Composition - N°6

N°6-A- "Les congés payés de Euryale, Méduse et Sthéno", 2005, acrylique sur toile, 195 x 162 cm.

« Pour commencer, chantons les Muses Héliconiennes, reines de l’Hélicon, la grande et divine montagne.» Chant de Thésée l’anti-héros à l’initiation ratée.

N°6 -A- POPUL’ART.

  Oui! Nous pouvons raconter ce qui se passe dans cette peinture intitulée "Les congés payés de Euryale, Méduse et Sthéno", toute l’action, d’un bord à l’autre du cadre et même ce qui est caché et qui se déroule hors-champs, malgré nous.

  Nous sommes sur une plage appelée "Les Sables d’Argos" sur le littorale Méditerranéen, c’est l’été, nous sommes parmi un groupe de juilletistes qui profitent des congés payés. Il est 15h00, il fait chaud, au loin la mer et le ciel se confondent dans un même bleu. Incrusté en haut du cadre, le mot POPUL’ART fait de trois écritures superposées en bleu ciel clair, est recouvert d’une phrase écrite en rouge : LES CONGES PAYES DE EURYALE, MEDUSE ET STHENO (1).

  Nous voyons ici Persée qui vient d’occire la méduse. Il revient d’une partie de chasse sous-marine tenant sa proie avec son trident. Notre héros s’avance vers nous suivi de Madame Athéna, elle a les bras croisés, impatiente. Derrière elle et à droite du cadre, on distingue la silhouette impressionnante de Monsieur Zeus Jupiter, surnommé Jupi par les intimes. Arrivé de la droite du cadre, Persée passe devant Ovide, le type à la casquette, c’est le seul qui ne soit pas en congés payés, puisque qu’incognito, il travaille. Il s’est immergé dans la foule pour faire un reportage sur les exploits de Persée pendant les vacances, pour une revue nudiste. Ensuite il y a les deux soeurs de Méduse les Gorgones. La première, c’est Euryale qui ne sait toujours pas nager ce qui explique pourquoi elle ne se sépare jamais de sa chambre à air pour pneu d’automobile qu’elle traîne toujours derrière ses fesses. La deuxième, qui se tient un peu en retrait à droite de sa sœur, c’est Sthéno, elle fait la gueule parce qu’elle a des problèmes avec  son job de sténo-dactylo. Les deux soeurs suivent Persée d’un regard convenu simulant la terreur, car malgré qu’il soit le patron de la boite de "Sirènes en Titane" où elles travaillent toutes les deux, les nymphes ne le craignent pas car elles sont filles de Phorcys et de Céto créateur de l’entreprise, et donc immortelles contrairement à leur demi-sœur Méduse qui ne l’était pas.

  Dans la partie gauche, toujours en allant de gauche à droite nous distinguons le visage d’Apollon, le beau gosse à lunette noire. C’est lui qui anime le club de tir à l’arc sous le sobriquet prétentieux et sauvage de Wotan, il est aussi le chauffeur en livrée et casquette de la Roll’s de Jupi. Son vrai nom est Monsieur Phébus Apollon. Le gars qui porte des ray ban c’est Hermès le demi-frère d’Apollon, il a sûrement conseillé Persée pour le choix de son modèle de fusil sous-marin à propulsion élastique car il est expert en vente d’arme sous-marine. Il a fait tous les boulots celui-là, il a été agent de la circulation puis il a fait un peu de commerce pour le boss de son demi-frère, d’ailleurs à ce sujet tout le monde dit, ici, qu’il a sûrement du voler quelque éclair d’or à Jupi puisqu’il se retrouve aujourd’hui conducteur de corbillard. Dans l’agence funéraire qui l’emploi ses collègues le surnomme Mercure car il est très soupe au lait et fait monter pour un rien la pression dans l’équipe des croquemorts. Ces crises d’angoisse le prennent  surtout au centre de promession, un procédé écologique pour pulvériser le cadavre dans de l’azote liquide qui vient de remplacer les procédés de crémation traditionnelle.

