BÊTE - N° 5 - 4 - 3

N°5-"Autoportrait", 1982, acrylique sur toile, 162 x 130 cm.

  En 2008, l’ONU (1) via son Programme pour l’environnement, estimait à 210.000 le nombre de gorilles sur Terre. Le Parc des Virunga, dans l’est de la République du Congo, abriterait 200 gorilles des montagnes sur les 700 survivants à travers le monde. 2009, aurait pu être l’Année du Gorille, pour protéger ces grands singes qui partagent avec nous  98,4 % de patrimoine génétique. Donc, gare au gorille ! Parce que sa disparition serait une très mauvaise nouvelle pour notre propre préservation (2).

« Nature peut tout et fait tout. » Montaigne (3).

 

N°5 -  Autoportrait...

  Tirer les poils bleus du faciès d’un gorille.

  Ces yeux sont aussi grands qu’une tête, son regard n’est que taches. Si je recule, il me regarde. Si j’avance, il redevient un conglomérat de traces de couleur. Portrait, portrait d’une bête que je n’ai jamais vue. Je ne le supporte plus en photo, je le veux en peinture, moins singe que jamais, une autre présence. Le temps se promène sur cette tête, cette terre, cette géographie, cette toile... Le pays on le reconnaît, on se fout de quoi il est fait, on se fout s’il a des lèvres, des rivières, du granit ou du lin.

  Ce qui est important c’est que ce soit un Gorille (4).

  Le touriste va trouver ça marrant, exotique, il va en faire une photo; le journaliste, un reportage; le savant, un documentaire.  L’auteur est autochtone, originaire de tous ces méandres, il est de cette bosse du front, du sable de cette arcade sourcilière, de la route de la tempe chauve, du grain de cette préparation, du souvenir évaporé de ce pot.

  Voilà comment  Jean-Bernard Pouchous décrivais en 1983 cette peinture intitulée "Autoportrait".

  On l’appelle  King Kong (a) - (5) et ça fait vrai - Fay Wray (b) - (6).

   Eh oui! C’est du délire, une bêtise de plus toutes les dix secondes vient lier les couleurs et malgré toute maîtrise, un rêve éveillé, une mystification, l’enlèvement d’une jeune fille par ce monstre, la belle et la bête, etc.

  Un scénario incessant tourne autour de l’immobilisation silencieuse d’une figuration. Ce rien! Un petit quelque chose que l’on sentira ultérieurement, l’oeuvre l’emportera avec elle, voilà ce qui reste des rêves au réveil, si on ne les note pas tout de suite, on risque de les perdre. On oublie.

  Mais, il était une fois une image, un objet, quelqu’un qui vous rappelle l’aura du Gorille.

(a) King Kong est un singe géant héros du film américain de 1933, réalisé par Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack.

(b) Fay Wray de son vrai nom Vina Fay Wray, (1907-2004)) est l’actrice héroïne du film King Kong.

  Volons au secours des gorilles, Sur la piste des grands singes, de Karisoke à Conkouati (7).

« Nouvelle figuration, figuration critique, image du réel, l’infra-réalisme ? Allons donc! Aucune étiquette n'est adhésive lorsqu il s‘agit de Pouchous c’est un costaud que les grands formats  n‘effraient pas pourvu que le tableau se tienne et si cet artiste éprouve de la sympathie pour les gorilles cela ne l’empêche pas non plus d’aimer les femmes qui lui ont permis de produire bon nombre de toiles où la force et le bonheur cognent. » 1983 - texte pour l’exposition "vivent les peintres", Banque Vernes, Paris, de Michel Merlen (8)

  En 1982, Pouchous avait réalisé une vidéo, pour le Premier Festival International de Vidéo de Bourges qui se tenait à la Maison de la Culture André Malraux. Elle avait été conçue pour être diffusée en boucle pour une installation comprenant un moniteur et à magnétoscope U-matic posés au sol, aux pieds d’une cimaise sur laquelle était accrochée cette peinture de tête de ce gorille flegmatique. Il s’agit d’un autoportrait traitant, à la Carl Gustav Jung (9), des conflits intérieurs d’un auteur mâle. L’image en mouvement traitait de la partie féminine (anima) introspective et l’image fixe de la partie masculine prospective de l’être (portrait). Cette installation a été montrée ensuite à la Maison de la Culture André Malraux de Créteil dans une exposition sur l’autoportrait.

