillet 1789), identiques aux trois couleurs de la Révolution américaine et à celles du drapeau des États-Unis.

                À gauche des drapeaux tricolores est représentée une palme de feuilles de chêne en or. Les Druides gaulois étaient surnommés "hommes du chêne", celui-ci symbolisait la régénération et l'immortalité. Le chêne fécond et prospère est le plus bel arbre de France, il est le symbole de la bravoure, la dialectique, la force, l'hospitalité, l'indépendance, la liberté, la résistance. Dans l’antiquité grecque, le chêne est associé à Jupiter, "Tanaris" (tonnerre) en langue néo-celtique. Aussi, lorsque les agriculteurs voulaient savoir s'ils auraient de la sécheresse ou de la pluie, ils se rendaient à Dodone en Épire, près de chênes prophétiques, dont le bruissement des feuilles annonçait l'avenir. C'est pourquoi Jupiter Dodonéen (ou prophétique) a pour caractéristique une couronne de chêne.

                À droite des drapeaux tricolores est représentée une palme de feuilles de laurier en or. La branche de laurier rappelle la  couronne de lauriers ou couronne triomphale, distinction honorifique symbolisant la gloire de celui qui la reçoit. Le laurier est le symbole d'Apollon, et Ovide nous dit que Daphné nymphe de la mythologie grecque, qui fut le premier amour d'Apollon, le fuyait et allait, après une longue poursuite, être rattrapée, quand, au dernier moment, son père, le dieu fleuve Pénée, la métamorphosa en laurier. Dès lors, Apollon en fit son arbre et le consacra aux triomphes, aux chants et aux poèmes. La pythie de Delphes mâchait des feuilles de laurier préalablement à ses divinations. Chez nos antiques anciens, l'usage était établi de couronner de laurier les poètes et les vainqueurs.

                Derrière les drapeaux se tient vertical le faisceau du licteur, au manche de la hache est noué un ruban qui permet de lire les mots HONNEUR et PATRIE. Le faisceau de licteur est constitué de verges entourant une hache porté par les licteurs chargés de protéger et d'exécuter les décisions coercitives des magistrats romains. C’était le symbole de l’imperium, le pouvoir de contraindre et de punir (les faisceaux pour la flagellation, la hache pour la peine de mort). À partir de la Révolution française, le faisceau de licteur est utilisé comme symbole politique. Il évoque la Justice, la revendication d'une autorité légitime, la force collective, la République et parfois la révolution. La Révolution française a utilisé des références antiques dans son imagerie, le faisceau de licteur  représente désormais l'union et la force des citoyens français réunis pour défendre la Liberté. L'Assemblée constituante impose en 1790 ses « antiques faisceaux » comme nouvel emblème de la France. Durant la Première République, surmonté du bonnet phrygien rouge, il est un hommage à la République romaine et signifie que le pouvoir appartient au peuple, et il symbolise l’union des 83 départements. En 1848, puis après 1870, il figure sur le sceau de la République française, tenu par la Liberté.

                Une couronne de velours rouge encadre les lettres majuscules RF en or pour République Française et soutient la croix de la légion d’honneur. L’ordre national de la Légion d'honneur est l'institution qui, sous l'égide du grand chancelier et du grand maître, est chargée de décerner la plus haute décoration honorifique française. Instituée le 19 mai 1802 par Bonaparte, alors premier Consul de la République, elle récompense depuis ses origines les militaires comme les civils ayant rendu des « services éminents » à la Nation. Romaine par son nom (inspirée par la Legio honoratorum conscripta de l'Antiquité), par son symbolisme (les aigles) et son organisation (seize cohortes pour la France), la Légion d'honneur infléchit la tradition des ordres d'Ancien Régime en étant ouverte à tous, et non plus seulement aux officiers. Bonaparte justifie cette institution en conseil d'État : « Je vous défie de me montrer une république, ancienne ou moderne, qui sût se faire sans distinctions. Vous les appelez les hochets, eh bien c'est avec des hochets que l'on mène les hommes. » En 2016, il existait 93 000 récipiendaires vivants, et environ un million de personnes ont reçu cette médaille depuis sa création.