  Nous continuons  à énumérer les personnages en allant vers la gauche pour distinguer parmi une brochette d’adolescents grands admirateurs de notre héros, idolâtres fanatiques : La jeune Perséphone (on ne connaît pas son vrai nom), adepte inconditionnel du culte de Persée, groupie hystérique de la super star des plagistes, c’est la fille à papa Jupi, encore pubère c’est la seule qui a le droit de rester habillée. Ensuite nous apercevons la tête du bel Adonis, qui se parfume à la rose, il a le look premier de la classe. Il sait lui-même auto proclamé président du fan club "Les Ados De Persépolis". A côté,  en arrière plan, il y a Daphnis (le plus grand),  c’est le joueur de pipeau, de flageolet et de flûte de Pan, c’est lui qui anime en duo avec Monsieur Daphnés Apollon, toutes les veillées autour du feu de camp sur la plage des "sables d’Argos". Tout à fait à gauche des ados, nous voyons en pied Abdère,  le plus complexé de la bande, ancien cancre invétéré il se dit "lad" et ne supporte pas qu’on l’appelle garçon d’écurie. Il est tout le temps en train de se chamailler avec Adonis car celui-ci aurait dit au cours d’une A.G. de l’assoc. L.A.D.P., qu’il puait le crottin de façon indécrottable (sic). Toujours à gauche en bordure du cadre il y a Électryon libre. Nous le distinguons à peine, il tient à la main son masque de plongée en caoutchouc noir. Ce garçon est très caractériel et délinquant, il a été récemment libéré de prison pour une broutille d’attaque à main armée. En pleine crise de boutons, Électryon est très jaloux de Persée, son père. Grand conspirateur il profère à qui veut l’entendre que lui aussi sait faire de la pêche sous-marine au trident élastique. Le problème c’est qu’il ne connaît que la  méthode de l’école de l’Agora de Polis, mais non celle que pratique Persée sur les conseils particuliers d’Apollon. Enfin, presque hors champs à gauche,  nous apercevons le chapeau blanc de Léda la belle jeune femme de Monsieur Tyndare le patron du bar restaurant la paillote "Calypso". Il  a paraît-il plus de 100 ans. Employée très jeune comme petite boniche dans le bar restaurant, elle est rapidement tombée en ceinte du vieux bouc ithyphallique ce qui lui a permis de devenir Madame Tyndare. Après la naissance de deux jumeaux, son mari lui offre comme gynécée une caravane garée derrière la paillote. Fille de Vénus et soumise au "patria potestas" du "pater familias", elle sert la clientèle du matin au soir. Mauvaise langue, elle cultive une réprobation tout azimut à l’encontre de son vieil époux de bistrotier. Elle l’accuse même de la contraindre à essuyer les verres au fond du café  et d’être à ce point radin qu’elle doit trimer toute la sainte journée dans la tenue la plus économique qui soit, celle d’Ève. En fait, elle est éperdument amoureuse de Jupi et prête à tout pour le séduire, c’est ce qui la tient en vie, elle en rêve passionnément. Quand elle est seule au bar avec quelques clientes qui sirotent des petits blancs résinés, elle n’a pas de mots assez flatteurs pour décrire les  moindres  détails anatomiques  du corps athlétique de Monsieur Jupi. Plus elle le couvre d’éloge, plus les Erinyes gloussent en remuant  leurs doubles mentons. Mégère (Erinyesde la haine) se  tord de rire, agitant ses seins flasques sur le zinc du bar. Tisiphone (La Vengeresse du meurtre...) pouffe en crise de fou rire bruyant tout en  retenant de ses deux mains l’agitation frénétique des bourrelets de son ventre. Alecto (l’Implacable) agite ses grosses fesses  sur le plastique de son tabouret tout en balançant deux jambonneaux au bout desquelles pendent de ridicules tongs arc-en-ciel. Léda, dans ces moments là, se sent bien seul. Elle songe que seul son Jupi peut la comprendre et faire taire les voix haineuses, vengeresses et implacables des mégères.