  Les maisons de la Culture dont celle de Bourges est une des premières, sont des équipements culturels initiés par André Malraux (1901-1976), quand il était Ministre des Affaires culturelles de 1959 à 1969.

  En 1959 à la chambre des députés il déclare qu’il y en aurait une dans chaque département de façon que : « n’importe quel enfant de 16 ans, si pauvre soit-il, puisse avoir un véritable contact avec son patrimoine national et avec la gloire de l’esprit de l’humanité. »

« On n’apprend pas à un vieux singe à faire des grimaces ». Dicton populaire français.

« La culture - a dit un moraliste oriental -  c’est ce qui reste dans l’esprit quand on a tout oublié. » Edouard Herriot (1872-1957) (10).

  Personne n’a jamais su qui était ce moraliste oriental cité par cet ancien président du parti  radical-socialiste, mais la phrase est rentrée au patrimoine culturel des citations. Peut-être reste-t-il aussi le plaisir radical de dire que qui ne dit mot, consent que les maudits sont mots dits, soit inscrit au codicille au testament de tout con sentimental.

« Ésope reste ici et se repose » Palindrome.

  Que de fabuleux fabulistes pour plaire à la bête "bébête" que je suis dans ce zoo France.

  Jean-Bernard Pouchous aine lire Jean de La Fontaine (1621-1695) (11) quand il rend hommage à son maître l’antique païen Ésope (v. -VII à -VI e. s.) (12) dans une de ses fables : "À Monseigneur le Dauphin" : « Je chante les héros dont Ésope est le père, Troupe de qui l’histoire, encore que mensongère, Contient des vérités qui servent de leçons Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons : Ce qu’ils disent s’adresse à tous tant que nous sommes ; Je me sers d’animaux pour instruire les hommes...»

  Cet autoportrait "picto-vidéo" se voulait donc interrogatif : quel "genres de connaissance" quel "genre de vie" correspond aux arts ? La réponse est peut-être d’ordre philosophique. Gilles Deleuze (1925-1995) (13), en montre trois exemples qui illustrent les trois genres de connaissance présents dans l’Ethique de Baruch Spinoza (1632-1677) (14), chacun correspondant à un genre de vie à part entière: La connaissance du premier genre est empirique: « je barbote dans l’eau, mon corps subit les vagues et l’eau ». La connaissance du second genre est empirique et rationnelle : « je sais nager, au sens où je sais composer mes rapports avec les rapports de la vague, avec l’élément eau ». Le troisième genre est purement rationnel : « je connais les essences dont dépendent les rapports, je sais ce que sont l’eau, l’onde, la vague, le principe d’Archimède, leurs causes », etc. Le philosophe précise par ailleurs que les mathématiques sont la formalisation du second genre.

 « Bigre ! Peut-être me suis-je identifié à un gorille femelle ?

 Gare au gorille ! »

Jean-Bernard Pouchous - 2007.

N°4-"Jeune chimpanzé", 1982, acrylique sur toile, 130 x 240 cm.

« Les organismes ont une tendance naturelle à s'associer [...] la généralisation de la symbiose, au plan zoologique, amène à remettre en cause le concept d'individu. Ainsi, ce que nous appelons une vache ou un homme n'est qu'un conglomérat de plus de 300 espèces différentes ! » Patrick Jean-Baptiste dans "Faut-il brûler Darwin ? ", Sciences et Avenir, novembre 2004.

 

N°4 - Singer

  La  peinture intitulée "Jeune chimpanzé" représente comme son titre l’indique, un jeune chimpanzé réfugié dans un arbre. La couleur rouge sang, comme on pourrait le faire en imagerie vidéo-numérique, est incrustée dans les parties sombres de la frondaison, représente l’affectivité de l’animal. Voilà une peinture inspirée par l’éthologie, elle illustre l’état de stress qu’éprouve un jeune chimpanzé sauvage, en regardant sa mère se faire dévorer par un prédateur. C’est ce qu’a trouvé de mieux la nature pour inciter ce jeune humanoïde a symboliquement parlant  "couper le cordon ombilical" avec sa génitrice et accéder aux joies de la vie adulte. Aux joies de la vie dans la jungle, peut-être aussi ? Ne dit-on pas que l’homme descend du singe et que le singe descend de l’arbre ! (Blague néodarwinienne).