AÏON n°5-II-        L’œuvre intitulée "Belfort" peinte par Jean-Bernard Pouchous,  représente  à droite du Blason de la République Française l’écriture en chiffres roses fluo de la date de 14/18. C’est la date de la Première Guerre mondiale, aussi appelée la "Grande Guerre", un conflit militaire qui impliqua dans un premier temps les puissances européennes et s'étendit ensuite à plusieurs continents. Le 28 juin 1914, à Sarajevo, un jeune nationaliste serbe originaire de Bosnie, Gavrilo Princip (1894-1918), membre du groupe "Jeune Bosnie" (Mlada Bosna), assassine le couple héritier du trône austro-hongrois, le prince François-Ferdinand d'Autriche (1863-1914) et son épouse la duchesse de Hohenberg (1868-1914). L'Autriche-Hongrie réagit à l'attentat en formulant un ultimatum à l'encontre du royaume de Serbie, en accord avec son allié allemand. Les exigences austro-hongroises étant jugées inacceptables par les Serbes, ceux-ci rejettent l'ultimatum, ce qui conduit l'Autriche-Hongrie à déclarer la guerre à la Serbie. Ce conflit local provoque l'activation d'un jeu d'alliances entre les grandes puissances européennes qui les entraîne sur la voie de la guerre. Plusieurs de ces puissances sont à la tête d'empires s'étendant sur plusieurs continents, ce qui explique la dimension mondiale du conflit.

                Cette guerre met essentiellement aux prises deux grandes alliances : la Triple-Entente (ou Alliés) et l'alliance formée par les Empires centraux. La Triple-Entente est composée de la France, du Royaume-Uni, de la Russie, et des empires coloniaux que ces États contrôlent. Plusieurs autres États se joignent à cette coalition, dont la Belgique, envahie par l'Allemagne, qui fait appel à la France et au Royaume-Uni, garantes de son indépendance. Le Japon rejoint la coalition en août 1914, l'Italie en avril 1915, la Roumanie en août 1916 et les États-Unis en avril 1917, ainsi que de nombreux autres pays moins puissants. Les Empires centraux sont l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, et les colonies qu'elles contrôlent. L'Empire ottoman les rejoint en octobre 1914, suivi un an plus tard du royaume de Bulgarie. Parmi les nations européennes, seuls les Pays-Bas, la Suisse, l'Espagne, le Danemark, la Norvège, la Suède, le Liechtenstein et Monaco demeurent officiellement neutres, bien que certains d'entre-eux participent financièrement ou matériellement aux efforts de guerre des protagonistes.

                Les combats se déroulent sur différents fronts situés principalement en Europe, mais une petite partie de l’Asie, de l'Océanie et de l'Afrique, ainsi que l’Atlantique Nord connaissent également des actions militaires. Le front de l'Ouest est caractérisé par un ensemble de tranchées et de fortifications séparées par une aire surnommée le « no man's land ». Ces fortifications s'étendent sur plus de 600 kilomètres, et donnent lieu à la « guerre des tranchées ». Sur le front de l'Est, l'étendue des plaines et la faible densité ferroviaire empêchent la stabilisation des champs de bataille, mais le conflit est tout aussi étendu. D’importants combats ont lieu dans les Balkans, au Moyen-Orient et en Italie.

                Cette guerre est la première où les aéronefs (ballons fixes ou dirigeables puis, de plus en plus, les avions) jouent un rôle tactique important, d'abord pour l'observation et la reconnaissance, puis pour la chasse et le bombardement. Les premiers véhicules blindés motorisés apparaissent alors, essentiellement au sein de la Triple-Entente à la supériorité de laquelle ils contribuent. Elle donne également lieu au premier engagement massif de sous-marins de combat, et à une guerre de course menée contre des flottes commerciales, qui atteint son paroxysme lors de la première bataille de l'Atlantique. Parfois qualifiée de guerre totale, plus de soixante millions de soldats y prennent part. Pendant cette guerre, environ dix millions de civils et de militaires sont morts et environ vingt millions sont blessés. D'autres événements historiques majeurs surviennent pendant ce conflit, comme le génocide arménien (1915-1916), la Révolution russe (1917) ou la grippe espagnole (1918), qui augmentent la mortalité et la détresse des populations. Pour toutes ces raisons, cette époque marque profondément ceux qui la vivent. Cette guerre entraîne de nombreux changements géopolitiques et infléchit fortement le cours du XXe. siècle.

                14/18 cause l'effondrement ou la fragmentation des empires allemand, austro-hongrois, russe et ottoman. L'Allemagne voit son territoire réduit ainsi que sa puissance économique et militaire amputée lors du traité de Versailles (28 juin 1919). En conséquence, les frontières européennes et du Proche-Orient sont redessinées. Des monarchies sont remplacées par des États communistes ou par des républiques démocratiques. Pour la première fois, une institution internationale est créée dans le but de régler les différends internationaux : la Société des Nations (SDN).

