BÊTE - N° 9 - 8 - 7 - 6

N°9-"Eléphant de mer", 1984, acrylique sur toile, 160 x 180 cm.

« Une place pour tes rêves, mais les rêves à leur place. » Robert Desnos (1900-1945).

 

N°9 - El Niño.

  La peinture intitulée "Eléphant de mer" représente la tête d’un jeune éléphant de mer du nord, mâle, de type Mirounga angustirostris. Les yeux sont grands, ronds et noirs. Cette grosseur des yeux et le fait qu’ils possèdent une forte concentration en pigments adaptés à la vision en faible luminosité, sembleraient indiquer que la vue joue un rôle important dans la capture des proies en profondeur (1). La grande particularité de ces éléphants de mer est la profondeur à laquelle ils peuvent plonger, les mettant sans aucun doute au premier rang des Pinnipèdes. En effet ces mastodontes peuvent descendre à 1.500 m. de profondeur pour des durées allant jusqu’à 120 minutes ! Évidemment ils ne font pas tous les jours ce genre de record, mais ils plongent le plus souvent jusqu’à 400 m. de profondeur pour des périodes de 20 minutes environ. Ils ne resteront que deux ou trois minutes en surface entre deux plongées, juste le temps de reprendre leur souffle. Ces résultats ont pu êtres mis en évidence en équipant les individus avec des enregistreurs de profondeur. Il suffit de choisir un candidat, de l’anesthésier et de lui fixer sur le dos cet enregistreur qui ne pèse que 300 g et de le fixer à la colle époxy. Rassurez-vous à la mue suivante, qui se déroule au sol, il perdra sa colle et son enregistreur. Il fut chassé intensément au cours du 19 e. siècle et dans une moindre mesure jusqu’au milieu du 20 e. siècle et fut menacé alors d’extinction. A son plus faible effectif, l’espèce Mirounga angustirostris ne devait plus compter qu’entre 100 et 1.000 représentants. Ayant trouvé refuge dans les eaux mexicaines, la dernière colonie survivante était celle de l’Ile Guadalupe, qui bénéficia de la protection légale du gouvernement mexicain. Depuis, ce sont à la fois les lois mexicaines et américaines qui protègent l’espèce. En 1972, le "Marine Mammal Protection Act" aux Etats-Unis a renforcé cette protection (2). Grâce à ces mesures, la population mondiale est aujourd’hui remontée à plus de 100.000 individus. Mais cette population actuelle, reconstituée sur une base de diversité génétique considérablement réduite, pourrait se montrer plus fragile aux épidémies ou aux pollutions. En Californie, le taux d’accroissement annuel s’établit toujours autour de 25 %. Alors que de nouvelles colonies continuent à se constituer, elles risquent de se trouver prochainement confrontées à un problème d’espace disponible. Le phénomène "El Niño" peut aussi affecter gravement la dynamique de population : c’est ainsi qu’on pense que les perturbations climatiques dues à "El Niño" en 1997/1998 ont pu causer la disparition d’environ 80 % des nouveau-nés de cette saison (3). Il est à remarquer qu’en théorie de l’évolution, l’adversaire principal d’un individu n’est pas vraiment l’ensemble de ses prédateurs, mais l’ensemble des autres individus de son espèce et des autres espèces apparentées. Comme le fait remarquer l’éthologiste britannique Richard Dawkins (1941-…), un brontosaure n’a pas besoin, pour survivre, de courir plus vite que le tyrannosaure qui le poursuit (ce qui lui serait impossible), mais simplement plus vite que le plus lent de ses congénères (4).

Jean-Bernard Pouchous - 2010.

N°8-"Oursin Crabe", 1984, acrylique sur toile, triptyque: 3 x (100 x 100 cm.)

«Le possible habite près du nécessaire.»  Pythagore (1).

 

N°8 - Hétérotrophie.

  Passons de l’énorme éléphant de mer au tous petits grains de sable tous polis et dont les formes ressemblent à certaines sculptures d’Henry Spencer  Moore (1898-1986) (2). Ces grains là ont des volumes d’une toute autre échelle, aussi sensuelles, mais simplement  représentés,  image du sable en gros plan de la peinture intitulée “Oursin crabe”.

