Œuvres récentes

Tout style est plongé dans l'opacité des souvenirs clos de l'artiste. C'est une métaphore, c'est-à-dire une équation entre son intention créatrice et sa structure chamelle. C'est en cela une opération magique pouvant atteindre des fragments d'une réalité cachée étrangère au langage . Roland Barthes (1).

Le degré zéro de l'écriture

  Dans son séminaire, J. Lacan en profite pour proposer une interprétation générale de la vision de toute œuvre. Au-delà du fantôme anamorphique et du symbole de la castration, c'est effectivement le regard qui surgit comme fonction pulsatile leurrante. Ou plus exactement, le tableau s'offre au regard pour que la vision dépose les armes, se dépose, s'abandonne. Or, dans cette dialectique de l'œil et du regard, J. Lacan insiste sur l'idée qu'il n'y a pas coïncidence, mais illusion, car « ce que je regarde n'est jamais ce que je veux voir ». En d'autres termes, nous pourrions dire que pour J. Lacan, l'artiste et le spectateur sont en réalité des aveugles ; tout leur inconscient leur échappe. Et il conclut son exposé par le rappel de l'apologue antique des deux fondateurs et rivaux de l'école athénienne, Zeuxis et Parrhasios.

  Le premier était un peintre qui avait reproduit des raisins avec un tel réalisme que tous les oiseaux étaient attirés. Mais leur œil était simplement trompé, puisque Parrhasios triomphera de Zeuxis en peignant un voile sur un mur. Un voile si parfait que Zeuxis lui dit : « Alors, maintenant, montre-nous ce que tu as peint derrière... ». C'est ce voile même qui est la peinture, conclura donc J. Lacan, c'est-à-dire quelque chose qui signe le triomphe de l'œil sur le regard et au-delà duquel l'homme « demande à voir »*.

* - Note : Ce que J. LACAN ne dit pas, c'est que, fondateur, avec ZEUXIS, par ses œuvres « académiques » de l'école athénienne de peinture dite ionienne, PARRHASIOS passe aussi selon la légende pour être le fondateur de la pornographie. Ce qui ajoute à l'ironie de sa réplique à son concurrent : peindre un voile...et rappelle que l'œil est « libidinal ». (1)

Bibliographie :

1- Roland Barthes, « Le degré zéro de l'écriture », éd. Gonthier, 1968 et « L'aventure sémiologique », Ed. du Seuil, 1985.

2- Richard Jean-Tristan, Les structures inconscientes du signe pictural – Peinture et psychanalyse, surréalisme et sémio-analyse, éd. L’Harmattan, coll. L’œuvre et la psyché, 1999.

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Champagne pour Eugène

a/t, 9 x (50 x 61 cm.), 2009