Paysage - N° 3 - 2 - 1

N°3-"Céphalonie - Île Ionienne", 1998, acrylique sur toile, 97 x 146 cm.

« Il n’est pas possible de vivre heureux sans être sage, honnête et juste, ni sage, honnête et juste sans être heureux. » Épicure (1).

 

N°3 - Mer ionienne.

  Cette peinture intitulée "Céphalonie - Île Ionienne" représente un bord de mer Ionienne. Nous sommes sur la côte de Céphalonie, dans le none de Céphalonie et d’Ithaque, îles situées à l’ouest de la Grèce continentale. J’ai aimé me promener dans ces îles en pensant à l’Odyssée d’Homère. Ulysse était le roi d’Ithaque, île qu’il retrouva après avoir erré en mer. C’est à Ithaque que sa femme Pénélope l’a attendu malgré les sollicitations de nombreux prétendants. Des astronomes ont estimé que la date de retour d’Ulysse vers Ithaque serait de 1178 av. J.-C. Comme le temps passe !

  Jean-Bernard Pouchous a peint plusieurs marines et paysages du littoral de la Grèce, en se souvenant des nombreux voyages qu'il a fait dans les époques baba-cool des années soixante. Seule ou accompagné, il descendais en auto-stop à Brindisi en Italie ou au Pirée d’Athènes où il s’embarquais sur un ferry. le jeune artiste trimbalait son sac à dos de cale en pont, de rade en baie, de port en crique, de ville en village, dormant à la belle étoile, de champs d’olivier en vignoble et de plage en location de terrasse sur les toits.  Il emportait toujours quelques livres avec lui, comme ceux d’Henry Miller, mais aussi le "Bardo Thödol" (Livre des morts tibétain) (2), et "Les Mythes Grecs" de Robert Ranke Graves (1895-1985) (3), tout en consultant le "Y-king"  à la moindre occasion.

  Henry Miller (1891-1980), a écrit des romans largement autobiographiques, le ton en est cru, sensuel. il est l’écrivain de la révolution sexuelle avec la "Crucifixion en rose", "Sexus" (4), "Plexus" (5), "Nexus" (6) etc, et  était également peintre et il l’écrit dans Peindre c’est aimer à nouveau (7).  Il était très connu à cause de toutes les controverses qu’il avait suscité dans une Amérique puritaine dont il avait stigmatisé l’hypocrisie morale. Ce rat de bibliothèque avait fuit New York pour vivre la bohème à Paris, fréquenté Anaïs Nin (1903-1977) (8) d’origine française, première romancière libertine vivant en péniche sur la Seine.

  Avec la prise de pouvoir des nationalismes, des idéologies sectaires et du racisme en Europe, comme beaucoup d’intellectuels et d’artistes de cette sale époque, il avait fuit la barbarie en prenant la route vers Corfou pour finalement se fixer sur la côte ouest des Etats Unis, à Big Sur en Californie (9). Son écriture virulente et scandaleuse avait profondément marqué les écrivains de la "Beat génération" (10) et à travers eux, les jeunes américains de mon âge, que je rencontrais alors en train de fuir cette guerre opportuniste qu’était le Viet-Nam (11). Ecouter Ravi Shankar et lire le "Bardo Thödol", c’était aussi l’expression symbolique de la contestation de l’ordre établi paternaliste ancien, mais aussi du conformisme de la société de consommation naissante par  les "baby-boomers psychédéliques" ("My génération" des Rolling Stone) dont je faisais manifestement partie (12).

« L’amphore garde longtemps l’odeur du premier vin qu’elle a contenu. » Horace.

Jean-Bernard Pouchous - 2007.

 

N°2-"Port île grecque - Koroni  en Méssénie", 1998, acrylique sur toile, 97 x 146 cm.

 « Il est bon qu’un vaisseau ait deux ancres. » Pindare (-518 à -446) (1).

 

N°2 - Koroni  en Méssénie.