  L’homme, toujours lui, cette espèce de primate sans fourrure ressemble beaucoup au chimpanzé.

  Mais nos cousins, les chimpanzés sont-il sensible à l’art ?

  Dès sa parution, en 1962, le livre "The Biology of Art" du zoologiste Desmond  Morris (1928-…) (1), suscita de nombreuses réactions à ce sujet : « (...) certains furent irrités, d’autres amusés et d’autres encore intrigués. Les réactions de colère émanaient d’individus aux grands airs qui se méprirent sur ce que j’essayais de faire. Ils trouvèrent qu’une étude sérieuse des activités picturales des singes constituait une insulte délibérée contre l’art académique et une tentative de réduire tout art humain au rang du comportement animal. Ils crurent, à tort, que je me livrais à une critique sociale, alors qu’en réalité j’avais entrepris une recherche scientifique sur les origines de l’esthétique. Aux critiques inspirées par la colère, je rétorquai qu’appréhender l’art humain sous l’angle du comportement animal ne conduisait en rien à réduire sa valeur. L’impulsion artistique est chez l’homme si difficile à comprendre, ses origines sont si obscures que nous devons nous efforcer de considérer toutes les informations qu’il est possible de recueillir afin d‘améliorer nos chances de comprendre sa nature. » (2) (3).

  À la fin des années 50, la peinture des singes suscita un réel engouement. Des chimpanzés, des orangs-outans, des gorilles ou des capucins ont montré de surprenantes dispositions pour le jeu pictural auquel  ils s’adonnent sans aucune gratification extérieure. Ils témoignent d’un sens esthétique certes élémentaire, mais très caractérisé. Des expositions d’oeuvres de chimpanzé, furent organisées et éveillèrent l’attention de peintres tels que Roland Penrose, DaIi ou Picasso.

  Tout au long de l’évolution des espèces la relation mère-enfant ne cesse de se développer et de se  renforcer.

« Elle s’ébauche chez les reptiles et devient indispensable au développement de l’enfant chez les mammifères. Elle atteint finalement un rôle constructeur déterminant chez les singes et chez l’homme. Les reptiles marchent et se débrouillent seuls dès la sortie de l’oeuf. Beaucoup de  mammifères sont aptes à se déplacer au bout de quelques semaines, souvent même dans les 24 heures qui suivent la naissance, comme c’est le cas chez les herbivores dont le rôle de proie nécessite une autonomie rapide. » 

  Chez les singes, le nouveau-né arrive au monde très immature.

« Le bébé chimpanzé doit en effet attendre six mois avant d’effectuer ses premiers pas, et près de trois ans avant de pouvoir suivre le groupe. La dépendance alimentaire est identique, puisque l’allaitement maternel se prolonge souvent jusqu’à l’âge de 3 ans. Cette dépendance, très contraignante pour la mère, est en relation avec l’importance de la période d’apprentissage. Sur la programmation génétique vient se greffer un capital énorme d’acquisitions qui conditionne la survie et l’intégration de l’individu dans la société. Chez les reptiles, le cerveau et le système nerveux, de structure encore simple, sont programmés dès la naissance, ce qui permet à l’animal de se débrouiller seul selon les instructions fournies par le génome. Ce schéma très efficace pour la survie de l’espèce a l’inconvénient de réduire considérablement les possibilités d’acquisition et d’adaptation! Chez les singes et l’homme, la maturité cérébrale a été en quelque sorte différée, laissant ouvertes d’énormes potentialités. Les connexions cérébrales, nombreuses et complexes, s’organisent progressivement sur le mode de l’apprentissage; la culture s’emboîte et prend le pas sur la nature. Cette dépendance de l’enfant envers sa mère a pour conséquence de consolider l’instinct maternel et de créer des relations affectives durables, lesquelles jouent un rôle fondamental dans la structure des sociétés de primates, et imprègnent et conditionnent toute l’existence des individus. Cerveau contre sexe. L’intelligence et les acquisitions du chimpanzé se développent très rapidement, aussi vite que celles du bébé humain au cours des deux premières années d’existence. Elles continuent ensuite de progresser, néanmoins plus lentement, puis s’arrêtent à la puberté vers l’âge de 8-9 ans. La mise en place de la sexualité et l’activité. Une des supériorités de l’homme sur le chimpanzé est d’avoir en partie échappé à ce mécanisme de régression sexuel et conservé la faculté d’apprendre et d’évoluer tout au long de sa vie. On sait cependant de quelle manière la sexualité continue d’influer sur le comportement humain; les états passagers de régression qu’elle entraîne et les cas de bestialité incontrôlée de certains font le régal des journaux à sensation et de la psychanalyse. Le cerveau de l’homme reste toujours en partie prisonnier de la sexualité du singe et manipulé par elle. » André Lucas (4).

