Croquis 3

N°3-Croquis A3

« La main est l’instrument des instruments. » Aristote (1).

 

N°3 - La beauté, une idée spirituelle.

         Un croquis rapides comme celui intitulé "Portrait de Socrate" a été réalisés au Musée du Louvre (2). Il aurait tout aussi bien pu être dessiné à l’époque sur le quai de la station de métro Louvre car une copie en plâtre du buste du philosophe se trouvait aussi dans une vitrine de cet arrêt ligne N°1, quai direction Neuilly. Jean-Bernard Pouchous va au musée comme un sportif au gymnase, un docteur à l’Académie, un élève au lycée, un philosophe au jardin, pour s’entraîner artistiquement, se maintenir en forme, cultiver son coup de crayon, mais aussi pour réfléchir et penser. Là, quand il dessine l’artiste s’intéresse forcément à la philosophie, notamment à Socrate (-470 à -399), même si c’est avec un certain recul (un mètre soixante). Cette "taille directe" a par exemple été dessiné selon deux points de vue différents en essayant d’attraper ce qu’a bien voulu exprimer du philosophe, le sculpteur qui a taillé ce marbre qui n’est peut-être qu’une réplique d’un modèle plus ancien, etc...

             On en revient toujours à cet affrontement à propos des arts qui avait opposé à la renaissance, la Florence néo-platonicienne à la Venise aristotélicienne.

           Qu’elle est ce conflit qui opposa la beauté comme une idée spirituelle, à la beauté comme étant substantielle, voir  matérielle. Le débat d’Aristote accompagna-t-il Titien comme celui des néo-platoniciens accompagna Michel-Ange ? L’homme politique, écrivain et poète, Dante Alighieri (1265-1321) passe pour être l’un des pères de la renaissance italienne avec  son œuvre "La divine comédie" (3). En 1300, la Terre est fixe au centre de l’Univers, entourée de neuf cieux. Le Diable est au centre de la Terre. Sa chute a creusé une cavité conique dont l’axe passe par Jérusalem, c’est l’Enfer. Un chemin caché mène de la demeure du Diable à une île, diamétralement opposée à Jérusalem, où s’élève le Purgatoire. Le Purgatoire est surplombé par le Jardin d’Eden. Le héros de cette histoire est Dante lui-même, accompagné par un guide nommé Virgile qui   le quitte pour retourner en Enfer, quand apparaît  Béatrice ; Celle-ci, vient chercher le poète (l’auteur) pour le "sortir vers les étoiles". Au Paradis, il croise de nombreux saints, là sont logés les hommes sans péchés selon leur mérite. Les apôtres du Christ interrogent Dante, qui répond justement à leurs questions, et passe à l’Empyrée (l’Au-delà). Là, Béatrice le quitte et c’est saint Bernard qui devient le dernier guide de Dante. Ce dernier, adresse une prière à la sainte Vierge  et finalement Dante s’éteint complètement en Dieu, l’« Amour qui meut le ciel et les étoiles ». Dans la "Divine Comédie" Dante précipite ses ennemis dans les enfers, plaque les indécis au purgatoire et dispose au paradis les plus hauts personnages du christianisme, son guide Virgile représente la raison naturelle, et Béatrice la théologie.

            En hommage à son ami Dante Alighieri, Jean Boccaccio dit Boccace (1313-1375) (4), en précurseur, écrivit en prose italienne et non-plus en latin comme il se faisait jusqu’alors, son fameux "Décaméron". C’est l’histoire très cocasse de 7 femmes et 3 hommes réfugiés dans une villa, aux environs de Florence, afin d’échapper à une épidémie de peste. Chacun d’entre eux racontera des histoires. Cette retraite bucolique, qui dure dix jours, donne naissance à cent nouvelles réalistes pleines d’esprit et de raffinement.

« La verità non sta in un solo sogno ma in molti sogni. » La vérité ne se trouve pas dans un seul rêve mais dans beaucoup de rêves. Pier Paolo Pasolini (1922-1975) (5) Sorti sur les écrans en 1971, Pasolini en fit un film, où,  y tient lui-même le rôle d’un disciple du peintre Giotto di Bondone (1267-1337) (6), dans une sorte de fil conducteur qui relie les dix sketches italiens.

           Giotto fit le portrait de Dante et dans le "Décaméron", Boccace écrit à propos de sa peinture: « Il possédait un génie si puissant, que la Nature, mère et créatrice de toutes choses, ne produit rien, sous les éternelles évolutions célestes, qu’il ne fût capable de reproduire avec le stylet, la plume ou le pinceau : reproduction si parfaite que, pour les yeux, ce n’était plus une copie, mais le modèle lui-même. Très souvent ses œuvres ont trompé le sens visuel, et l’on a pris pour la réalité ce qui est une peinture ».

