Naturisme - N° 7 - 6 - 5

N°7-"Naturisme N°1 - Mère et Enfant", 1979, acrylique sur toile, 195 x 130 cm.

« Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. »  Arthur Rimbaud (1).

 

N°7 - Nu impossible.

  Cette peinture intitulée "Naturisme N°1", est une des toutes premières peintures de nue que Jean-Bernard Pouchous ai peinte d’une facture franchement photoréaliste. Elle représente une jeune mère debout de face, elle a  son petit garçon dans les bras, ils nous sourient  tous les deux. En arrière plan il y a une aire de jeu pour enfants avec un  toboggan en plastique bleu. Nous sommes sur une plage éclairée en nuit américaine.

  C’est la vision d’un père. « Un papa peut être déplorable mais il est important de lui faire sa place : mieux vaut s’adosser à un arbre tordu qu’au vide ! »  Jacques Arènes (1957-…) dans "Y a-t-il encore un père à la maison ?" (2).

« Tout désigne le Nu comme un phénomène qui a si bien collé à la culture européenne que nous n'en sommes jamais sortis. Tant il relie l'Occident d'un bord à l'autre, d'une époque à l'autre, et a servi continûment de base dans la formation des Beaux-Arts. L'Eglise a pu rhabiller le sexe, mais elle a gardé le nu. En revanche, s'il est un espace culturel où le nu est resté complètement ignoré, c'est bien en Chine. Donnée d'autant plus surprenante que la tradition artistique chinoise a largement développé la peinture et la sculpture des personnages. Une absence aussi radicale, et qui ne souffre pas d'exception, renvoie à une impossibilité. Nous voilà donc conduits à nous interroger sur la condition de possibilité du nu : à quoi, d'un point de vue théorique, a-t-il dû de s'interposer entre la chair et la nudité, le désir et la honte ? » François Jullien dans "Nu impossible" (3).

  Imbécile! Les préjugés ont la vie dure, l’expression française de sexe faible, expression qui se dit également sexe imbécile, c’est-à-dire faible (ancien sens du mot imbécile), et, étymologiquement, sans bâton (du latin in - bacullum), donc, dans cette conception sexiste sans virilité. La mer méditerranée est féminine pour les français et virile pour les italiens (il mare), est-ce que les langues maternelles sexuent ?

Jean-Bernard Pouchous - 2009.

N°6-"Naturisme N°2, Jeune Fille", 1979, acrylique sur toile, 162 x 130 cm.

« Plaisir d’amour ne dure qu’un moment,

Chagrin d’amour dure toute la vie… » Plaisir d’amour, Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794) (1).

 

N°6 - Nubile.

  La peinture intitulée "Naturisme N°2, Jeune fille" représente une Nubile. Ce mot désigne l’état d’une personne en âge de se marier. En France, sous l’ancien régime, l’âge nubile était de 12 ans pour les filles et de 14 ans pour les garçons.

  La législation révolutionnaire du 20 septembre 1792 fit passer cet âge à 13 pour les filles et 15 pour les garçons (ajoutant ainsi un an de plus). La création du code civil par Napoléon Bonaparte et la loi du 1er Germinal an XII (1er avril 1804) pour faire passer l’âge nubile à 15 ans pour les filles et 18 pour les garçons (Article 144 du Code Civil). La dernière modification de l’âge nubile date du 29 mars 2005, passant à 18 ans pour les filles et supprimant les dispositions du code civil permettant aux parents d’autoriser le mariage de leurs enfants mineurs. L’amendement a été voté dans le cadre de deux propositions de loi contre les violences conjugales. Ce qui donne: (2005 - 1792 =) 13 ans pour les filles contre (1804 - 1792 =) 12ans pour les garçons (3).

Jean-Bernard Pouchous - 2007.

N°5-"Naturisme N°3 - Couple - Piscine", 1979, acrylique sur toile, 195 x 130 cm.

« Au bord des piscines de Beverly Hills, les starlettes aux seins gonflés à l’hélium découvrent la fêlure de Scott Fitzgerald, les nababs font de la gonflette en vue de la course à la Maison-Blanche, tandis que les petits bébés yankees jouent à la marelle sur les couleurs de l’arc-en-ciel. Et Pouchous vous direz-vous ? Il n’est pas loin, près du solarium, l'oeil sur l’objectif. » Patrice Delbourg, Texte du catalogue de l’exposition “réalismes et imageries”, “La réalité aujourd’hui ou la vie en rose” au Centre Culturel de Montreuil, 1980).