Jean-Bernard Pouchous - 2005.

N°3-"Panthère", 1982, acrylique sur toile, 130 x 195 cm.

« Le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images. » Guy Debord, "La Société du Spectacle".

 

N°3 - Prédation.

  Dans les années 1980-84, Jean-Bernard Pouchous voulait faire tout un travail d’imagerie sur ce thème : "les prédateurs et la prédation" (1). Nous voyons représenté sur la peinture,  intitulée “Panthère”, un des plus farouches prédateurs du monde (2). Le félin vient de capturer une gazelle et l’éventre à chaud pour en dévorer les meilleurs morceaux. Aussi appelé Léopard d’Afrique, il fait partie de la plus grande et la plus répandue des sous-espèces de léopard, son poids pouvant aller jusqu’à 90 kg pour les gros mâles pour une taille de 1,90 m. auquel il faut ajouter un bon mètre de queue. Cet impitoyable fauve est un  grand carnassier, très rapide à la course, il poursuit des proies parmi les plus rapides de la savane; en fin de course l’animal se précipite dessus pour la renverser et la tuer par étouffement ou par rupture des vertèbres. Ce genre de  prédateur  sanguinaire capture ses victimes vivantes pour s’en nourrir ou pour alimenter sa progéniture (3). On a beau savoir que la prédation, est très courante et que dans la nature où les tueurs comme ces grands fauves et  l’homme pouvant pratiquer également le cannibalisme,  jouent un rôle essentiel dans le maintien des équilibres écologiques, il n’en reste pas moins que c’est terrible. Pouchous comprends alors les gens qui sont pétrifiés de peur par la théorie de l’évolution de l’espèce de notre très cher Charles Robert Darwin (1809-1882) (4).

  Qu’est-ce qu’un adulte ? Dans son sens le plus général, un adulte est en biologie un individu qui, ayant acquis sa maturité sexuelle, est susceptible de se reproduire, soit 15 ans en France. 18 ans est l’âge conventionnellement admis pour déclarer adulte quelqu’un qui a terminé la phase de son développement physique et émotionnel (premier âge) et qui a acquis un degré de développement intellectuel suffisant pour s’intégrer à une vie sociale responsable. Toute personne ayant atteint sa majorité civile s’imagine capable d’aborder un parcours qu’on lui dit très peu linéaire, constitué de multiples changements et de choix auxquels il aura à faire face, le plus souvent seul. Au long de ce trajet l’adulte rêve de faire de nombreuses expériences et  des réalisations personnelles enrichissantes qui vont au fur et à mesure l’amener d’une dépendance ou relative dépendance au monde de son enfance et adolescence, à une plus grande autonomie, qui sera le signe de sa maturité (deuxième âge). Ce processus implique l’adaptation à de nouveaux rôles, la résolution d’indécision, la modification d’attitudes trop exclusives, l’acquisition de nouvelles compétences, l’acceptation de l’incertitude de l’avenir. Ces multiples étapes permettent le passage de l’une à l’autre, sans pour autant pouvoir les délimiter ; elles doivent permettre à l’adulte de se saisir des clefs de compréhension des codes qui lui seront indispensables pour préserver, conserver et si possible consolider, son autonomie. Pour être considéré adulte l’autonomie acquise doit recouvrir plusieurs champs, notamment physiologique,  fonctionnelle et  corporelle mais aussi financier car il faut bien subvenir à ses besoins; champs de la pensée, c’est à dire acquérir une position personnelle quand c’est nécessaire, distinguer l’essentiel de l’accessoire. Il faut aussi, maîtriser son jugement, prévoir les conséquences de ses actes et moralement savoir distinguer le bien du mal.  Il est intéressant tout de même, de pouvoir hiérarchiser ses propres valeurs et d’honorer ses engagements... (5)