AÏON n°5-III-       L’œuvre intitulée "Belfort" peinte par Jean-Bernard Pouchous,  représente sous le blason de la République Française, les armoiries royales du Royaume-Uni telles qu’elles sont depuis 1837.

                L'écu se blasonne ainsi : écartelé au 1 et 4, de gueules, à trois léopards d'or (qui est Angleterre), au 2, d'or, au lion de gueules, au double trescheur fleuronné et contre-fleuronné du même (qui est Écosse), au 3, d'azur, à la harpe d'or, cordée d'argent (qui est Irlande). Il est entouré d'une jarretière d'azur portant les mots « Honi soit qui mal y pense » d'or (il s'agit du collier et de la devise de l'ordre de la Jarretière). Le timbre porte un heaume d'or surmonté de la couronne impériale et d'un lion couronné de même. Le blason est supporté à dextre par un lion anglais également couronné d'or et à senestre par une licorne écossaise d'argent armée, lampassée, et entravée aussi d'or. La chaîne est attachée à une couronne du même. Les supports s'élèvent sur une terrasse de roses de gueules et d'argent, boutonnées, tigées et feuillées de sinople (Angleterre), et de trèfles (Irlande) et de chardons (Écosse) au naturel. Les armoiries portent la devise des monarques anglais « Dieu et mon droit».

« Honi soit qui mal y pense » est la devise anglo-normande de l'ordre de la Jarretière, le plus important ordre de la chevalerie britannique. Le verbe honnir est un verbe de la langue française qui signifie « blâmer quelqu'un en lui faisant honte » en le vouant au mépris public. Dans un registre moderne, la phrase signifie donc « Honte à celui qui y voit du mal ».

                Polydore Virgile (1470-1555) raconte comment la jeune Jeanne de Kent (1326-1385), comtesse de Salisbury, favorite du roi, fait accidentellement tomber sa jarretière à un bal à Calais. Le roi Édouard III d'Angleterre (1312-1377) répond à la foule qui sourit en attachant la jarretière à son propre genou en prononçant ces mots : « Messires, honi soit qui mal y pense ! Tel qui s'en rit aujourd'hui s'honorera de la porter demain, car ce ruban sera mis en tel honneur que les railleurs le chercheront avec empressement. » Il promet à sa favorite de faire de ce ruban bleu un insigne si prestigieux et désiré que les courtisans les plus fiers ou ambitieux s'estimeraient plus qu'heureux de le porter. Il crée ainsi l'ordre de la Jarretière (Most Noble Order of the Garter) qui est le plus élevé des ordres de chevalerie britanniques, le 23 avril 1348 le jour de la Saint-Georges, en pleine guerre de Cent Ans.

                Le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande (United Kingdom of Great Britain and Ireland), souvent abrégé en Royaume-Uni, est un ancien Etat insulaire d’Europe du Nord qui recouvrait l'archipel des îles britanniques, et qui a existé du 1er janvier 1801 au 6 décembre 1922, auquel ont succédé le Royaume uni  dans sa forme actuelle et l’Irlande. L'époque victorienne au Royaume-Uni marque l'apogée de la révolution industrielle britannique ainsi que celle de l’Empire britannique. Bien que l'époque victorienne puisse désigner les années de règne de la reine Victoria (1819-1901) les historiens fixent généralement son début au Reforme Act 1832. L'époque victorienne est précédée de l’époque georgienne et suivie de l’époque édourdienne.

Le Royaume-Uni est une monarchie constitutionnelle ; il possède un système parlementaire de gouvernance. Le Royaume-Uni est composé de quatre nations constitutives : l’Angleterre, l’Ecosse, le pays de Galles et l’Irlande du Nord. Le Royaume-Uni est membre du Commonwealth (Communauté des Nations) organisation intergouvernementale fondée en 1949,  composée de 54 États membres qui sont presque tous d'anciens territoires de l’Empire Britannique. La reine d’Angleterre est également le chef d’Etat monarchique des 16 royaumes du Commonwealth. Les autres États membres sont 32 républiques et 5 monarchies dont le monarque est différent.