            Un autre Toscan, Francesco Pétrarca dit Pétrarque (1304-1374) (7), passe pour être également l’un des pères de la renaissance. Comme Dante avec Béatrice, Pétrarque est passé à la postérité pour la perfection de sa poésie qui rime son amour pour Laure. Pour beaucoup, l’ensemble de sa gloire, l’essentiel de sa renommée, la portée de son influence, tant stylistique que linguistique, tiennent uniquement à un volume, son immortel "Canzoniere".  Avec Pétrarque apparaît ce que l’on appela "le projet humaniste". Ce que l’on sait moins c’est qu’il a découvert une sorte de pinceau, la première brosse a dent a poil tout en errant dans la polyphonie qui régnait au palais des papes d’alors, celui d’Avignon (8). Mais Avignon, objet de tant d’amour et de haine, permit surtout à Pétrarque de mener à bien un grand dessein qui occupa toute sa vie: « retrouver le très riche enseignement des auteurs classiques dans toutes les disciplines et, à partir de cette somme de connaissances le plus souvent dispersées et oubliées, de relancer et de poursuivre la recherche que ces auteurs avaient engagée ». Il a eu non seulement la volonté mais aussi l’opportunité et les moyens de mettre en œuvre cette révolution culturelle.

« L’aspiration à un monde idéal, soustrait à l’insuffisance de la réalité concrète, se trouve à la base de l’humanisme pétrarquiste: étudier l’antiquité par haine du présent et rechercher une perfection spirituelle que Pétrarque n’aperçoit ni en lui ni autour de lui. » Pier Giorgio Ricci (1922-1976) (9)

Pétrarque, parce qu’il n’aimait pas l’Avignon des papes ou parce que son égérie Laure ne l’aimait pas, se réfugia sur les berges de la Sorgue à la fontaine de Vaucluse : « Ici j’ai fait ma Rome, mon Athènes, ma patrie » (10 - 11).

        Avec ces auteurs  nous sommes dans l’univers de la Florence néo-platonicienne de la beauté comme une idée spirituelle. Dans la conception traditionnelle de la philosophie occidentale, la substance correspond à l’ "ousia" de la philosophie d’Aristote. Dans la tradition millénaire d’Aristote, ainsi que dans les traditions du début des temps modernes (XVI e. siècle) qui l’ont suivi, les substances sont traitées comme ayant des attributs et des modes.

            La "Renaissance" était certes un retour à l’antique, mais dans un univers entièrement christianisé. Le point de vue aristotélicien considérait Dieu comme à la fois ontologiquement et causalement antérieur à toutes les autres substances. La substance est une notion employée dans le christianisme au sujet de l’eucharistie. Elle est l’un des concepts métaphysiques clés employés dans la philosophie scolastique. Cette philosophie résulte de la réconciliation entre la philosophie d’Aristote et la philosophie chrétienne, aux XII e. et XIII e. siècles. L’Eglise Catholique, qui parle de transsubstantiation, et d’autres églises, qui parlent plutôt de consubstantiation.

Jean-Bernard Pouchous - 2009.

Bibliographie :

N°3-1- Aristote, Ingrid Auriol, Traité de l’âme ou de l’âme et du corps, éd. Pocket, coll. Agora, 2009.

N°3-2- Jean-Manuel Traimond, Ernesto Timor, Aladin, Guide érotique du Musée du Louvre et du Musée d’Orsay, éd. La Musardine, coll. Guides thématiques, 2008.

N°3-3- Dante Alighieri, La divine comédie, éd. Larousse, coll. Petits classiques, 2001.

N°3-4- Boccace, Décaméron, éd. LGF Livre de Poche, coll. Bibliothèque classique, 1994.

N°3-5- Jill M. Ricketts, Visualizing Boccaccio : Studies on illustration of the Décameron, from Giotto to Pasolini, éd. Cambridge University Press, coll. Studies in new Art History & Criticism, 1997.

N°3-6- Norbert Wolf, Giotto Di Bandonne (1267-1337) : le renouveau de la peinture, éd. Taschen France, 2006.

N°3-7- Guy Rachet, Le jardin de la rose : Les amours de Pétrarque et Laure, éd. Du Rocher, Coll. Grands romans, 2005.

N°3-8- Jean Favier, Les papes d’Avignon, éd. Fayard, 2006.

N°3-9- Pier Giogio Ricci, Nicolai Rubinstein, Censimento delle lettere di Lorenzio di Piero de Medici, Instituto nazionale di studi sul Rinascimento, Renaissance society of America, éd. L. S. Olschki, 1964.

N°3-10- Pétrarque, Séjour à Vaucluse, éd. Rivage poche, coll. Petite bibliothèque, 2009.

N°3-11- Pétrarque, L’ascension du mont Ventoux, éd. Poche, coll. Mille et une nuit, 2001.

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