  Un jour d’été, ensoleillé et sans vent, alors que Jean-Bernard Pouchous devait avoir sept ans, il était allongé sur une immense plage à la Faute sur mer en Vendée et il regardais les grains de sable. L'enfant déjà fort curieux, circonscrit une aire d’observation au bout de son nez, le spectacle fut passionnant et l’avait longuement  impressionné. Cette peinture représente cet univers microscopique immuable et éternel. Les grains de sable sont assez légers pour être transportés par le vent et l’eau, ils s’accumulent alors pour former des plages, des dunes. L'enfant savais différencier un sable qui a été transporté par le vent d’un sable transporté par l’eau. Le premier est de forme plus anguleuse que le deuxième qui est plus rond. De plus, le sable éolien présente une couleur plus opaque que le sable aquatique plus translucide (poncé plus finement), due aux multiples impacts que subit celui-ci lors des incessants chocs liés à son déplacement (3). C’est un univers peuplé de matières organiques, de cadavres et de morceau de crustacés, de toutes sortes de coquilles et coquillages et de quelques microfossiles. Il y a aussi ce que, quand on est grand  et bon en science naturelle, l’on nome des exosquelettes ou squelettes externes et communément appelés "carapaces" propre aux anthropodes et à de nombreuses sortes de mollusques (4). C’est une caractéristique anatomique externe très pratique qui supporte l’organisme et protège des prédateurs. Mais quand ces bêtes meurent de leur belle mort, leurs restes se décomposent et  les coquilles comme les endosquelettes plus ou moins vides traînent de ci de là. Toutes ces matières se transforment et se dégradent comme les grains de sable, au grès de l’érosion éolienne et des marées (5).

  A gauche on distingue un  petit crabe blanc qui se mimétise parfaitement aux éléments de son milieu naturel. Cette stratégie adaptative d’imitation des formes et des couleurs des objets de son environnement quotidien lui donne les moyens d’échapper à la vision d’un prédateur, comme le ferait un camouflage. Si quelqu’un s’approche, il s’immobilise et si ce n’est pas suffisant il s’enfuit dans les grains de sable et devient indestructible, ainsi si l’on marche à cette endroit il ne sera pas écrasé. La petite bête est en plus un discret charognard, elle se  nourrit  d’animaux morts et de matière organique morte. Ce crabe est  donc à la fois un nécrophage parce qu’il se nourrit de cadavres et un saprophages parce qu’il se nourrit aussi de matière organique morte. Dans son cas, la nécrophagie ne concerne pas que la consommation d’êtres d’une autre espèce comme l’oursin à droite, mais  il peut aussi nettoyer le cadavre d’un membre de son espèce, il s’agit alors là il faut bien le dire d’une forme de cannibalisme animal (6). L’animal est en plus fossoyeur pour dissimuler ses trouvailles en cas où!

  Les moyens naturels de défense sont un ensemble de comportement et d’organes dont  les animaux se sont pourvus au fur et à mesure de leur évolution, pour lutter contre leurs prédateurs. Ces moyens de défense peuvent notamment consister en la possibilité d’affronter physiquement le prédateur (griffes, défenses. dard..), en son intimidation ou en la possibilité de se rendre imperceptible pour le prédateur (7).

Jean-Bernard Pouchous - 2009.

N°7-"Kelp", 1983, acrylique sur toile, 162 x 195 cm.

« Le monde possède déjà le rêve d’un temps dont il doit maintenant posséder la conscience pour le vivre réellement. » Guy Debord (1).

 

N°7 - Mer de Cortés.

  La peinture intitulée "Kelp" représente un éléphant de mer du nord, type Mirounga angustirostris, présent sur la côte pacifique nord-américaine, en Alaska, Californie et Basse Californie. Beaucoup de ces animaux, vivent dans le golfe de Californie, aussi connu par les noms de mer de Cortés (Mar de Cortés en espagnol) et mer Vermeille (Mar Bermejo) est une mer de l’océan Pacifique qui sépare la péninsule de Basse-Californie du Mexique continental. À son extrême nord se trouve l’embouchure du fleuve Colorado. Mer de Cortés est le nom le plus utilisé par les riverains. L’endroit est un vrai bouillon de culture à la Gaïa. C’est un endroit bourré d’algues flottantes sous lesquelles s’agite une compétition marine et sous-marine sans pitié, l’animal est un grand prédateur, de poissons et de phoques.  Etrangement, si vous observé  l’algue flottante au dessus de la gueule du fauve dans la diagonale bas-droit/haut-gauche du tableau vous devinerez le dessin de la carte de l’Europe de l’ouest il y a quelques millénaires. 

  L’éléphant de mer du nord est un grand très grand phoque, le plus grand pinnipède du monde. Il tient son nom de sa taille imposante et surtout de ses narines en forme de trompe. Cette particularité appelée scientifiquement "proboscis" se développe chez les mâles et qui leur sert à amplifier les rugissements et éructations qu’ils émettent lors des compétitions entre rivaux. Une autre particularité de cet animal est son dimorphisme sexuel important : les mâles dont la longueur peut atteindre 6,5 mètres et peser plus de 3 tonnes, sont bien plus gros que les femelles dont la taille moyenne est de trois mètres et le poids d’une seule tonne à l’âge adulte. Cette différence de taille et de poids n’autorise qu’un accouplement  côte à côte, latérale (2). Cette différence marquée entre les deux sexes est en relation avec un système de reproduction très polygame.

Jean-Bernard Pouchous - 2008.

N°6-"Bébé phoque", 1983, acrylique sur toile, triptyque 3 x (146 x 114 cm.)

« Comment le passé qui, par hypothèse, a cessé d'être pourrait-il par lui-même se conserver ? ». Henri Bergson (1859-1941).