  Qui, de nos jours, veut encore "faire son âge" ? Entre une jeunesse "adolescentrique" qui se prolongerait indéfiniment en "jeunisme", et d'autre part un "vieillissement" de plus en plus précoce qui ferait de notre société une société "gérontocratique", pour le plus grand nombre d’occidentaux gâtés la vie adulte en serait alors réduite à n'être qu'un mince passage entre ces deux modes d'existence, alors que pour d’autres ont du assumer des responsabilités d’adulte encore enfant et meurent d’épuisement avant toute retraite.

  L'adaptation à la réalité se construit pour l'essentiel au cours des sept premières années de la vie. Toutefois une situation intenable peut avoir des conséquences dramatiques sur ce processus et, par défense, engendrer un refus de la réalité chez le futur adulte. L'enfant, avec ses moyens limités, se protège de l'insupportable, et tout d'abord de la perversité de l'autre, la mère ou le père, mais aussi de tous les adultes dont il dépend plus ou moins directement (6). Sa volonté d'éviter la souffrance l'engage dès lors dans de fausses attitudes qui le tourmenteront jusqu'à l'empêcher de vivre en adulte et en fera un individu immature. 

« Les émotions habitent tout à la fois le goût pour la vie, la réjouissance, la gaieté, l'amour entre amants, l'amour filial, le lien entre amis, mais aussi les souffrances affectives, les déchirements, le mal-être psychique, le handicap, la maladie… » Entre amour et raison, une nouvelle "science de l'affectivité", phénoméno-empirique est apparut, l’Haptonomie (7).

  Ce qui est imaginé, rêvé ou fictif est considéré comme ne faisant pas partie de la réalité. Pourtant la vie d’adulte ne réserve que de bien réelles surprises. Les artistes sont-ils adultes? Un artiste qui s’intéresse à cette réalité de la maturation du vécu fait une peinture réaliste. Celle-ci  représente non seulement des personnes mais aussi des objets tels qu’un vase ou une bouteille, un animal, une fleur, un paysage, et renvoie à un spectacle identifiable du réel. Mais l’artiste peut tout aussi bien s’intéresser à la réalité de l’irréalité. Cette évasion intérieure peut sembler être un refuge, mais c’est surtout l’exploration ses propres capacités d’imagination, appelé par certain imaginaire ou surréel, ce n’est pas  un refuge abstrait ou naïf pour fuir la réalité.

  L'homme de parole contribue à mettre de l'ordre dans la réalité humaine.

  Le langage capable de "parler tout seul" ne nous paraît nullement absurde, c’est l’homme qui nous paraît naïf de s’être cru le centre du monde et le maître des mots. Nous vérifions que sa modestie est sa grandeur. Jeté au milieu du langage, il voit autour de lui, à mesure qu’il fait taire en lui la  petite voix obstinée de sa science et de ses organes mêlés s’agiter et surgir des figures innombrables. Il constate que c’était lui qui les empêchait de se former et de paraître. Il apprend que des techniques somment le langage de constituer ses figures, que les contraintes qu’il s’impose sont pleines de vertus et forcent des combinaisons insoupçonnées à se former. Ce que l’on croyait obstacle à l’inspiration est ouvrier de réalité.