                Suite de la Révolution, l’Empire français est défait à la bataille de Waterloo le 18 juin 1815. Cette bataille a opposé l’armée française dite Armée du Nord, dirigée par l’empereur Napoléon 1er. (1769-1821), à l'armée des Alliés, dirigée par le duc de Wellington (1769-1852) et composée de Britanniques, d’Allemands et de Néerlandais, rejointe par l’armée prussienne commandée par le maréchal Blücher (1742-1819). Napoléon dut abdiquer à son retour à Paris, le 22 juin, le traité de Paris, signé le 20 novembre, a imposé à la France l'occupation militaire par une armée de 150 000 personnes, payées et entretenues par la France pour cinq années, ainsi qu'une indemnité de guerre de 700 millions de francs.

AÏON n°5-IV-       L’œuvre intitulée "Belfort" peinte par Jean-Bernard Pouchous,  représente,  sous les armoiries royales du Royaume-Uni, le Grand sceau des Etats-Unis (Great Seal of the United States) tel qu’il est depuis 1782. Il comporte un pygargue à tête blanche aux ailes déployées tenant un rameau d'olivier dans une serre et treize flèches dans l'autre, l'ensemble symbolisant la paix ainsi que la défense par la guerre. L'oiseau est surmonté par treize étoiles rappelant les treize États originaux. La bannière E PLURIBUS UNUM (De plusieurs, un) rappelle la réunion des 13 États à l'origine des États-Unis. Les 13 États d'origine sont aussi rappelés par les 13 rayures du blason, les 13 flèches, les 13 feuilles et 13 olives du rameau d'olivier ainsi que par la phrase « E Pluribus Unum » qui contient 13 lettres.

AÏON n°5-V-       L’œuvre intitulée "Belfort" peinte par Jean-Bernard Pouchous,  représente  au dessus du Grand sceau des Etats-Unis, un pygargue à tête blanche qui se bat en plein vol avec un aigle royal. Aux États-Unis, deux partis politiques dominent la vie politique libérale depuis la fin du XIXe siècle, le parti démocrate et le parti républicain. Ce bipartisme strict est encouragé par le scrutin uninominal majoritaire à un tour. 

                Le pygargue à tête blanche est l'oiseau national des États-Unis, il est l'un des symboles les plus connus de l’union. Il s’agit d’un rapace  diurne qui vit en Amérique du Nord, appelé "Bald Eagle" (aigle chauve) ou d'aigle à tête blanche. Alors que l'aigle vit dans les massifs forestiers et les montagnes, le pygargue préfère les lacs, les rivières et les zones côtières car il se nourrit essentiellement de poissons À ce titre, il est parfois nommé "aigle de mer" ou "aigle pêcheur" américain. Subdivisé en deux sous-espèces, il se rencontre sur presque toute la superficie de l'Amérique du Nord, de l'Alaska au nord jusqu'au Mexique au sud tant sur la côte Atlantique que Pacifique. Le pygargue à tête blanche était un oiseau sacré dans plusieurs cultures des Nord-Amérindiens qui utilisaient ses plumes pour les coiffes et les costumes religieux. Les aigles en général étaient considérés comme des messagers spirituels entre les dieux et les êtres humains. Au cours des "pow wows", plusieurs danseurs portaient les serres des oiseaux comme marque de prestige. Les plumes étaient employées dans les cérémonies sacrées et dans l'ornementation des vêtements d'apparat. Les Lakotas par exemple donnaient des plumes comme symbole honorifique aux personnes ayant réalisé un exploit. Pour les Pawnees, ces oiseaux étaient des symboles de fertilité parce que leurs nids sont aménagés en hauteur et parce qu'ils protègent farouchement leurs petits. Les Kwakwaka'wakw éparpillaient des plumes pour accueillir des invités de marque. Chez les tribus des Grandes Plaines, pendant la danse du Soleil, on émettait des sifflements en soufflant dans un os d'aigle. Aux États-Unis, la loi précise que seuls les membres d'une tribu amérindienne reconnue par le gouvernement fédéral peuvent obtenir des plumes de pygargue à tête blanche ou d'aigle royal pour des usages spirituels et religieux.