 

N°5 - Culte de la performance.

  Dans cette peinture intitulée "Naturisme N°3, couple - piscine", nous voyons un homme et une femme posant nus pour nous sur le bord d’une piscine, tout à la fois tendus et détendus. Ils gèrent avec plus ou moins de succès  leurs parties molles et leurs parties dures du mieux qu’ils le peuvent. Ils sont loin d’avoir le génial talent de Dali, qui un temps mou par impuissance sexuelle se disait à d’autres instants un dur en se faisant mondialement connaître pour plaire, notamment au star comme Mae West (1893-1980) (1); l’actrice sexe symbole de l’entre-deux guerres en  transformant son visage en salon surréaliste. L’homme aux moustaches en forme d’antennes, qui avait peur des mantes religieuses, vilipendait ces concurrents du pinceau : « Tout comme je m’étonne de ce qu’un employé de banque ne mange pas de chèque, je m’étonne aussi qu’aucun peintre avant moi n’ait pensé à peindre une montre molle. »  Salvador Dalí a eut le temps de peindre 1.648 tableaux dont  l’un d’eux qui représente une sirène dévorant ses victimes : Shirley Temple (1928-…) (2), le plus jeune monstre sacré du cinéma de son temps (1939, Gouache, pastel et collage sur carton, 75 x 100 cm. Rotterdam, Museum Boymans van Beuningen.) J’aime beaucoup cette oeuvre à cause de la petite “quéquette” posée au-dessus du bord au centre et en bas du tableau et qui représente le logo d’une marque célèbre de film technicolor.

« Pour le “mou”, opposé au “dur”, quelle meilleure illustration que l’histoire des “montres molles” qui est aussi celle du personnage de Dali : «Gala, au lieu de m’endurcir comme la vie aurait pu le faire, me construisit une coquille de bernard-l’hermite, si bien que dans mes rapports extérieurs je passais pour une forteresse, tandis qu’à l’intérieur je continuais de vieillir dans le mou, le super-mou. Et le jour où je décidai de peindre des montres, je les peignis molles. Cela se passa un soir de fatigue. J’avais une migraine, malaise extrêmement rare chez moi. Nous devions aller au cinéma avec des amis et au dernier moment je décidai de rester à la maison. Gala sortirait avec eux et moi je me coucherais tôt. Nous avions terminé notre dîner avec un excellent camembert et, lorsque je fus seul, je restai un moment accoudé à la table, réfléchissant aux problèmes posés par le “super-mou” de ce fromage coulant. Je me levai et me rendis dans mon atelier pour donner, selon mon habitude, un dernier coup d’oeil à mon travail. Le tableau que j’étais en train de peindre représentait un paysage des environs de Port Lligat dont les rochers semblaient éclairés par une lumière transparente de fin de jour. Au premier plan, j’avais esquissé un olivier coupé et sans feuilles. Ce paysage devait servir de toile de fond à quelque idée, mais laquelle? Il me fallait une image surprenante et je ne la trouvais pas. J’allais éteindre la lumière et sortir, lorsque je “vis” littéralement la solution: deux montres molles dont l’une pendrait lamentablement à la branche de l’olivier. Malgré ma migraine, je préparai ma palette et me mis à l’oeuvre. Deux heures après, quand Gala revint du cinéma, le tableau qui devait être l’un de mes plus célèbres, était achevé. » (3) Très peu de temps après, un marchand américain, Julien Lévy, acheta les montres molles rebaptisées "Persistance de la mémoire" (a). C’est lui qui allait faire connaître Dali aux États-Unis et être à l’origine de sa fortune. Il trouvait le tableau extraordinaire, mais anti-public et invendable. La suite allait lui démontrer le contraire car le tableau fut vendu et revendu pour finalement aboutir au musée d’Art moderne dont c’est, sans doute, le tableau le plus célèbre.» Robert Descharnes et  Gilles Néret dans "Savador Dali" (4).

 (a) "La Persistance de la mémoire", 1931, huile sur toile, 24 x 33 cm., New York, The Museum of Moderne Art. 

  Le "culte de la performance" (5) serait lié directement, d’après le sociologue français Alain Ehrenberg, à la « survie des individus placés dans une concurrence sans dehors ». Ainsi, l’individu sous perfusion est un aspect de l’entreprenarisation de la vie.

