Hypermnestre Solar 2006

20 photogrammes  de "Hypermnestre Solar 2006". acrylique sur gesso sur bois de chêne, pour Château Puech Haut.

Photogramme  du dessus de la barrique "Hypermnestre Solar 2006"

« Il y a plus de vieux ivrognes que de vieux médecins. » François Rabelais (1).

 

Vin et mythologie...

  Jean-Bernard Pouchous peintre sur barrique ?

  Gérard Bru est propriétaire-exploitant des vins Puech-Haut de Saint Drézéry dans l’Hérault. En 2006, cet heureux propriétaire, m’a un jour fait livrer à l’atelier une barrique vide et une palette de bouteille de tous ses vins les meilleurs en échange de la réalisation d’une œuvre originale sur barrique, pour une exposition itinérante de "Pack’Art" (2) intitulée "Les Barriques du Château Puech Haut", qu’il voulait internationale. Cette œuvre, peinte sur le fût de chêne, on peut la voir comme la représentation du contenu d’un tonneau rempli d’eau dans lequel évolue une baigneuse sous-marine, ou comme la satire d’une pub pour une crème solaire water proof qui s’appellerait "Solar". Notre naïade en bikini s’appelle "Hypermnestre", elle nous sourit en soulevant sa chevelure noire des deux mains. Son corps s’allonge, sous l’écume d’une vague en mouvement qui nous découvre au  loin, à la surface, le paysage d’une plage exotique avec cocotiers sur fond de ciel outremer. Cette oeuvre s’intitule: "Hypermnestre Solar 2006".

  Dans la mythologie grecque, Hypermnestre est la fille aînée de Danaos, roi d’Argos (Péloponnèse).

« Tandis que ses autres sœurs, les Danaïdes, obéirent à leur père et tuèrent leurs maris le soir de leurs noces, Hypermnestre, par amour pour Lyncée (Un des cinquante fils d’Egyptos) qui lui avait laissé sa virginité, l’épargna et l’aida à s’enfuir.  Furieux, Danaos la fit comparaître devant les juges de la ville, mais ceux-ci la reconnurent finalement innocente. Plus tard, après la vengeance de Lyncée qui tua ses quarante-neuf belles-sœurs et son beau-père, Hypermnestre régna à ses côtés sur Argos. Il faut savoir qu’à cette époque Danaos était le fils du roi africain Bélos et le frère jumeau d’Egyptos, il gouvernait la Lybie. A la mort de son père, son frère Egyptos, souverain d’Arabie, s’empare du territoire de l’Egypte. Égyptos avait eu cinquante fils de différents lits, tout comme Danaos avait eu cinquante filles, les Danaïdes. Égyptos propose à son frère une union entre ses fils et les Danaïdes, mais celui-ci, craignant ses neveux, préfère fuir la Libye. Il construit pour cela, avec l’aide d’Athéna, le tout premier bateau et parvient finalement à Argos, ville à laquelle il était lié par son ancêtre Io. Io est la descendante du dieu fleuve Inachos et sa soeur est Mycénée. Prêtresse du temple d’Héra à Argos, Zeus la remarqua un jour et elle devint rapidement une de ses nombreuses maîtresses. Zeus lui donnait de fréquents rendez-vous en se changeant en nuage. Leur relation continua jusqu’à ce que Héra, l’épouse de Zeus, les ait presque surpris. Zeus parvint à échapper à cette situation en transformant Io en une belle génisse blanche. Cependant, Héra ne fut pas dupe et exigea de Zeus qu’il lui donne la génisse comme présent. Une fois que Io fut donnée à Héra, Zeus continua tout de même à la rencontrer en cachette, de temps en temps, en se changeant en taureau. Alors Héra la confia à la garde d’Argos, pour qu’il la maintienne à l’écart de Zeus. Argos Panoptes est “celui qui voit tout”, fils d’Arestor et de Mycénée, c’était un Géant doté de cent yeux, dont cinquante dormaient à tour de rôle pendant que les autres veillaient. Zeus demanda alors à son fils Hermès de tuer Argos. Hermès alla trouver Argos et parvint à l’endormir en lui racontant une histoire très longue accompagnée du son de sa harpe. Quand  Argos finit par s’endormir, Hermès lui coupa la tête. Pour honorer sa mémoire, Héra récupéra ses yeux et s’en servit pour garnir la queue de son animal favori, un paon. Et pour se venger, elle envoya sur Io un taon chargé de la piquer sans cesse. Celle-ci, affolée et rendue furieuse, s’enfuit et parcourut de nombreux pays. Dans sa fuite, elle rencontra Prométhée enchaîné sur le mont Causase, qui lui révéla qu’un jour elle retrouverait sa forme humaine et deviendrait l’ancêtre d’un grand héros (Héraclès)auquel lui-même devrait plus tard sa propre libération. Elle laissa aussi son nom à la mer ionienne et au détroit du Bosphore (le gué de la vache), et finit par atteindre l’Egypte où Zeus lui rendit sa forme première de jeune femme et où elle donna naissance à leur fils Epaphos. Ce fut elle qui propagea dans sa nouvelle patrie le culte de Déméter, qu’elle appelait Isis, aussi, en Égypte, Io est-elle identifiée à Isis ou a Hathor et Épaphos à Apis. » Robert Graves (1895-1985) (3).