                L'aigle est capable de s'élever au-dessus des nuages et de fixer le soleil, est universellement considéré comme un symbole à la fois céleste et solaire, les deux aspects pouvant d'ailleurs se confondre. Roi des oiseaux, il contourne le symbolisme général de ceux-ci, qui est celui des anges, des états spirituels supérieurs. Il est, dans l'antiquité classique, l'oiseau de Zeus, à qui il lui arrive même de s'identifier ; son rôle de roi du ciel est également explicite chez les chamans sibériens. Son identification au soleil, source et rayonnement de la lumière, est essentielle pour les Amérindiens qui, portant des plumes d'aigle, s'identifient à ce rayonnement. Les plumes et le sifflet en os d'aigle sont utilisés dans la danse qui regarde le soleil. Même identification chez les Aztèques, et aussi au Japon : le « Kami » dont le messager ou le support est un aigle est dénommé Aigle du céleste soleil. En Grèce, les aigles partis de l'extrémité du monde, sont dits s'arrêter à la verticale de l'Omphalos de Delphes : ils suivent ainsi la trajectoire du soleil, du lever au zénith, qui coïncide avec l'axe du monde.

                Symbole d'orgueil et d'oppression lié au pouvoir impérial, il est la perversion de son propre pouvoir et peut avoir un aspect maléfique. Certaines œuvres d'art du Moyen Âge l'identifient au Christ lui-même, dont il signifie l'Ascension et parfois la Royauté. Cette seconde interprétation est une transposition du symbole romain de l'Empire. Les psaumes en font un symbole de régénération spirituelle, comme le phénix. L'aigle fixant le soleil, c'est aussi le symbole de la perception directe de la lumière intellective. Le poète allemand Angelus Silesius (1624-1677) a écrit « L'aigle regarde sans crainte le soleil en face ; et toi l'éclat éternel, si ton cœur est pur ». Symbolisme de contemplation auquel se rattache l'attribution de l'aigle à saint Jean et à son évangile.

AÏON n°5-VI-     L’œuvre intitulée "Belfort" peinte par Jean-Bernard Pouchous,  représente  en bas au centre du tableau un "Salvator coronatus" Tête de Christ couronné d'épines, aussi appelé "Christ de douleur bénissant couronné d’épines" peinte par Jean-Bernard Pouchous d’après une œuvre autographe d’Albrecht Bouts (1452-1460) peinte à huile sur bois (35,5 x 23,5 cm.) en 1500 et conservée au Musée des Beaux-Arts de Lyon. Dans l’original, le Christ est représenté jusqu'au niveau du torse et portant sur la tête une couronne tressée d'épines. La bouche et les yeux ouverts, il a les deux mains levées : la main droite est en train de bénir, tandis que celle de gauche évoque la rédemption à travers la plaie du supplice, symbolisant respectivement la gloire et la souffrance du Christ. Il a un manteau rouge à la bordure dorée, un habit de roi dont les soldats l'ont revêtu afin de se moquer de lui, selon le récit biblique. Des gouttes de sang coulent de son front, tandis que des larmes mouillent ses joues (2).

« Crie comme un aigle ! » Il cria d'une voix aiguë et perçante : « Du taedium à l’acedia ! » (Vie, tu me fatigues, tu me dégoutes !)  C’est Jacques de Voragine (1298-1298) auteur de "La légende dorée" qui porte une première pierre à cet amas de ruines que tous désirent rassembler comme une preuve à notre délire. Parce que toute interprétation est un délire.

                Parrhasios (400-396 av. J.-C.) serait le premier peintre dont les esquisses et les dessins sur panneaux et parchemin ont été conservés. Son style laisse à penser qu'il s'opposait aux innovations apportées par les effets d'ombres, recherchant plutôt le volume au moyen d'un contour nerveux. Selon Pline qui s'appuie sur le témoignage du peintre Xénocrate (396-314 av. J.-C.), Parrhasios « a le premier observé la proportion, mis de la finesse dans les airs de tête, de l'élégance dans les cheveux, de la grâce dans la bouche, et, de l'aveu des artistes, il a remporté la palme pour les contours. » Plusieurs de ses peintures sembleraient avoir exprimé une souffrance passive, et d'autres possèdent des éléments de caricature et d’érotisme (3).

                La légende dit que Tibère (42 av. J.-C./37 ap. J.-C.) fut collectionneur des peintures érotiques de Parrhasios. Jacques de Voragine rapporte que Tibère tomba gravement malade à Rome (Tyberius morbo gravi teneretur). L’empereur, s’adressant à Volusianus, un de ses intimes, lui dit qu’il avait entendu parler d’un médecin qui guérissait tous les maux. L’empereur déclara à Volusianus

- Citius vade trans partes marinas dicesque Pylato ut hunc medicum mihi mittat (Va vite outre-mer et dis à Pilate de m’envoyer ce médecin).