« Quand une âme sensible et cultivée se souvient de ses efforts pour dessiner, d’après son propre destin intellectuel, les grandes lignes de la Raison, quand elle étudie, par la mémoire, l’histoire de sa propre culture, elle se rend compte qu’à la base des certitudes intimes reste toujours le souvenir d’une ignorance essentielle. Dans le règne de la connaissance elle-même, il y a ainsi une faute originelle, c’est d’avoir une origine ; c’est de faillir à la gloire d’être intemporel ; c’est de ne pas s’éveiller soi-même pour rester soi-même, mais d’attendre du monde obscur la leçon de lumière.» Jean Lescure (1912-2005) (8). 

Jean-Bernard Pouchous - 2007.

Bibliographie

N°5-1- Charles Chaumont, L’Organisation des Nations Unies, éd. PUF, coll. Que sais-Je ?, 1997.

N°5-2- Richard Leakey, Wildlife, Mon combat pour sauver les trésors naturels de l’Afrique, éd. Albin Michel, 2002.

N°5-3- Annie Gonthier-Hion, Les gorilles, éd. Apogée, coll. Espace des Sciences, 2006.

N°5-4- Thierry Gontier, De l'homme à l'animal: Montaigne et Descartes ou les paradoxes de la philosophie moderne sur la nature des animaux, éd. Vrin, coll. Philologie et mercure, 2000.

N°5-5- Delos-W Lovelace, Merian-C Cooper, Robert Latour, King Kong, éd. J'ai lu, coll. Librio, 2005.

N°5-6- Roy Kinnard, Tony Crnkovich, The Films Of Fay Wray, éd. McFarland & Co Inc, 2005.

N°-7- Annie Gonthier-Hion, Au secours des gorilles, Sur la piste des grands singes, de Karisoke à Conkouati, éd. Presse du Midi, 2006.

N°5-8- Michel Merlen, Borderline, éd.  Standard, 1991.

N°5-9- Carl Gustav Jung, L’homme et ses symboles, éd. Robert Laffont, 2002

N°5-10- Gérard Chauvy, Edouard Herriot (1872-1957) Et le radicalisme triomphant, éd. Lyonnaises, coll. Hommes et régions, 1996.

N°5-11- Jean de La Fontaine, Jean-Pierre Collinet, Fables, éd. Gallimard, coll. Folio, 1991.

N°5-12- Ésope, Fables de Ésope, éd. Belles Lettres, coll. des universités de France, 2002.

N°5-13- Gilles Deleuze, Spinoza et le problème de l’expression, éd. de Minuit, coll. Arguments, 1968.

N°5-14- Baruch de Spinoza, L'éthique, éd. Gallimard, coll. Folio, 1994.

N°4-1- Margaret S. Livingstone, Vision and art: The biology of Seeing, éd. Harry N. Abrams Inc, 2002.

N°4-2- Desmond  Morris, Biology of Art, éd. Methuen, 1962.

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N°4-4- André Lucas, Chimpanzé, éd. Animan N° 39, 1993.

N°3-1- Collectif, Les Grands Prédateurs, éd. Atlas, 2003.

N°3-2- Michel Denis-Huot, Christine Denis-Huot, La panthère (Album), éd. Milan Jeunesse, Patte à patte, 2006.

N°3-3- Michel Volle, Prédation et prédateurs, éd. Economica, 2008.

N°3-4- Charles Darwin, Daniel Becquemont, Jean-Marc Drouin, trad. Barbier, L’origine des espèces : Au moyen de la sélection naturelle ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie, éd. Flammarion, 2008.

N°3-5- Jean-Pierre Boutinet, Psychologie de la vie adulte, éd. PUF, coll. Que sais-je ?, 2005.

N°3-6- Henry Thomas, Les refus de la réalité : Notre identité en souffrance, éd. Imago, 2005.

N°3-7- Dominique Décant-Paoli, Haptonomie: L'être humain et son affectif, éd. PUF, coll. Que sais-je?, 2007.

N°3-8- Jean Lescure, Gaston Bachelard. L’Intuition de l’instant : Suivi de Introduction à la poétique de Bachelard, éd. Gonthier - Imprimerie moderne, 1966.

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Jeune chimpanzé

A/T, 130 x 240 cm., 1982