  Les “cultes à mystères” prennent naissance avec Orphée, prêtre légendaire d’Apollon surnommé "le père des Mystères". Les participants subissaient des initiations successives, apprenant à chaque fois quelque chose de plus sur les secrets de la divinité; ils progressent dans des grades montrant leur niveau d’initiation ; Ces cultes apportent, contrairement aux cultes traditionnels, un espoir pour l’après-vie, plus encourageant que la simple éternité dans les Champs Elysées des enfers réservés aux plus méritants, les héros. Les divinités faisant l’objet d’un culte à mystères sont entre autre la triade Déméter, Perséphone et Hadès, à Eleusis et Samothrace, Isis venant d’Egypte, Mithra le guerrier, Cybèle, la mère des dieux et son amant  Attis, Artémis, déesse lunaire de la chasse et de virginité, Apollon, dieu solaire des arts et de la divination, etc,  et Zagreus, avatar orphique de Dionysos, dieu de la vigne, du vin et de ses excès. Dionysos, dieu de l’ivresse et de l’extase est celui qui permet à ses fidèles de dépasser la mort. “In vino veritas”. Le vin, comme le "soma" védique, est censé aider à conquérir l’immortalité (4). Le vin substance enthéogène, mot défini par Robert Gordon Wasson et J. Ott en 1979 : « (…) la libération ou l’expression d’un sentiment divin à l’intérieur de soi. »

  Zeus, métamorphosé en serpent, séduit Perséphone, la fille qu’il a eue de Déméter, encore jeune fille. Celle-ci lui donne Zagreus, qu’il confie à Apollon et aux Curètes (petits dieux de Crète), dans l’espoir de faire de l’enfant son héritier. Ceux-ci le cachent dans les bois du mont Parnasse. Héra, jalouse, envoie les Titans à sa poursuite. Ils retrouvent l’enfant grâce à des jouets et des hochets et le mettent en pièces.  Ses membres sont ensuite dévorés, à l’exception du cœur, qu’Apollon parvient à sauver. Zeus avale le cœur de l’enfant et parvient ainsi à lui donner naissance une seconde fois, sous le nom de Iacchos. D’où une étymologie proposée pour le nom de Dionysos : "deux fois né". Les Titans, pour leur part, sont foudroyés par Zeus, et de leurs cendres naît l’humanité. Le mythe peut être interprété comme le symbole de la mort de la végétation en hiver, et de sa renaissance au printemps. En effet, Dionysos est associé dans les cultes à mystères à Déméter et Perséphone, déesses de la végétation. Le massacre de Zagreus reflète peut-être les sacrifices humains et animaux qui avaient cours sur les îles de Chios et Lesbos, et qui expliquent l’épiclèse "ômastês" de Dionysos: "mangeur de viande crue". Dans le panthéon grec Dionysos est un dieu à part : c’est un dieu de nulle part et de partout. À la fois vagabond et sédentaire, il représente la figure de l’autre, de ce qui est différent, déroutant, déconcertant, anomique.  Dionysos est le fils de Zeus et de la mortelle Sémélé. Selon les listes, il fait partie ou non des douze Olympiens, bien qu’il ne vive pas sur le mont Olympe car il est essentiellement un dieu errant.

