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Dingbat - N° 1

N°1-"Bodie Prisunic",  2012, acrylique sur toile, 195 x 160 cm.

« Le désir « imite » le désir. Mieux, il mime le désir. Le désir, si l'on veux, désire le désir » Philippe Lacoue-Labarthe (1940-2007)(1).

 

N°1 - A- Prix uniques.

La peinture intitulée "Bodie Prisunic" représente deux personnages assis ; l’un, au premier plan a la tête orientée vers l’avant scène à gauche, l’autre, à l’arrière plan, a tourné son regard vers un horizon lointain.

Le premier personnage est un mannequin de vitrine posé sur un canapé XVIII e. siècle.

Ce mannequin est l’imitation grandeur nature d’un top model des années 70 à la peau matte, au visage très maquillé et permanente. Ce genre de chose exploite toujours une ressemblance morphologique certaine avec le mannequinât le plus recherché qui défile, pose ou s’expose pour valoriser les produits de haute-couture et du prêt-à-porter de l’industrie de la mode.

« La mode est une forme de laideur si intolérable que nous devons en changer tous les six mois. » Oscar Wilde.

Là, cet objet photogénique est resté nu, figé, inerte et un couple de perroquets s’est posé sur son genou droit pour y caqueter : « Coaaaaa... éé, bo ! Rococoooo… »

Posé sur le canapé notre mannequin reste muet, mais semble écouter le caquetage haut en couleur de nos deux oiseaux, serait-ce médisances, bavardages, malveillances ou fausses rumeurs ? Le succès de "La philosophie dans le boudoir"(2) du marquis de Sade (1740-1814) a contribué à développer une renommée sulfureuse à une petite pièce propres aux hôtels particuliers de l’ancien régime, dédiée à l’intimité des causerie féminines et appelée "boudoir", mot venant de bouder (se mettre à l’écart), prouvant ainsi que l’évolution des mœurs et des rapports hommes-femmes a une incidence sur l’architecture d’intérieur et le mobilier.

D’abord est apparu le caquetoire, petit siège rudimentaire de style Henri II où des persifleurs se mettaient à l’aise pour parler de tout et de rien, puis apparurent fauteuils et canapés pour que toutes les langues se délient. Cercles, bureaux d’esprit, sociétés, clubs s’installent au salon, les précieuses ridicules de Molière quittent le boudoir, deviennent égéries, grandes inspiratrices, dames de lettres et tiennent salon, faisant et défaisant réputations et carrières, littéraires et artistiques.

Le canapé de "Bodie Prisunic" est de style "Transition" aussi appelé "dans le goût grec", correspondant à la première partie du style Louis XVI dans le mobilier français.

Les découvertes archéologiques d’Herculanum (1738) et de Pompéi (1748), font parler d’elles. Les élites se passionnent pour les civilisations antiques et contribuent à créer un nouveau style plus épuré. En abandonnant les excès du rococo du style Louis XV et en adaptant les canons des anciens Romains et la sensibilité des Lumières. Si nous regardons bien ce que représente la tapisserie du siège et du dossier du canapé, nous nous apercevons qu’il s’agit d’une scène de basse-cour avec verdure, ferme, coq et pintades, le tout encadré de guirlandes de fleurs multicolores. Cette représentation très réaliste de basse-cour est un exemple du goût de Marie-Antoinette (1755-1793), reine de France, qui montra un certain intérêt pour les scènes de la vie rurale.

Sous le canapé, un mouton aux pattes ligotées, attend son heure tel le bouc-émissaire.

Passons à l’arrière-plan.

Le deuxième personnage, une belle blonde de type slave, nue, est assise sur une barrière douanière, fermant l’accès au croisement de 2 routes abandonnées aux bas côtés envahies d’herbes folles. Son corps dévisse à droite pour tendre son regard en direction de quelques bâtiments en bois style californien de l’époque de la ruée vers l’or. L’endroit semble déserté, il n’y a pas âme qui vive, serait-ce une ville abandonnée de ses habitants, une ville fantôme ?

Au sommet de la composition du tableau sont écrites sur un ciel bleu cobalt, les lettres de la marque PRISUNIC et son logo; une chaîne de magasins populaires, lancée en 1931 par les Magasins du Printemps et aujourd’hui disparue.

Il se peut que nous soyons dans la vitrine du temple de la consommation du bon chic international, pour lequel un étalagiste aurait fait une composition originale nostalgique,  mélangeant objets réels et images photographiques, pour interroger Jérôme et Sylvie qui rêvent d'une vie grandiose, pleine de richesse et de beaux objets, dans le roman Georges Perec "Les Choses" (3).

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