Composition - N°5

N°5-"Middle Class", 2005, acrylique sur toile, 160 x 195 cm.

« Le mot “salaire” vient du latin  salarium  qui désignait la solde du soldat. Et cette solde consistait en une petite indemnité juste suffisante pour lui permettre d’acheter une ration de sal, autrement dit de sel. » Bernadette de Castelbajac dans  HISTORIA N°372.

 

N°5-Auto-détermination.

  Cette peinture intitulée "Middle class", comme son titre anglais l’indique évoque les États Unis d’Amérique (United States of America, USA) ou l’État fédéral d’Amérique du Nord. En 1776, les pères fondateurs voulaient édifier, loin de la vieille Europe, une nation fondée sur de nobles idéaux, la liberté, la sécurité et la recherche du bonheur (1). Aux millions d’immigrés qui y ont trouvé refuge, il a suffi d’un siècle et demi pour faire des États-Unis la première puissance mondiale. Une population jeune et dynamique, stimulée par la liberté d’entreprendre et sans cesse renouvelée par l’immigration, a su conquérir un immense territoire et mettre en valeur ses abondantes ressources. Elle a façonné un espace de type moderne, urbanisé, fonctionnel, apte à la production et aux échanges. Par sa puissance et sa vitalité, son industrie culturelle a diffusé ses modèles dans le monde entier (2). Mais le "rêve américain" a souvent laissé place à des réalités moins exaltantes : ségrégation, intolérance, gangstérisme, drogue, violence urbaine, tentations impérialistes.

  Les pays déclarant s'inspirer du marxisme ont aussi fortement développé le salariat : « C'est le salariat qui est l'organisation bourgeoise actuellement existante du travail. Sans lui, point de capital, point de bourgeoisie, point de société bourgeoise » Karl Marx (1818-1883). Depuis la seconde guerre mondiale, avec la mise en place de la cotisation sociale comme composante du salaire et son mécanisme par répartition, ce n'est plus le salariat qui est visé par la théorie marxiste mais l'emploi. Néanmoins, à la fin du XX e. siècle, l’effondrement de l’Union soviétique a conforté le rôle majeur joué par cet immense Amérique dans un monde politique et économique actuellement en recomposition.

« The socioeconomic class between the working class and the upper class, usually including professionals, highly skilled laborers, and lower and middle management. » English dictionary.

  C’est aux États Unis d’Amérique, au début du 20 e. siècle, avec le développement de la production de masse et le taylorisme que s’est mise en place une véritable "Middle Class" ou  classe moyenne ou société salariale. Jusqu’au début du 20 e. siècle, les ouvriers constituaient l’essentiel du salariat. Ce n’est plus vrai aujourd’hui, le salariat se compose de nombreuses catégories : cadres, techniciens, employés et ouvriers évidement. L’âge d’or du salariat se situe pendant les 30 Glorieuses avec l’institution d’un rapport (ou compromis) salarial fordiste (quasi plein emploi, augmentation régulière des salaires réels avec les gains de productivité et la hausse des prix, développement de l’Organisation Scientifique du Travail, part grandissante des salaires indirects, consommation de masse…). Le salariat devient alors un véritable statut, source de reconnaissance sociale et d’identité. Depuis dans une grande majorité d’état-nation tout le monde veut jouir du statut de salarié et faire parti de la grande classe moyenne. En France la part des salariés dans la population active française a augmenté de façon vertigineuse : 1954 : 64,8 % - 1962 : 71,7 % - 1968 : 76,0 % - 1975 : 82,0 % - 1990 : 85,6 % - 1999 : 90,6 % - 2004 : 91,2 % - Après la crise de 1973, le ralentissement de la croissance et la montée du chômage, certaines catégories de salariés (les moins qualifiés souvent) sont touchées par le chômage de longue durée et sont exclus de la société de classe (RMI, SDF…). Pourtant il existe un nombre encore non  négligeable de non salariés, travailleurs indépendants (exploitants agricoles, artisans, commerçants, professions libérales) qui vivent hors de ce système, notamment pas mal d’artistes peintres et sculpteurs (3).