Il s’agissait de Jésus qui guérissait tous les maux avec une seule parole. Quand Volusianus fut arrivé auprès de Pilatus et lui eut communiqué l’ordre de l’empereur, le préfet Pilatus ressentit de l’effroi (territus) et demanda un délai de quatorze jours. Volusianus rencontra alors une matrone (matronam) qui avait été familière de Jésus. Elle s’appelait Veronica et il s’enferma avec elle.

- J’étais son amie, dit-elle. Trahi par jalousie, Jésus a été tué par Pilate qui l’a fait attacher à une croix.

Alors Volusien fut très chagriné d’apprendre que le médecin avait péri.

- Vehementer doleo (Je suis bien en peine), lui dit-il. Je suis malheureux de ne pouvoir exécuter les ordres de mon maître.

La matrone Veronica répondit :

- Alors que mon ami parcourait le pays eu prêchant, comme j’étais privée bien malgré moi de sa présence, j’ai pris la décision de faire exécuter son portrait (volui mihi ipsius depingi imaginem). Le peintre m’a dit d’acheter telle toile et telles couleurs. Il se trouva que j’étais en train de porter au peintre ce qu’il m’avait demandé quand je vis passer Jésus qui allait mourir. Mon ami me demanda où j’allais avec cette toile et ces couleurs. Je lui expliquai le dessein que j’avais eu en pleurant parce qu’il était en train de por ter sa croix. «Ne pleure pas», me dit-il et il prit la toile et y appliqua son visage. « Voilà comment on peint», dit-il et il s’en alla mourir. Si l’empereur de Rome regarde avec dévotion les traits de cette image, aussitôt il recouvrera la santé.

Volusianus lui repartit :

- Puis-je acheter avec de l’or ou de l’argent ton image ? 

- Non, répondit-elle. Seulement avec une ardente dévotion. Je partirai avec toi. Je montrerai ce portrait à César pour qu’il le voie et je reviendrai.

Volusien revint alors en bateau à Rome avec Véronique et dit à l’empereur Tibère :

- Pilate a livré Jésus aux juifs qui l’ont attaché à une croix par jalousie. Mais une dame est venue avec moi qui porte l’image de Jésus à l’instant de mourir. Si vous regardez ce portrait avec dévotion, vous obtiendrez à l’instant votre guérison et recouvrerez la santé.

                Alors Tibère fit étendre un tapis de soie (pan nis serics), reçut sainte Véronique, et ils parlèrent peinture. Puis il commanda qu’elle lui découvrir le portrait : il ne l’eût pas plus tôt regardé qu’il recouvra sa santé première. Tibère fit présent d’un tableau ancien à "Véronique la putain" (un tableau-de-prostituée de Parrhasios ?) et ordonna qu’on mît à mort Pilate parce qu’il avait tué Jésus. Mais Pilate ne l’entendit pas de cette oreille et, saisissant avec sa main son épée, il se tua. A l’instant de mourir, Pilatus regarda sa main qui tenait son épée. En expirant il dit : « La main que j’ai lavée me tue. » (4)

                Tout peintre est impressionné par l’histoire de la "Sainte Face ou Sainte Face de Jésus", une relique légendaire donnant l'idée du Logos incarné dont l'empreinte du visage du Christ serait la preuve. Selon la tradition chrétienne, ce visage aurait été miraculeusement imprimé sur tissu et ferait partie des icônes acheiropoiètes. Le Mandylion ou Image d’Édesse est impressionnante pareillement, il s’agit d’une relique consistant en une pièce de tissu rectangulaire sur laquelle l’image du visage du Christ (ou Sainte Face) a été miraculeusement imprimée de son vivant. Pour l’Église orthodoxe, il s’agit de la première icône (image). La première mention de l’existence d’une image physique du Christ remonte au vie siècle, dans l'antique ville d’Édesse en Mésopotamie. Cette image fut transportée à Constantinople au Xe. siècle. Le tissu disparaît de Constantinople au cours de la Quatrième croisade (Sac de Constantinople) en 1204, réapparaît en tant que relique conservée par saint Louis à la Sainte Chapelle. Il disparaît définitivement lors de la Révolution française.