  La nuit venue, elle pleure, sans bruit dans la pénombre, caressant la jeunesse de son corps, l’esprit emporté par la rage et de désespoir en écoutant le centenaire ronfler toute la nuit, comme un sonneur emporté dans les bras de Morphée, par le sommeil des justes.     Comment faire pour s’en sortir, comment accéder à une autre condition? Un jour, elle eut une révélation alors qu’elle était à la plonge. "Radio Pythie", diffuse sur grandes ondes le programme féminin du début d’après midi. C’est l’émission hebdomadaire du célèbre animateur Mister Tirésias intitulée "Popul’art". Le succès de l’émission repose essentiellement sur une interprétation enthousiaste des oracles à la mode, comme ceux des trois Moires, mondialement respectées mesdames Clotho, Lachésis et Atropos. Entre deux pubs, soit de lécythe d’huile parfumée pour les soins du corps, soit d’amphore d’ambroisie de Cybèle,  l’une des trois Moires dit l’oracle en langue vernaculaire. Ensuite après une pause musicale (éternellement consacré au chant de ce crooner d’Hermés s’accompagnant à la lyre), Mister Tirésias en formule l’interprétation en langage populaire. Une des interprétations a aujourd’hui pour thème le mariage, ce qui  attire l’attention de Léda : « Les femmes se distinguent des déesses notamment par leur nécessité de veiller à la survie de leur espèce, grâce à l’union des hommes et des femmes. Pour distinguer l’être humain des autres animaux, le mariage est donc un outil social pour justifier les rapports sexuels. »

  Elle a envie de téléphoné au standard de la radio pour demander qu’est ce qui se passe quand il n’y avait plus ce genre de rapport entre les époux, mais elle n’ose, continuant sa vaisselle.

  La réponse lui vient par la voix de Cupidon qui joue, en intermezzo préenregistré, une satire de la personnalité de Monsieur Jupiter Zeus. Comme tout le monde le sait Cupidon a bien plus d’une corde à son arc, surtout quand il s’agit de toucher au cœur des auditrices. C’est plutôt une parodie qu’il propose, imitant les techniques et le style verbale du célèbre homme public. L’argument assez méchant, s’évertue à diminuer et réduire la taille du ce quelque chose qui plait tant à ces dames. De Déméter à Eurynomé, l’énoncé de ses maîtresses connues en passant par Dioné, Maïa et Latone, donne le vertige, sans compté l’énumération des nombreuses passades avec de simples mortelles comme Danaé, Sémélé, Alcmène Amphitryon, etc, et de tout ce que l’on ne sait pas encore. Il s’agit en fait, de le ridiculiser en examinant en détail tous ses défauts, notamment le principal qui est celui d’être un des plus grands coureurs de jupon de toute la côte. Ce jour là, Léda décide de faire tout ce qu’elle pourrait pour être la prochaine sur la liste de l’étalon. Elle rejette son torchon, attrape son chapeau de soleil et sort prendre l’air sur la terrasse des "Calypsos" quand une grande agitation sur la plage au loin, attire son regard. Il se passe quelque chose là bas, puisqu’une multitude de vacanciers s’y précipite. Face au vent du large, Léda s’approche comme les autres vers l’attroupement. Retenant d’une main son chapeau de paille blanche sur sa tête, elle traverse à grande peine, la haie des gens qui s’agglutinent. « C’est Thésée qui vient d’occire la Méduse », crient les spectateurs en liesse.

  Léda voit enfin le héros en train de fendre la foule admirative, il tient sa proie à bout de bras avec son célèbre trident.  Toute excitée, elle se range de côté pour le laissé passer et remarque qu’il est suivi par Athéna la patronne du camp et son viril JUPI. Un frisson la pénètre secouant tous ses organes des plus intimes au plus visibles, son visage s’empourpre et un grand TILT résonne dans sa tête (2).

  Mais revenons à la peinture.

 

N°6 -B- Action!

  Nous sommes là au moment précis où Léda va agir (hélas pour nous en dehors du cadre), elle fait alors le signe le plus éloquent qu’elle ai jamais fait, au dieu des Dieux. Ce dernier remarquant tout le talent naturel de l’actrice dans ce geste sensuel à son adresse, se retire en spectateur complice mais pudique derrière Madame Athéna Nike, à droite.

  Madame Léda Pindare est alors loin de se douter tout ce que ce simple signe va changer sa vie.

  Elle ne sait pas encore que Zeus va se transformer en ce signe et que vers deux heures du matin, à la fermeture de la paillote, une fois le vieux couché, d’un bref appel de portable à portable, il va l’attirer derrière la dune pour qu’elle lui serve une tisane digestive chaude pour la séduire. Fini le temps des vilains petits connards (canards). Elle ne se doute pas du tout que de leurs amours adultères répétés, au nez et à la barbe de Pindare, elle accouchera de deux enfants d’un même œuf (Hélène et Pollux).