  La classe moyenne salariée créé ses propres mythes : "Le Salaire de la peur", est un roman (4) adapté au cinéma et sorti en salle en 1953 par Henri-Georges Clouzot (1907-1977), avec Yves Montant  (1921-1991) (5); on est terrorisé par ce qui peut arriver aux 4 chauffeurs, embauchés pour quelques dollars de plus afin de convoyer 4 tonnes de  nitroglycérine sur une piste perdue du Guatemala vers un derrick en feu dont il faut éteindre la  flamme par le souffle d’une violente explosion. "Et pour Quelques dollars de plus" (Per qualche dollaro in più -1965) est un western de Sergio Léone (1929-1969) (6) avec Clint Eastwood (1930-…) (7)...

  On imagine mal un artiste plasticien (auteur indépendant) salarié voir fonctionnaire. Pouratant Pallas Athéné s’enracine dans Athéna  déesse de la sagesse, protectrice des arts et des sciences. « N’imputez qu’à Pallas un exil nécessaire, Son orgueil dès longtemps exigeait ce salaire. » Jean Racine (1639-1699) dans "Britannicus" (8). Entre destin et libre arbitre tout travail mérite salaire. Tout l’enjeu de l’antinomie du destin et du libre arbitre peut se résumer par l’interrogation : Doit-on se déterminer à ? Doit-on être déterminé par ?

  Baruch Spinoza (1632-1677) indique : « une chose sera dite libre, qui existe sur la seule nécessité de sa nature et est déterminée par soi seule à agir ; une chose sera dite nécessaire, ou plutôt contrainte, qui est déterminée par autre chose à exister et à opérer suivant une loi certaine et déterminée » dans "Ethique", I, déf. VII.

  Dans "Au-delà du déterminisme : le dialogue de l’ordre et du désordre", Le débat, n° 6 (1980)  le sociologue et philosophe français Edgar Morin (1921-…) (9), explique que le champ de la connaissance parle   : « non d’un univers en soi, mais d’univers vu/perçu/conçu par un esprit humain hic et nunc (…) c’est-à-dire que je parle de la collaboration du monde extérieur et de notre esprit pour construire la réalité (…) le problème est non pas de diviniser ou d’exorciser le hasard, mais de ne plus chercher à l’éliminer idéalement du monde. ».

  Déterminisme encore avec "Phèdre" (10), où Platon compare l’âme à un attelage ailé, avec comme cocher la raison, l’esprit, l’intelligence, (noûs), comme cheval obéissant, la volonté, le coeur, (thumos) et comme cheval rétif, les désirs, le "ventre"  (épithumia).

Plus loin, il écrit : « L’Essence (qui possède l’existence réelle), celle qui est sans couleur, sans forme et impalpable ; celle qui ne peut être contemplée que par le seul guide de l’âme, (le noûs) l’intelligence; celle qui est la source du savoir véritable, réside en cet endroit. Pareille à la pensée de Dieu qui se nourrit d’intelligence et de science absolue, la pensée de toute âme, cherchant à recevoir l’aliment qui lui convient, se réjouit de revoir après un certain temps l’Être en soi, se nourrit et se rend bienheureuse en contemplant la vérité, ...»

  Qui aura raison de la raison ? Le hasard ou la nécessité !

« L’étude des mathématiques, en comprimant la sensibilité et l’imagination, rend quelquefois l’explosion des passions terrible. »   Monseigneur Félix-Antoine-Philibert Dupanloup  (1802-1878) dans "De la haute éducation intellectuelle" (1855) (11).

  Rémunérer l'emploi aboutirait à le subordonner aux lois du commerce, au marché du travail ; la facture sera alors classée moyenne, mais générale.

  Le "Dictionnaire de la bêtise et des erreurs de jugement" (12), publié en 1965 par Guy Bechtel (1931-…) et Jean-Claude Carrière (1931-…), contient des « galimatias, bévues et cacographies, des pensées déréglées et absurdes, des hypothèses plus ou moins hasardeuses touchant l’histoire universelle ou la biographie des personnes, à quoi l’on a ajouté un certain nombre de sottises, des folies ou imaginations de toutes sortes et plusieurs balivernes ». Le but de cet ouvrage, explicité en préface, est de réhabiliter les bêtises proférées au cours de l’histoire en leur donnant la place qu’elles devraient occuper, car elles ont véritablement une place décisive dans la formation du savoir humain universel.

