BÊTE - N° 12 - 11 - 10

N°12-"Magie-Image", 2010, acrylique sur toile, 97 x 162 cm.

« Et Jupiter dans sa colère,

Pour punir le genre humain,

A fait venir sur la terre,

La race des Bigoudens ». Poème bigouden.

 

N°12- Image du goéland volant.

 

  La peinture intitulée "Magie-Image", représente un goéland à bec cerclé, un juvénile planant en stationnaire. Ce sont des oiseaux migrateurs et la plupart vivent en Amérique du Nord, mais il n’est plus rare d’en voir sur nos côtes

  Le mot goéland vient du breton "gouelañ" qui veut dire "pleurer", et je pleure tel le goéland sur mes souvenirs d’enfance en pays bigouden. Les pleurs des goélands, mouettes et fous de bassan résonnent encore dans ma tête en souvenir de pêche en baie d’Audierne, du retour aux ports de Saint-Guénolé, de Guilvinec ou de Loctudy. Ces pleurs qui remplissent l'embouchure de la rivière de Pont-l’Abbé ou vit "La demoiselle de Loctudy". Ces pleurs se mélangent aux cris d’enfants qui accompagnent toute approche de l’océan. Cris des petits bretons qui accompagnaient les courses folles qui nous menaient, l’été, à travers champs de Plogastel-Saint-Germain, village de mon grand-père paternel, aux rivages magiques.

  L’image du Goéland volant est magie et non le mot. Le mot est écriture, il est typographie,  police de caractère ou fonte, objet :

 

 

 

 

 

sont : Nyala, pour la lettre  m, Narkisim, pour la lettre  a, Baskerville Old Face, pour la lettre  g, kaiTi, pour la lettre  i, Harrington, pour la lettre  e,

et celles utilisés pour :

 

 

 

 

 

sont : Rod, pour la lettre  i, Asimov, pour la lettre  m, Little Lord Fontleroy, pour la lettre  a, Arial, pour la lettre  g, Culz MT, pour la lettre  e.

  Pour imager un goéland volant, les signes perdent alors leur caractère spécifique.

  C’est pourquoi Jean-Bernard Pouchous a précisé l’objet en peignant l’image de la magie ou la magie de l’image sous le goéland volant.

  La magie peut être occulte et destinée à intervenir de façon surnaturelle sur le cours des évènements ou le comportement d'autrui, ou la magie peut être prestidigitation,  manipulation, ou tours de passe-passe, visant à donner l’illusion que des phénomènes insolites se produisent.

« Netra na den ne vir ouzimp kerzout war-du ar pal

Avel a-dreñv, avel a-benn, Seiz Breur, war-eeun ! »

(Rien ni personne ne nous empêcheront de marcher vers le but

Vent arrière, vent debout, Seiz Breur, tout droit ! ) Devise du mouvement artistique "Unvaniezh Seiz Breur" (Union des Sept frères).

Jean-Bernard Pouchous - 2010.

 

N°11-"Abeille", 1986, acrylique sur toile, 6 x (60 x 60 cm.) - 120 x 180 cm.

« Si l’abeille venait à disparaître, l’homme n’aurait plus que quelques années à vivre ». Cette citation attribuée à Albert Einstein illustre bien l’interdépendance des espèces.

 

N°11 - Butin, butinons.

  Une fois, avec un ami qui possédait un appareil photo pour prise de vue "macro" avec un objectif de grande qualité optique Jean-Bernard Pouchous pu observer et photographier les animaux qui peuplent l’infiniment petit : les insectes. Un monde à première vue effroyable mais qui gagne beaucoup à être observé et être instruit et documenté. Comme son titre le précise, la peinture intitulée "abeille", représente cet insecte vu de profil en train de butiner. L’abeille vit en société (1). Nous voyons là, une ouvrière, son corps jaune et noir est magnifique. La tête porte deux grands yeux latéraux composés de 4000 facettes, trois yeux simples ou ocelles et deux antennes coudées comportant douze avec une langue et suceur avec une trompe que l’on ne voit pas ici car l’animal est occupé à collecter le pollen entre pistil et étamines au centre des pétales et  tépales d’une sorte de lys rose. Son thorax est formé de trois anneaux fusionnés, portant chacun une paire de pattes. Les six pattes de l’abeille se terminent par deux crochets, ainsi qu’un organe adhésif leur permettant de prendre prise sur de nombreux types de surfaces. L’abeille utilise également une sorte de peigne, composé de poils rigides sur ses deux pattes avant, pour nettoyer ses antennes. Ce nettoyage s’effectue lorsqu’elle baisse et relève sa tête en y glissant ses antennes. Les pattes postérieures sont particulièrement adaptées à la récolte (brosse et peigne) et au transport (corbeille) du pollen. Sur les anneaux du thorax s’attachent deux paires d’ailes membraneuses à nervures peu nombreuses.