  Cette peinture représente au premier plan un palmier dont le tronc et les palmes encadrent un paysage de la mer Ionienne. Sur le quai face à la mer, nous voyons une embarcation en cale sèche. Un homme est assis sur le bastingage d’un petit caïque bleu, il tient d’une main un sac en plastique transparent rempli de sardines. Un peu plus loin  il y à une mobylette. Dans le bleu de l’eau entre ciel et terre, sont ancrés quelques bateaux de pèche. D’après les ombres portées au sol nous devrions être en début d’après midi. Nous sommes à Koroni en Méssénie, une région grecque, au sud-ouest du Péloponnèse.

  Cette oeuvre, a été peinte en hommage à Ernest un drôle de maçon qui avait aidé Jean-Bernard Pouchous à restaurer une ferme dans le département du Doubs en Franche-Comté. En effet, il ressemblait beaucoup à cet homme là. Ce méridional était à la fois maçon et marin, il connaissait presque toutes les mers et océan du monde et ils ont beaucoup parlé ensemble de la mer Ionienne, de la mer Egée et de leurs îles. Pouchous a été en Grèce, 3 semaines par-ci, 10 semaines par-là, de 1969 à 1977, Il a donc connu la Grèce sous la dictature des colonels qui sont restés au pouvoir politique de 1967 à 1974 (1).

   La parité franc / drachme était très favorable, c’était avant l’euro. Quand le régime de la junte militaire des colonels est tombé et que la démocratie fut rétablie dans le pays, Jean-Bernard Pouchous était à Patmos dans le Dodécanèse, là où l’évangéliste Jean rédigea l’Apocalypse. C’était extraordinaire, lors de l’une de ces journées de changement de régime, un chaland de débarquement de l’armée nationale arrive droit sur la plage. La faune des étrangers "peace and love" qui se trouvait dispersée dans les parages se redresse et se regroupe animalement. Bientôt, le pont-levis métallique avant de l’engin de guerre, s’effondre de tout son poids sur la grève dans un poussiéreux nuage de sable. Le vacarme est si violent qu’il est repris en écho dans les montagnes alentours. Les poussières retombées au sol, le silence revenu, seule une petite poulette débarque en dindolinant son tutu sous les applaudissements frénétiques de tous les internationalistes nudistes aux cheveux longs morts de rire.  Bref, comme il ne se passait strictement  rien de plus, tout le monde est retourné à son "far nient" et Pouchous à sa  lecture des "Mythes Grecs" de Robert Rank Graves. Cet ouvrage paru en français en 1967, était déjà célèbre dans le monde anglo-saxon depuis 1955. Il présente 200 mythes qui vont de la création de l’Olympe et la vie de ses dieux, jusqu aux aventures de l’I1iade et de l’Odyssée. C’est une recréation de la mythologie par un poète qui explique et interprète les légendes classiques à la lumière des connaissances archéologiques et anthropologiques de son temps. Tous les éléments du mythe sont réunis et présentés avec art et maintes variantes y sont jointes pour aider à sa compréhension tant rituelle qu’historique.

  Les références aux sources classiques, les explications pertinentes,  rendaient ce livre précieux car Jean-Bernard Pouchous avait été fasciné par Musée, un poète grec semi-légendaire, natif d’Athènes, qui aurait été l’élève ou le fils d’Orphée. Non, l'étudiant/artiste avait été fasciné par l’expression de cette mythologie à travers les collections d’art grec du Musée National Archéologique d’Athènes, à l’Acropole avec le Parthénon, l’Erechthéion et ses Cariatides, les Propylées, le temple d’Athéna Niké, le théâtre de Dionysos, l’odéon d’Hérode Atticus ; le Pnyx, l’Eleusinion, L’agora avec l’Héphaïstéion, la Stoa d’Attale, l’olympiéion, etc. Ce qu'il  préférait regarder à l’époque dans les musées c’était le côté mythologie presque "BD" des décorations de céramique et poterie de la période classique comme les figures rouges dont l’invention est généralement attribuée au légendaire peintre d’Andokidès (fin du VIe. siècle av. J.C.). En vrai mythomaniaque, Pouchous poursuivait sa lecture de page en page, de mythe en mythe, en remontant vers son pays d'origine,  d’île en île par les Cyclades, le Péloponèse, Corfou, Brindisi,  l'Italie....