  Exemple de déterminisme a contrario : La littérature définitionnelle a été créée en 1966 par Georges Perec (1936-1982) (13), Raymond Queneau (1903-1976) (14) et Marcel Bénabou (1939-…) (15).

  Définition : Dans un énoncé donné, on remplace chaque vocable signifiant (substantif, adjectif, verbe, adverbe) par une de ses définitions dans un dictionnaire donné ; on réitère l’opération sur le nouvel énoncé obtenu, et ainsi de suite.

  Exemple pédagogique : Soit un énoncé de départ simple : Le chat a bu le lait

  Etape 1 : Le mammifère carnivore digitigrade  domestique a avalé un liquide blanc, d’une saveur douce fournie par les femelles des mammifères

  Etape 2 : Celui qui a des mamelles, mange de la viande, marche sur l’extrémité de ses doigts et concerne la maison a fait descendre dans le gosier par l’estomac un état de la matière sans forme propre, de la couleur du lait, d’une impression agréable sur l’organe du goût et procuré par les animaux  du sexe  féminin qui ont des mamelles.

  Autre exemple pédagogique : Les salariés sont la classe moyenne.

  Etape 1 : Le salaire est un revenu qui rémunère le travail des employés d’une entreprise ce qui a permis l’émergence du pouvoir d’achat d’une classe sociale moyenne dominante.

  Etape 2 : Celui qui perçoit un salaire, une feuille de paie mensuel, une somme d’argent régulière d’où sont déduit des charges patronales et salariales obligatoires garantissant des droits en matière de protection médicale, chômage, congés payés et retraite a payer des impôts et acheter avec cette argent des biens de consommation courantes (alimentation, vêtement…), des moyens de transport collectifs ou individuels (automobile, moto, vélo…), un logement, de l’équipement domestique, des loisirs pour les week-ends et le temps libre ainsi que des vacances l’été au soleil dans un camp de naturisme pour s’amuser collectivement au "tir à la corde"…

« Où vas-tu donc, mon cher Phèdre, et d'ou viens-tu ? » Platon dans "Phèdre".

Jean-Bernard Pouchous - 2008.

Bibliographie

-1- Catherine Collomp, Histoire de l'Amérique du Nord, éd. Breal, coll. Chroniques, 2001.

-2- Howard Zinn, Frédéric Cotton, Une Histoire populaire des Etats-Unis de 1492 a nos jours, éd. Agone, coll. Des Amériques, 2003.

-3- François Vatin, Sophie Bernard, Le salariat, théorie, histoire et formes, éd. La Dispute, coll. Essais, 2007.

-4- Georges Arnaud, Le Salaire de la peur, éd. Pocket, 2002.

-5- Philippe Crocq, Alain-Guy Aknin, Yves Montand : Le temps n'efface rien, éd. Nostalgie, 2006.

-6- Jean-Baptiste Thoret, Sergio Leone, éd. Cahiers du cinéma, coll. Grands cinéastes, 2008.

-7- Patrick Mc Gilligan , Clint Eastwood : Une légende, éd. Nouveau Monde, coll. Biographie, 2009.

-8- Jean Racine, Britannicus, éd. J'ai lu, coll. Librio Théâtre, 2004.

-9- Edgar Morin, Introduction à la pensée complexe, éd. Seuil, coll. Points essais, 2005.

-10- Platon, Phèdre, éd. Belles Lettres, coll. Classiques de poche, 2002.

-11- Monseigneur Félix-Antoine-Philibert Dupanloup (1802-1878), De la haute éducation intellectuelle. 1855. Cité par le Dictionnaire de la bêtise et des erreurs de jugement, éd. R. Laffont, 1965.

-12- Guy Bechtel, Jean-Claude Carrière, Dictionnaire de la bêtise et des erreurs de jugement, éd. Robert Laffont, 1965.

-13- Georges Perec, La Vie mode d’emploi, éd. LGF, coll. Livre de Poche, 1980

-14- Raymond Queneau, Saint Glinglin, éd. Gallimard, coll. L’Imaginaire, 1981.

-15- Marcel Bénabou, Pourquoi je n’ai écris aucun de mes livres, éd. PUF, coll. Perspective Critiques, 2002.

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Middle class

a/t, 160 x 195 cm., 2005