  Jumeaux, futurs demi-frère et sœur de Clytemnestre et Castor, enfants de Tyndare, nés d’un précédent œuf. Ainsi elle va pondre les Dioscures (Castor et Polux frères dit jumeaux) futurs chefs de la future grande maffia méditerranéenne de l’Aréopage divin au service du boss des boss, le Président Directeur Général. Zeus (him-self) déguisé en majestueux cygne, croit dans sa toute puissance machiste, avoir ensemencé l’œuf, d’où éclorent les deux jumeaux mâles. Tout indifférent qu’il est au passé vaginal de sa maîtresse, il n’a jamais daigné s’intéresser  aux filles de Léda. Se moquant éperdument qu’elle ai mis au monde deux fils de géniteurs différents, il reconnut les deux garçons comme ses descendants.

« Il faut suivre au fond, là bas! »

« Les femmes sont plus chastes des oreilles que de tout le reste du corps. » Molière.

  Revenons aux enfants que Léda a eus très jeune avec le vieux Tyndare d’un premier œuf, ils s’appellent donc Castor et Clytemnestre. Cette dernière est ronde, pâle, et grincheuse. Son père, a d’ailleurs beaucoup de mal à la marier et fini par lui trouver le frère de son gendre Agamemnon comme époux. Cet homme est le patron d’une maison close du Péloponnèse, appelée "3 à Troie". Clytemnestre eue 4 enfants de cette union : Iphigénie, Chrysothémis, Electre et Oreste. Plus tard Agamemnon contrarié par le fisc, sacrifie à Artémis sa fille Iphigénie. Clytemnestre ne lui pardonne pas cet infanticide et elle le tue dans son bain à coup de poignard et à l’aide d’un filet en même temps que sa concubine, Cassandre. Elle devient alors un 1er. mars, la matrone des affaires du "3 à Troie", et prend un maquereau nommé Égisthe,  pour les filles du lupanar.

  Parvenu à l’âge adulte, Oreste, conseillé par Apollon, revient aux "Sables d’Argos", accompagné de Pylade, son cousin germain, pour exécuter la prophétie d’Apollon : « venger son père en tuant Égisthe et Clytemnestre et reprendre les choses personnellement en main. » Ce dernier crime, bien que pouvant être vu comme une juste vengeance selon une loi des lointains hébreux "loi du Talion", « Œil pour œil, dent pour dent. », fait d’Oreste un matricide, un paria dans sa cité.

  Apollon a perdu la raison, il sait bien que la "vendetta" désigne dans les régions méditerranéennes la vengeance d’un meurtre ou d’une simple offense qui implique tous les parents et engendre l’affrontement des familles sur des périodes parfois interminables. Pourquoi Thémis à l’épée et à la balance a-t-elle laissé faire ? Comme l’indique la notion de "vengeance", il s’agit d’une justice privée. Comment se fait-ce que  la  Titanide puisse admettre que des personnes se sentant offensées désirent "faire justice" par elles-mêmes.  C’est-à-dire que la punition se fasse en dehors de la justice pénale et n’ai jamais recours à un juge comme tiers impartial et désintéressé.

  Par Jupiter,  par son propre Grand-père, c’est par Zeus lui-même, qu’Oreste sera jugé par l’aréopage divin, pour le meurtre de sa mère Clytemnestre. L’aïeul, décide l’assemblée à débloquer des fonds pour le faire tourmenter à jamais par les Erinyes, aussi appelées Furies ou communément emmerdeuses professionnelles (350 € au black et cache l’emmerdement basique garanti). Poursuivi sans relâche, en proie à des crises de folie passagères, constamment sous neuroleptiques, barbituriques et autres psychotropes. Oreste préférant la mort à ces tourments, finit par se présenter à nouveau devant l’Aréopage divin. L’assemblée décide alors, sur les conseils d’Athéna, de l’absoudre du meurtre de sa mère.

  Qu’est ce qu’aurait fait Madame Léda Pindare si on lui avait raconté toute cette tragédie, avant qu’elle ne fasse ce signe fatidique à Zeus?

  C’est tout un art que d’appréhender ce qui est encore caché, et  en particulier de prévoir l’avenir. Interpréter les mots d’Hermès (messager des dieux et interprète de leurs ordres) par association d’idées et d’une façon intuitive ou très codifiée, n’est pas chose aisée.    Car la crédulité des gens (effet Barnum) qui ignorent s’ils se trouvent face à l’oracle d’un devin inspiré ou d’un charlatan sème toujours un doute pesant dans les consciences (1).