«Ils sont encore une foule de subtiles niaiseries bien plus spirituelles que toutes celles là. Ce sont des notions, des relations, des formalités, des quiddités, des eccéités, toutes choses qui ne peuvent être aperçues que par ceux qui ont d’assez bons yeux pour voir au milieu des plus épaisses ténèbres, ce qui n’existe nulle part » Erasme (1469-1536) (2) dans "Éloge de la folie", 1509 (3).

Jean-Bernard Pouchous - 2006.

 

N°1-"Port de Naoussa à Paros", 1998, acrylique sur toile, 117 x 146 cm.

« Jeunesse et adolescence ne sont qu’abus et ignorance. »  François de Montcorbier dit Villon (1431-1463) (1).

 

N°1 - Livre des transformations.

  Ce tableau intitulé "Port de Naoussa à Paros", est actuellement dans un chalet des Alpes de Haute-Savoie. Il représente une digue qui protège des sauts d’humeur de la mer les caïques de toutes les couleurs amarés dans le port de l’île de Paros, Naoussa. Paros est une île grecque de la mer Egée, à l’ouest de Naxos dans l’archipel des Cyclades. Il est pour Jean-Bernard Pouchous la représentation d’un lieu de la mer Egée, d’où je garde de très bons souvenirs d’errance en Grèce. C’est là que le jeune artiste a appris à se servir du "Yi-king".

  Le "Yi-king" ou livre des transformations I Ching, or book of changes, traduction du chinois en allemand de Richard Wilhelm (1873-1930) traduction en anglais (1967) de Cary Baynes (1883-1977), avait une préface de Carl Gustav Jung (1875-1961). Pour ma part je n’ai pu y accéder au texte original qu’à partir de la traduction de la version allemande en français (1973) par Etienne Perrot (1923-1996) (2).

« C’est le plus ancien livre de la Chine en est aussi le plus moderne. Le Yi King offre à l’homme une clé intemporellement neuve pour pénétrer l’énigme de son destin. Il nous entraîne, au-delà de toute théologie comme de tout système philosophique, à un degré de profondeur limpide où l’œil du cœur contemple l’évidence du vrai. L’unité est le fondement de l’univers. Mais, pour être fécond, le T’ai Ki (le Grand Commencement) doit se sacrifier en se dédoublant, car « à partir de ce qui est parfait, rien ne devient 2 ». Le monde ne nous révèle que le jeu des deux forces polaires, le mâle et la femelle, le plus et le moins, leurs épousailles et les dix mille êtres qui en sont les fruits. Le génial créateur des hexagrammes a su ramener cette variété sans limites à un schème mathématique enserrant la création comme un réseau, ou plutôt formant la trame qui la supporte et l’anime. Les soixante­ quatre hexagrammes groupant deux à deux les huit trigrammes obtenus en combinant de toutes les manières possibles les deux énergies primordiales constituent une image complète du monde. »

  Le "Yi-king" propose des pistes sur l’état actuel du monde et ses  évolutions possibles, jouant le rôle d’un oracle qu’on consulte avant de prendre une décision sur une question difficile. La méthode la plus usitée pour interroger le "Yi-king" ne nécessite que trois pièces de monnaie. On attribue la valeur « 2 » à pile et la valeur « 3 » à face. (Il ne s’agit que d’une convention ; l’inverse est tout à fait possible.) Selon que les trois pièces tombent sur pile ou face, on obtient une somme comprise entre 6 et 9.