 

N°6 - Eléphant de mer.

  Dans les années 80, Jean-Bernard Pouchous a peint beaucoup d’animaux marin comme on peut le voir sur cette peinture intitulée : "Bébé Phoque". Il y a  phoques et éléphants de mer (phoques sans oreilles), ne pas confondre ; cette peinture figure bien une représentante de la famille des phoques (phocidaé) en la personne d’une éléphante de mer du nord (Mirounga angustirostris) et d’un jeune, appelés "bonbons".  La mère est allongée sur le dos étirant son curieux corps fusiforme pour allaiter sa progéniture. C’est un mammifère qui, contrairement aux apparences, passe la plupart de son temps en mer et ne vient sur terre que pour se reproduire et pour muer. A sa naissance, le bébé éléphant de mer mesure déjà 1.20 m. et pèse une quarantaine de kilos, elle allaitera son bébé pendant 25 jours et vu la richesse de son lait, celui-ci aura atteint un poids de 120 à 130 kg. Pendant cette période la femelle jeûne. La première mue se produit pendant le sevrage. Dès la fin de l’allaitement elle s’accouple avec le mâle dominant (pachas) d’un harem de 12 à 40 femelles et elle repartira en mer durant 11 mois, pour revenir sur le même rivage pour une nouvelle saison de reproduction (1).

  À partir de septembre, le mâle se dirige vers le lieu de reproduction afin de trouver une parcelle de plage et former un harem (qui peut compter jusqu’à 100 femelles), qu’il devra gagner lors de rudes batailles contre les autres mâles. Comme tous les phoques, les éléphants de mer ont des membres postérieurs atrophiés dont seules les extrémités se sont développées pour former avec la queue une nageoire caudale. Chacun des “pieds” demeure cependant bien distinct et peut se déployer en éventail montrant ainsi les cinq longs doigts qui soutiennent la palmure. Cette double palme, très agile, sert à la propulsion aquatique. L’animal l’utilise généralement en position verticale à la manière des poissons. Les nageoires pectorales sont en revanche très peu employées lors de la nage. Alors que les membres postérieurs sont devenus impropres à toute locomotion à terre, les éléphants de mer utilisent pour se déplacer sur les plages leurs membres antérieurs qui bien que transformés également en nageoires leur permettent de prendre appui au sol pour propulser leur corps, faisant suivre à la traîne le ventre et l’arrière-train. Ils sont capables d’effectuer de cette manière sur de courtes distances des déplacements rapides, afin de gagner la mer, de rattraper une femelle ou de chasser un intrus (2).

Jean-Bernard Pouchous - 2008.

Bibliographie

N°9-1- Marianne Riedman, The Pinnipeds: Seals, Sea Lions, and Walruses, éd. University of California Press, 1992.

N°9-2- John E. Reynolds, William F. Perrin, Randall R. Reeves, Suzanne Montgomery, Marine Mammal Research: Conservation Beyond Crisis, éd. Johns Hopkins University Press, 2005.

N°9-3- Mark A. Cane, Edward S. Sarachik, The El Nino-southern Oscillation Phenomenon, éd. Cambridge University Press, 2010.

N°9-4- Richard Dawkins, traduction Thiên Nga Lê, Qu’est-ce que l’évolution?: Le fleuve de la vie, éd. Hachette, coll. Pluriel, 2005.

N°8-1- Pythagore, Vers d'or : Pythagore, éd. Adyar, coll. Étincelles, 1998.

N°8-2- John Hedgecoe, A Monumental Vision: Sculpture of Henry Moore, éd. Collins & Brown, 1998.

N°8-3- Pierre Birot, Les processus d'érosion à la surface des continents, éd. Masson, 1981.

N°8-4- Philippe Bouchet, Rudo von Cosel, Les coquillages des côtes françaises, éd. Ouest-France, coll. Découverte Nature, 2009.

N°8-5- Victor R Belot, Guide des minéraux, coquillages et fossiles, éd. Horay, coll. Guides, 1992.

N°8-6- Michel Luchesi, Laurent Blondel, Coquillages et crustacés... : Le guide de la pêche à pied, éd. Larousse, coll. ANI.FAM/NAT/AST, 2006.

N°8-7- John Woodward, Martine Rey, Les animaux prédateurs, éd. Fernand Nathan, 2006..

N°7-1- Guy Debord, La Société du Spectacle, éd. Gallimard, coll. Folio, 1996.

N°7-2-Thomas A. Jefferson, Marc A. Webber, Robert Pitman, Brett Jarrett, Marine Mammals of the World: A Comprehensive Guide to Their Identification, éd. Academic Press Inc, 2008.

N°6-1- William F. Perrin, J.G.M. Thewissen, Bernd Wursig, Encyclopedia of Marine Mammals, éd. Academic Press Inc, 2008.

N°6-2- Burney J.Le Bœuf, Richard M. Laws, Elephant Seals: Population Ecology, Behavior, and Physiology, éd. University of California Press, 1994.

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