  Lever le camp…

« Les femmes rougissent d’entendre nommer ce qu’elles ne craignent aucunement de faire. » Montaigne.

  Revenons à nos joyeux juilletistes.

  Persée est actuellement au centre de la peinture, il va sûrement traverser le cadre et se diriger vers le camp. Son objectif est d’offrir la tête de Méduse à Madame Athéna qui le suit de prés, sur sa gauche, les bras croisés, impatiente. Derrière elle on distingue la silhouette impressionnante de Monsieur Zeus de son petit nom Jupi. Madame Athéna est la patronne de ce centre de loisirs estival en bordure de mer au pied du Mont Hélicon, appelé "la nouvelle Athènes". Une fois arrivée dans l’enceinte du terrain de camping, suivi de la foule des vacanciers admiratifs, Persée traverse le village de tentes et de caravanes suivant une allée bordée d’eucalyptus et de cocotiers qui mène à la terrasse du "Calypsos". L’animation péplum de Persée consiste à trancher magistralement la tête de la Méduse et de la donner solennellement à la "déesse" (surnom affectif de Madame Athéna, la patronne). Celle-ci offrira une tournée générale de jus de pommes d’or ramenées du jardin des Hespérides par le jeune garde du corps de Jupi, Héraclès. Athéna elle-même fixera l’égide sur le panneau publicitaire au-dessus de l’entrée de son terrain de naturisme. Montée sur un petit escabeau elle cloue la tête de Méduse sur cet arc de triomphe de fortune, sous les applaudissements du public. Relation publique oblige, Athéna dans toute sa magnificence, pose sur la marche la plus élevée de ce socle improvisé. Voilà pour tous les photographes et de vidéastes amateurs la beauté et la puissance féminine à immortaliser comme un instantané sacré dans le plus pur des marbres virtuels. Monsieur Ovide, le journaliste à la casquette, griffonne quelques notes au crayon HB sur son petit carnet de reportage. L’égide avec ses gros yeux proéminents, deviendra alors pour tous les passants, un bouclier efficace pour protéger contre toute usurpation, cette licence d’exploitation commerciale que Madame Athéna a eue tant de mal à avoir. En effet elle a dû se déplacer elle-même dans son plus simple appareil (Scooter Peugeot) pour faire jouer ses relations personnelles.

  Tout son mérite repose dans la tenue de son intervention auprès de Monsieur Zeus Jupiter, son ami. Outre qu’il soit le plus gros et seul actionnaire de son affaire il  possède surtout le charme discret des puissants, celui d’être le plus grand responsable nationale de la plus haute instance politique et donc le plus écouté de la cité toute proche. Ce Grand homme qui a beaucoup d’action à son actif, a du intervenir avec beaucoup d’élégance auprès du représentant indigène de l’administration locale pour qu’il revienne sur un jugement un peu hâtif qui a motivé une certaine attitude rétentionnelle à l’octroi de subvention.

  Ce qui lui est reproché ce n’est pas que cette décision ait été prise de façon hâtive, à titre personnel et sans consultation démocratique de l’électorat du voisinage mais surtout que l’argument négatif principal est tout à fait forfaitatoire ou rédhibitoire puisqu’il émet des réserves défavorables sur le style de costumes qui doit être imposé à la future clientèle de la société à revenu limité dans l’enceinte privée du camp. Bref, ne revenons pas là-dessus, tout çà est maintenant du passé d’autant que Madame Athéna accumule le soutient d’hommes importants puisque Persée aujourd’hui, lui offre la tête de la Gorgone au regard foudroyant propres à terroriser l’humanité entière. Pour le petit commerce en générale et pour celui de Madame Athéna en particulier cette arme publicitaire est terriblement efficace puisqu’elle n’est détenue par aucun autre chef d’entreprise. Offensive autant que défensive ce présent des dieux sera le symbole de sa future puissance souveraine en matière de loisir de plein air dans la région.

  La colonie de La Nouvelle Athènes va pouvoir communiquer et conquérir de nouveau territoire de marché sur le littorale ou les îles alentour.

  Tout concurrent à la simple vue de ce trophée est pétrifié de stupeur sur place, à la grande joie de ses partisans, tous ceux à qui elle a sacrifié sa vie intime et personnelle, ceux qui n’ont que cinq semaines de congés payés à lui donner par an... 