  L’ensemble des pollinisateurs, essentiellement les insectes mais aussi certains mammifères et oiseaux, assurent la reproduction de 80% des espèces végétales, parmi lesquelles se trouvent près de 35% des ressources alimentaires mondiales. L’organisation des abeilles obéit à des principes d’économie sans faille qui seraient jugés parfaitement "totalitaires" s’ils étaient appliqués à des sociétés humaines ! Certain pense que l’essaim est une identité composée d’individus organisés en ensemble. Les abeilles se reproduisent par l’intermédiaire d’une reine et de mâles qui en constitue les éléments sexués. Ce système vivant peut très bien se démultiplier en créant un nouvel  essaim. L’ancien essaim "parent" devant déménager illico et coloniser d’autres cieux. Place au jeune ! En effet, les colonies les plus prospères se reproduisent par essaimage. Au début du printemps, quelques cellules à reine sont produites. Peu de temps avant la naissance des reines, l’ancienne reine quitte la ruche avec la moitié des effectifs de toutes les catégories d’ouvrières pour former un essaim.  Avec le premier essaim partira la reine fécondée. Dans la ruche, la première reine qui naît tue immédiatement toutes ses rivales qui sont encore dans leurs cellules, sauf dans les colonies très importantes ou les abeilles doivent préserver les jeunes reines afin d’essaimer encore deux fois. Il ne peut en effet y avoir qu’une reine par colonie. Une semaine plus tard, elle effectue son premier vol nuptial. Une colonie peut produire, entre le début du printemps et le début de l’été, jusqu’à trois essaims, ils sont dits respectivement primaire, secondaire et tertiaire (2).

  L’homme comme l’abeille pratique la division du travail pour augmenter sa puissance productrice. Butineuse à partir du 20 e. jour et jusqu’à sa mort, elle participe à la récolte du nectar et du pollen. Cette ouvrière visite les fleurs, suce le nectar qu’elle transporte dans son jabot avant de le régurgiter. Dans ce même jabot, le nectar subit un début de digestion qui contribue à le transformer en miel. L’abeille doit butiner environ 5.500.000 fleurs pour obtenir un kilogramme de miel. Suivant les besoins, elle récolte aussi du pollen. Avec ses mandibules, elle broie alors les anthères des étamines puis, grâce à l’adaptation de ses pattes postérieures, avec ses brosses, elle rassemble les grains de pollen en une grosse pelote qu’elle place dans la corbeille où de longs poils la maintiennent. À son retour à la ruche, la butineuse dépose elle-même sa récolte ou la confie à une magasinière.

  Chez l’abeille, la notion d’intelligence en essaim met en œuvre des agents très petits, disposant à l’échelle unitaire de ressources très limitées (intelligence, puissance mécanique, (…). Le sens de la coopération demeure donc des plus rudimentaires et paradoxalement des plus efficaces au niveau d’ensemble. Un comportement primitif certes, mais dont le résultat d’ensemble est riche et très cohérent. À la différence des modèles sociaux humains, le comportement de l’individu privilégie exclusivement l’intérêt de la collectivité.

  La vision  d’une ruche où les ouvrières seraient exploitées  renvoie à nos mécanismes humains les plus archaïques, la conquête de butin et l’esclavage. Ces mécanismes, peuvent être qualifiés d’économiques car il relève quand même de l’échange volontaire mutuellement avantageux. Conquérir et réduire en esclavage sont des actes de coercition destinés à accaparer le produit du travail d’autres individus ou d’une autre communauté à des fins d’enrichissement personnel ou communautaire.

  Chez les abeilles, rien de tel, rien ne peut faire croire qu’elles soient destinées à produire des marchandises et à permettre à la reine d’accumuler du capital. Il semble que nous aurions plutôt affaire à une prééminence de la pulsion d’autoconservation combinée avec un "éros" portant à la coopération ou à l’altruisme, contrairement à l’ "homo économicus" qui combine en société pulsion d’agression et pulsion d’emprise. Ces deux pulsions agiraient, en chaque être humain, comme l’extériorisation inconsciente de la "pulsion de mort".

  "Homo œconomicus" (3), est considéré comme rationnel, il est un individu :

1- qui a des préférences et qu'il peut ordonner. Si ainsi il préfère cette chose à celle-là et aussi telle chose à telle autre, alors il préfèrera celle-ci à celle-là. C'est la transitivité (binaire).

2- qui est capable de maximiser sa satisfaction en utilisant au mieux ses ressources : il maximisera son utilité (non son profit)

3- qui sait analyser et anticiper le mieux possible la situation et les événements du monde qui l'entoure afin de prendre les décisions permettant cette maximisation.

  Chez les abeilles femelles, l’abdomen présente à son extrémité un aiguillon venimeux, le dard. Après la piqûre, l’abeille, ayant laissé son dard planté sur son "agresseur", meurt. En effet, la désolidarisation du dard entraîne un déchirement interne de l’abdomen.

  Chez l’homme la pulsion de mort (Thanatos) qui veut abolir la tension psychique du sujet se reporterait sur des objets extérieurs et pousse le sujet à les dominer et/ou à les détruire. Cette extériorisation n’est pas consciente, ce qui en fait un moteur extrêmement puissant des mouvements individuels d’accaparement (violence explicite) et d’exploitation (violence implicite). Or, la sphère des activités économiques est l’un des lieux de la société où ces mouvements-là peuvent s’exprimer de la manière la plus directe. L’activité économique est donc, par ce biais, le théâtre collectif de violences individuelles évidentes. 