« Dans l’ordre des priorités, il faudrait quand même que le frivole et l’éternel passent avant le politique » George Orwell (1903-1950). Autrement dit, et pour paraphraser Georges Clémenceau (1841-1929), « …la politique est une chose beaucoup sérieuse pour la confier aux seuls militants. » Simon Leys (5).

                Pour Jean-Bernard Pouchous certaine imagerie relève de l'anomie (du grec anomía : absence de, et nómos : loi, ordre, structure),  un concept de poïétique désignant l'état d'un être qui ne reconnaît plus de règle à son encontre. Dans le schéma narratif classique, l'anomie se trouve classiquement dans l’élément déclencheur et conduit aux péripéties et idéalement y met fin.

« Nid d'aigle ! » L’anomie est une construction difficilement accessible dans la montagne.

« Si le mot d’anomie a un sens, il désigne les manifestations incasables, qui accompagnent le difficile passage d’un genre de société qui se dégrade, à un autre qui lui succède dans la même durée, et qui n’a pas encore pris forme. Nous sommes dans l’écluse (...). Nous traversons aujourd’hui une plus forte “zone de turbulences” : les “valeurs” de la civilisation industrielle dans laquelle nous sommes nés, n’ont plus guère de force mobilisatrice, les institutions s’effritent, des lieux vivants deviennent des cimetières, les idéologies, les utopies viennent buter contre le mur d’un avenir imprévisible. Les nations, les États, apparaissent comme des emballages vides. Il est difficile de dire que le prochain millénaire ressemblera à ce que suggèrent, ici ou là, les films de science fiction, les bandes dessinées, les rêveries optimistes des ingénieurs. Qui oserait prophétiser ?” Avec ce concept d’anomie, formulé par Jean-Marie Guyau et utilisé par Émile Durkheim, Jean Duvignaud montre comment les sociétés — en se transformant — provoquent de nombreuses réactions imprévues chez les individus. Des comportements inédits apparaissent, les normes sont contestées, la marginalité et la déviance s’enrichissent de nouvelles forces, etc. L’auteur illustre sa réflexion par des exemples empruntés à la littérature du XIXe siècle, au théâtre contemporain, à la peinture... Le sacré, l’imaginaire, le rêve, l’utopie, la contestation, se faufilent ça et là, entravant le raisonnement sociologique, et conduisent l’auteur à repenser la place et le rôle des sciences sociales dans une société qui vit — en permanence — de fortes perturbations. »

« L'anomie, pour Guyau, est créatrice de formes nouvelles de relations humaines, d'autonomies qui ne sont pas celles d'une référence à des normes constituées, mais ouvertes sur une créativité possible. Elle ne résulte pas, comme chez Durkheim, d'un trouble statistique, elle incite l'individu à des sociabilités jusque-là inconnues - dont il dira que la création artistique est la manifestation la plus forte. » Jean Duvignaud (6) écrivain, critique de théâtre, sociologue, dramaturge, essayiste, scénariste et anthropologue français.

                Toutes les guerres naissent du désordre social, dans des sociétés ou des groupes à l'intérieur d'une société qui souffrent du chaos dû à l'absence de règles de bonne conduite communément admises, implicitement ou explicitement, ou, pire, dû au règne de règles promouvant l'isolement ou même la prédation plutôt que la coopération.

                L'étude de l'être ou ontologie se réfère à « la nature de la réalité, à la nature des choses (êtres humains et non-humains, objets) et à la nature de leurs relations (incluant leur existence, leur enchevêtrement et leur devenir communs) telles que conçues, vécues et mises en actes par les acteurs culturels / agents sociaux ». Sylvie Poirier, anthropologue canadienne. Cette auteur complète cette idée en disant que les ontologies sont « des théories que des groupes humains ont élaborées afin de définir le réel, le déploiement du monde ainsi que les relations et les enchevêtrements entre l’humain et le non-humain, soit-il animal, végétal, minéral, ancestral, divin ou autre » (7). De plus, d’autres auteurs, argumentent que la modernité est la cause d'une crise des ontologies, puisque les différentes visions du monde n'arrivent plus à cohabiter sereinement, en raison d'incompréhensions et de rapports de pouvoir. Suite à ce constat, certains ont initié ce qui s'appelle aujourd'hui le tournant ontologique, et parmi eux figurent Bruno Latour (1947-…), Til Ingold (1948-…), Eduardo Viveiros de Castro  (1951-…) ou encore Philippe Descola (1949-…). De manière générale, ce tournant ontologique concerne l'épistémologie, plus précisément sur la façon dont le savoir et les représentations des théories de l'existence se forment. On y critique la distinction formelle entre nature et culture. L’étude de la connaissance (Epistémologie) pour Bertrand Russell (1872-1970) introduit la notion de knowledge by acquaintance (connaissance directe) et knowledge by description (connaissance par description) en philosophie pour désigner deux types fondamentaux de connaissance pour comprendre son siècle.