  Dionysos (5) est avant tout un dieu de la végétation arborescente et de tous les sucs vitaux (sève, urine, sperme, lait, sang), comme en témoignent ses épiclèses "esprit de l’écorce" ou encore de Sukítês  "protecteur des figuiers". Il se spécialise ensuite dans la vigne, qu’il est censé avoir donné aux hommes, ainsi que dans l’ivresse et la transe mystique. Ses attributs incluent tout ce qui touche à la fermentation, aux cycles de régénération. Il est fils de Sémélé, avatar de la déesse phrygienne de la terre, amant d’Ariane, déesse minoenne de la végétation, et le compagnon des nymphes et des satyres. Il est également fréquemment associé au bouc et au taureau, animaux jugés particulièrement prolifiques. A  Athènes, les fêtes de Dionysos, les Dionysiaques, se célébraient officiellement avec plus de pompe que dans tout le reste de la Grèce. Des jeunes filles, appelées "canéphores", portaient sur leurs têtes des corbeilles dorées, pleines de fruits d’où s’échappaient des serpents apprivoisés qui terrifiaient les spectateurs. Dans le cortège figuraient aussi des hommes travestis en Silènes, Pans et Satyres qui faisaient mille gestes bizarres, mille gambades, simulant ainsi les folies de l’ivresse. Les bacchanales elles aussi liées aux mystères dionysiaques était une sorte d’exorcisme pour éloigner les Bacchantes qui  tourmentaient les jeunes gens. Ils représentaient pour les anciens grecs ce que sont pour nous les vampires d’aujourd’hui. Les bacchanales avaient pour but de protéger la population en amadouant ces Bacchantes par plusieurs manifestations et représentations cérémoniales et théâtrales.

  Une sorte de bizutage comme il se pratiquait jadis aux Beaux-Arts et en école Médecine (6). Cérémonie d’accueil des nouveaux élèves par les anciens en l’absence de tous professeurs ou membres du personnel de l’école. Lors d’un premier  rituel du  jugement des "bizus" et "bizutes", tous étaient déclarés un par un, tous coupables évidement de lèse majesté... Le rite suivant consistait  en un défilé punitif dans les rues de la ville, ou toutes sortes d’accoutrements ou de comportements ridicules étaient imposées par un  parrain aux jeunes initiés. Enfin pour clore le rituel un banquet était organisé en plein-air où tout le monde se réconciliait toute la nuit dans une bacchanale d’absolution fortement arrosée. La pratique du bizutage fut interdite par la loi du 17 juin 1998 par Ségolène Royal, alors ministre déléguée à l’Enseignement scolaire du Gouvernement Lionel Jospin auprès du ministre de l’Education National Claude Alègre. 

  Ces rites de passage initiatique ressemblaient  trop aux fameuses Saturnales  de l’antiquité romaine. C’étaient des fêtes de décembre, accompagnées de grandes réjouissances pendant lesquelles régnait une apparente liberté et où tout était permis, les esclaves devenaient les maîtres et inversement, lors de banquets donnant lieu à de véritables ripailles. A cette lecture, tout de suite nous vient à l’esprit "l’orgie romaine" qui sachons le, jusqu’au XVII e. siècle n’avait pas cette connotation baroque très connue des artistes qui avaient à traduire et contenir les nombreuses sortes d’excès : orgie de couleurs, orgie de lumière, de leurs contemporains (7).

Jean-Bernard Pouchous - 2009.

Bibliographie

-1- François Rabelais, Traité de bon usage de vin, ALLIA, Petite collection, 2009.

-2- Fabrice Peltier, Art, échanges créatifs, éd. Pyramyd, coll. Dpack, 2008.

-3- Robert Graves, Les Mythes grecs, éd. Hachette Littératures, coll. Pluriel, 2007.

-4- Henri Jeanmaire, Dionysos : Histoire du culte de Bacchus, éd. Payot, 1985. 

-5- Sébastien Lapaque, Jérôme Leroy, Triomphe de Dionysos : Anthologie de l’ivresse, Homère, Anacréon, éd. Actes Sud, coll. Babel noir, 2008.

-6- Emmanuel Davidenkoff, Pascal Junghans, Du bizutage, des Grandes Ecoles et de l’élite, éd. Librairie Plon, 1993.

-7- Jean-Pierre Coffe, Le Banquet de Bacchus, Eloge de l’ivresse, éd. du Rouergue, 2002.

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now