Jean-Bernard Pouchous - 2009.

N°10-"Guêpe maçonne", 1986/88, acrylique sur toile, 6 x (60 x 60 cm.) - 120 x 180 cm.

« L'œil toujours en éveil sur la bête et sur la plante, ainsi s'exerçait tout seul, sans y prendre garde, le futur observateur, marmouset de six ans. Il allait à la fleur, il allait à l'insecte comme la Piéride va au chou et la Vanesse au chardon » Jean-Henri Fabre (1).

 

N°10- Altérité - Mortalité !

  La peinture intitulée "Guêpe maçonne", représente un genre de guêpes appelé "eumèneè", elles sont solitaires et construisent des nids de terre, tout comme les guêpes Delta, raison pour laquelle on les surnomme "Guêpes potières" ou "maçonnes".

  Jean-Henri Fabre (1823-1915), poète et naturaliste français précurseur de l’éthologie et de l’écophysiologie connu pour ses "Souvenirs entomologiques" (2), ouvrage dans lequel, il étudie notamment les "eumènes" et met en évidence leur étonnante variabilité de comportement, ce groupe présentant une grande diversité de forme, de taille et de couleur. Si les abeilles adultes se nourrissent généralement de nectar et leurs couvains de miel, les Guêpes se nourrissent de viande crue ainsi que leurs couvains. Ces insectes, solitaires ou sociaux sont en majorité héliophiles (aime l’ensoleillement) et thermophiles (aime la chaleur). Ils vivent dans de nombreux milieux mais sont particulièrement abondantes dans les milieux sableux. La quasi-disparition des haies pour nicher, du bois mort facile à mâcher pour construire le nid mais surtout le développement des pesticides contribue à la raréfaction de ces insectes.

  Si l’on peut risquer cette analogie des plus piquantes, on pourrait dire que l’individu humain ressemblerait plus, au niveau de son comportement économique à la guêpe qu’à l’abeille. La logique même du désir humain se prête par nature à l’absence de bornes sociales. La caractéristique centrale de l’économie de marché humaine a été de retourner cette logique contre l‘homme lui-même, incapable de mener à bien le projet empiriste de limitation mutuelle des pulsions. Cette économie marche alors sur la tête en ayant tendance comme le ferait le "fou" du jeu du "tarot de Marseille", contre toute sagesse, à jouer sur l’infinition du désir pour perpétuer l’aliénation consumériste qui occulte ainsi certains possibles humains cruciaux.

  Si le raisonnement par analogie est un raisonnement par association d'idées, nous avons développé suffisamment de combinaisons entre abeille, guêpe et "homo économicus" pour en faire la synthèse suivante « L’enfer, c’est les autres! » (3). Cette phrase de Jean-Paul Sartre (1905-1980) dans "Huis Clos" (4) synthétise bien tout le courant philosophique qui est parti du philosophe danois Søren Aabye Kierkegaard (1813-1855) (5), puis de Martin Heidegger (1889-1976) (6), pour arriver notamment à Emmanuel Lévinas (1906-1995) (7) et à Jacques Derrida (1930-2004) (8), a porté sur l’irruption du double thème Altérité-Mortalité.

Jean-Bernard Pouchous - 2009.

Bibliographie.

N°11-1- Jûrgen Tautz, Helga Heilman, trad. Yves Elie, L’étonnante abeille, éd. De Boeck, 2009.

N°11-2- Pierre Chocquet, Raconte moi les Abeilles, éd. Books on Demand, 2008.

N°11-3- Pierre Demeulenaere, Homo oeconomicus : Enquête sur la constitution d'un paradigme, éd. PUF, coll. Quadrige - Essais Débats, 2003.

N°10-1- Jean-Henri Fabre, Souvenirs entomologiques : étude sur l'instinct et les moeurs des insectes, éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, 2000.

N°10-2- Yves Delange, Fabre l'homme qui aimait les insectes, éd. Actes Sud, coll. Babel, 1999.

N°10-3- Etienne Naveau, L’enfer, c’est les autres (Sartre), éd. Pleins feux, 2000.

N°10-4- Jean-Paul Sartres, Huis Clos, suivi de “Les Mouches”, éd. Gallimard, coll. Folio, 2000.

N°10-5- Søren Kierkegaard, Traité du désespoir, éd. Gallimard, coll. Idées, 2009.

N°10-6- Martin Heidegger, Didier Franck, Remarques sur art-sculpture-espace, éd. Rivages poche, 2009.

N°10-7- Emmanuel Lévinas, Altérité et transcendance, éd. LGF, coll. Biblio Essais, 2006.

N°10-8- Jacques Derrida, La dissémination, éd. Seuil, coll. Points Essais, 1993.

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Guêpe maçonne

A/T, 120 x 180 cm., 1986-88