  Cette fiction "cinémato-picturale psychomotrice" est délirement inspirée de  la pièce "Léda et le cygne" d’Alfred Jarry (1873-1907) (2).

Être nu quelque part : « C’est le regard qui résume aussi le phénomène naturiste. Dans ces lieux, la nudité est mixte, familiale, les générations se côtoient, chacun vaque à ses activités, pratique des activités sportives, se baigne, fait les courses ou la cuisine. Étrange endroit! Pour certains, c’est un lieu d’utopie, pour d’autres une situation gro­tesque et ridicule. Quoi qu’il en soit le regard du naturiste est construit, éduqué, il est horizontal et se distingue du regard de ceux qui jugent: le regard de la langouste, qui jauge l’autre en le détaillant de bas en haut, en s’arrêtant sur chaque endroit de la carapace, à la recherche du défaut. À la fin des années 1970, nous avions décidé, avec des amis, de partir pour les vacances en URSS. Le passage du rideau de fer nous transporta dans un autre monde. Dans les campings, les W-C. distri­bués en partie hommes et partie femmes n’avaient pas de portes: première surprise, premier effroi, première confrontation avec une gestuelle de nudité qui requiert dans nos contrées repli et confiden­tialité. Quant à la toilette, elle fut l’occasion de rencontres inou­bliables. Une fois surmontée la difficulté de la langue pour trouver les douches des dames, c’est à deux filles que nous avons fait une entrée remarquée dans ce sanctuaire féminin, où le temps de cette douche fut celui d’un spectacle. Le groupe des femmes qui nous accueillit était constitué de travailleuses d’un chantier de réfection de la voirie. Sous les jets d’eau d’un vieux système de canalisation bruyant, les commentaires fusaient dans des éclats de voix joyeux; incompréhensibles pour nous, mais tout à fait explicites. Nos nudités «françaises » qui, a priori, du point de vue anatomique, ressem­blaient à celles des autres, étonnaient, faisaient rire, apitoyaient : nous étions des curiosités. Cette expérience culturelle d’un genre particulier nous fit com­prendre qu’en U.R.S.S. on n’est pas nu comme en Europe. La nudité de ces femmes russes était collective. Après un travail pénible et salissant, l’heure de la douche sonnait pour elles la fin de la journée. Comparée à nos habitudes, la situation était troublante car pour nous, rien de tel, la douche étant davantage un temps de retrouvailles avec soi-même dans le secret de la salle de bains. Quant à imaginer une telle promiscuité avec nos collègues de travail, impossible ! Les soins du corps et la toilette furent bien, ce jour-là, l’occasion de la confrontation directe de deux types de nudités. La proximité des corps, le partage d’un même moment dédié à la toilette, dans cet espace confiné, favorisa une communication qui passait au-delà du langage. En quelques mots, quelques claques sur les fesses et des sourires, nous avions fait l’expérience, par la nudité, de nos cultures. » Francine Barthe-Deloizy dans "Géographie de la nudité" (3).

  La colonisation est un processus d’expansion et de domination politique, culturelle et économique déjà  pratiquée bien avant les Grecs. Pour diverses raisons, il y avait conquête de territoire étranger et assujettissement de leurs habitants indigènes,  la métropole imposait ainsi son impérialisme. La colonisation se caractérise évidemment par l’envoi massif (colonie de peuplement) ou non (comptoir, protectorat...) de colons issus du pays colonisateur ou d’anciennes colonies satellites de celui-ci, afin de gérer la nouvelle colonie.

« Rien n'échoue comme le succès », observait Gilbert Keith Chesterton (1874-1936).

Jean-Bernard Pouchous - 2008.

Bibliographie

A-1- Robert Muchembled, Culture populaire et culture des élites dans la France moderne - XV/XVIII e. siècles : Essai, éd. Flammarion, Coll. Champs, 1993.

A-2- Jean Cuisenier, L’Art populaire en France, éd. Office du livre, 1975.

B-1- Anne-Lise Piétri-Lévy, L’Objet dénaturé : Art populaire, fonction sociale et orientation commerciale, éd. PUM, coll. Hespérides. Les livres de caravelle, 1991.

B-2- Alfred Jarry, Henri Bordillon, Léda, éd. Christian Bourgeois, 1993.

B-3- Francine Barthe-Deloizy, Géographie de la nudité, éd. Bréal, coll. D’autre part, 2003.

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