AÏON n°5-VII- L’œuvre intitulée "Belfort" peinte par Jean-Bernard Pouchous,  représente  en bas et au centre du tableau et à droite de la tête de Christ couronné d'épines, un masque africain inspiré d’un original Mukudj, Punu (fin du 19e siècle) en bois recouvert de kaolin (27,9 x 19,1 x 23 cm.)

L’empire colonial français désigne l'ensemble des colonies, protectorats, territoires sous mandat et territoires ayant été sous tutelle, gouvernés ou administrés par la France. Inauguré au XVIe. siècle, il a connu une évolution très contrastée selon les époques, aussi bien par son étendue que par sa population ou sa richesse. Les possessions coloniales ont connu différents statuts et modes d'exploitation ; des colonies antillaises esclavagistes du XVIIe. et XVIIIe. siècle à l'Algérie française, partie intégrante de la France à certaines périodes, en passant par les protectorats de Tunisie et du Maroc et les territoires sous mandat de Syrie et du Liban. On distingue généralement deux grandes périodes, le pivot étant la guerre de Sept Ans (1756-1763), puis la Révolution et l'époque napoléonienne, épisodes au cours desquels la France perdit pratiquement l'ensemble de sa première aventure coloniale.

         Le premier espace colonial, constitué à partir du XVIe. siècle comprend des territoires nord-américains, quelques îles des Antilles, les Mascareignes et des établissements en Inde et en Afrique. Il s'étendait sur 10 000 000 km. La guerre de Sept Ans se solde par la perte d'une grande partie des territoires coloniaux de la France au profit de la Grande-Bretagne (Nouvelle-France et en Inde). L'empire colonial survit malgré tout et connaît une certaine prospérité grâce aux exportations antillaises (Saint-Domingue, Martinique, Guadeloupe) de café et surtout de sucre entre 1763 et la fin des années 1780. Il s'effondre toutefois brutalement au point de disparaître presque entièrement à la suite de l'époque napoléonienne avec l'achat de la Louisiane, cession en 1803 par la France de plus de 2 144 476 km2 de territoire aux États-Unis au prix de 3 cents par acre, soit plus de 15 millions de dollars ou 80 millions de francs français au total.

                Le second espace colonial, constitué à partir des années 1830, se compose principalement de régions d'Afrique acquises à partir des anciens comptoirs, mais aussi d'Asie (Indochine) et d'Océanie (Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, Nouvelles-Hébrides). Ce second empire colonial fut au cours de la seconde moitié du XIXe. Et au XXe. siècle le deuxième plus vaste du monde, derrière l'empire colonial britannique. Présent sur tous les continents, il s'étendait à son apogée, de 1919 à 1939, sur 12 347 000 km2, où vivaient 68 690 000 habitants en 1939. En incluant la France métropolitaine, les terres sous souveraineté française atteignaient ainsi la superficie de 12 898 000 km2, soit près d’1/10 de la surface de la Terre, abritant une population de 110 millions d'habitants à la veille de la Seconde Guerre mondiale, soit 5 % de la population mondiale à l'époque.

                L’empire colonial français fut, tout particulièrement sous le régime républicain, appuyé sur l’idée d’une mission civilisatrice. Sous l’ancien régime, la conversion au catholicisme était déjà un motif important dans la justification du colonialisme.

                Au début du XXIe. siècle, les restes de ce vaste empire colonial constituent la France d'outre-mer (anciens DOM-TOM), une douzaine de territoires insulaires dans l'Atlantique, les Antilles, l'océan Indien, le Pacifique sud, au large de l'Antarctique, ainsi que la Guyane sur la côte nord de l'Amérique du Sud, pour une superficie émergée totale de 119 394 km2, soit à peine 1 % de la superficie de l'empire colonial à son apogée entre les deux guerres mondiales. D'une faible superficie émergée, ces DOM-TOM permettent toutefois à la France de revendiquer la deuxième plus grande zone économique exclusive (ZEE) au monde, couvrant 10 165 095 km2 d'océans, juste derrière celle des États-Unis.

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