6 correspond au Yin mutant (ou jeune Yin)

7 correspond au Yang naissant (ou vieux Yang)

8 correspond au Yin naissant (ou vieux Yin)

9 correspond au Yang mutant (ou jeune Yang)

  Les traits se notent dans l’ordre, de bas en haut. Au bout de six jets, on obtient un hexagramme complet. Il suffit alors de se reporter à la table des hexagrammes pour connaître le nom de l’hexagramme et les conseils de conduite relatifs à la question que l’on avait préalablement pris soin de poser par écrit. La présence éventuelle de traits mutants (jeune Yin ou jeune Yang) définit le caractère divinatoire éventuel de la situation du consultant.

  L’oracle chinois une fois lu sous les cieux grecs, les soirées de ces temps là finissaient sur les toits terrasses fraîchement passés à la chaux, en discutions interminables avant que chacun  tombe dans les bras de Morphée, fils d’Hypnos (le sommeil) et de Nyx (la nuit).

 «(...)

Le Soleil a rendez-vous avec la lune.

Mais la Lune n’est pas là et le Soleil l’attend.

Ici-bas souvent chacun pour sa chacune,

Chacun doit en faire autant.

La Lune est là, la Lune est là, La Lune est là, La Lune est là,

la Lune est là mais le Soleil ne la voit pas

(...) » Extrait de "Le soleil et la Lune" de Charles Trenet.

Jean-Bernard Pouchous - 2008.

Bibliographie

N°3-1- Epicure, Pierre Pénisson, Lette à Ménécée, éd. Hatier, coll. Classiques & Cie, 2007.

N°3-2-Jacques Bacot, Bardo Thödol  : Livre des morts tibétain, éd. Adrien Maisonneuve, coll. Classiques d’Amérique et d’Orient, 1998.

N°3-3- Robert Graves, Les Mythes Grecs, éd. Hachette Littératures, coll. Pluriel, 2007.

N°3-4- Henry Miller, Crucifixion en rose, tome 1 Sexus, éd. LGF, coll. Livre de poche, 1987.

N°3-5- Henry Miller, Crucifixion en rose, tome 2 Plexus, éd. LGF, coll. Livre de poche, 1987.

N°3-6- Henry Miller, Crucifixion en rose, tome 3 Nexus, éd. LGF, coll. Livre de poche, 1987.

N°3-7- Henry Miller, Peindre c’est aimer à nouveau, éd. Buchet-Chastel, 1962.

N°3-8- Anaïs Nin, Vénus érotica,, éd. LGF, coll. Livre de poche, 1981.

N°3-9- Henry Miller, Big Sur et les oranges de Jérôme Bosch, éd. Buchet Chastel, 1959.

N°3-10- Jack Kerouac, William Burroughs, Allen Ginsberg, Brion Gysin, Beat génération, éd. Flammarion, coll. Mille et une pages, 2005.

N°3-11- Nguyen Phu Duc, Viet-Nam: Pourquoi les Etats-Unis ont-ils perdu la guerre?, éd. Jean-Cyrille Godefroy, 1996.

N°3-12- Michel Lacroix, Le fabuleux destin des baby-boomers, éd. de l’Atelier, 2005.

N°2-1- Pindare, Jean-Paul Savignac, Oeuvres complètes : bilingue français-grec, éd. de La Différence, coll. Minos, 2004.

N°2-2- Clément Lépidis, Athènes presse libre, Le livre noir de la dictature en Grèce, éd. du Seuil, 1969.

N°2-3- Erasme, Philippe Farget, traduction Thibault de Laveaux, L’Éloge de la folie, éd. Mille et une nuits, la petite collection, 2006.

N°1-1- François Villon, Poésies complètes, éd. LGF - Livre de Poche, coll. Lettres gothiques, 1991.

N°1-2- Richard Wilhelm, Etienne Perrot, Yi-king : Le livre des transformations, éd. Médicis, 1994.

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