  Chimiquement assistés, les gens fatigués d’être eux-mêmes (6) sont nerveux dans notre civilisation, ils sont déprimés, ils ont  contractés la maladie de l’autonomie. Ils aimeraient  changer, et comme Salvator Dali pouvoir dire : « Chaque matin au réveil, j’expérimente un plaisir suprême: celui d’être Salvador Dali, et je me demande émerveillé, ce que va encore faire de prodigieux aujourd’hui ce Salvador Dali. » Salvador Dali dans "Journal d’un génie" (7) ; mais en eux même, il n’y a que mollesse ou dureté.

  Si l’autonomie est la faculté d’agir par soi-même en se donnant sa propre loi, ils en sont dépourvus. Si  l’autonomie est une liberté intérieure, une capacité à choisir de son propre chef, sans se laisser dominer par ses propres tendances anxiogènes, ni se laisser dominer de façon servile par une autorité extérieure, ils souffrent à la façon du grand et génial paranoïaque pour qui chaque instant fût l’occasion de faire une performance originale des plus folles (8).

  Je consens, donc je suis... Un débat très animé oppose aujourd'hui ceux qui, au nom de la liberté la plus totale, défendent le consentement sans s'interroger sur les déterminations sociales, culturelles, économiques et psychologiques des choix individuels, et ceux qui, au nom de la dignité de la personne, excluent a priori la notion de consentement (9).

« Les choses les plus subversives qui peuvent arriver à un ex-surréaliste sont au nombre de deux : la première consiste à devenir mystique et la seconde à savoir dessiner : ces deux formes de force viennent de m’arriver ensemble et au même moment. » Dali.

  En réponse à la dernière question d’une célèbre enquête menée par les surréalistes et datant du mois de décembre 1929, Paul Eluard (1895-1952) répondit : « L’amour admirable tu. » Or, non seulement cette conception absolue de l’amour ne l’a pas tué, mais elle fut la matrice de sa vie entière, donc de sa poésie, "L’Amoureuse" en témoigne. Associant, comme l’avaient fait Charles Baudelaire (1821-1867) et Guillaume Apollinaire (1880-1918), l’expérience amoureuse et l’expérience poétique, il y glorifie l’amour conjugal.

« Jamais deux sans toi. » (Faux proverbe.) Eugène Grindel plus connu sous ce nom de Paul Eluard, rencontre en 1913, au sanatorium de Clavadel, dans le canton des Grisons (Suisse), une jeune Slave aux yeux sombres du nom d’Hélène Omitrovnia Oiakonova Gala (1894-1982). Il l’épouse en 1917 et a composer pour elle une série de poésies amoureuses, parfois reprises en chansons, dont "Mourir de ne pas mourir" dans  "Capitale de la douleur" (10), "L’Amoureuse" :

« Elle est debout sur mes paupières

Et ses cheveux sont dans les miens,

Elle a la forme de mes mains,

Elle a la couleur de mes yeux,

Elle s’engloutit dans mon ombre

Comme une pierre sur le ciel. »

Jean-Bernard Pouchous - 2008.

Bibliographie.

N°7-1- Arthur Rimbaud, Lettres du voyant, éd. La Différence, coll. Tel Qu’en Eux, 1988.

N°7-2- Jacques Arènes, Y a-t-il encore un père à la maison?, éd. Fleurus, 1997.

N°7-3- François Jullien, Le Nu impossible, éd. Seuil, coll. Points Essais, 200A

N°7-4- Blaise Cendrars, Frédéric-Louis Sauser, Au Sans Pareil, éd. Le Formose, 1924.

N°7-5- Aristote, Sophie Van der Meeren, La Politique d'Aristote. : Avec le texte intégral du livre 3, chapitres 1 à 11, éd. Bréal, coll. La philothèque, 2002.

N°7-6- Jacques Chevallier, L'Etat de droit, éd. Montchrestien, coll. Clefs Politique, 2003.

N°7-7- Leo Strauss, Monique Nathan, traduction Eric de Dampierre, Droit naturel et histoire, éd. Flammarion, coll. Champs Essais, 2008.

N°7-8- Green Charter International, Green Charter International: Human Rights for the Third Millennium, éd. GCI, 1999.

N°7-9- Marie-Hélène Renaut, Histoire du droit pénal : Du X e. siècle au XXI e. Siècle, éd. Ellispes Marketing, coll. Mise au Point, 2005.

N°7-10- Evelyne Pisier, Sarah Brimo, Le droit des femmes, éd. Dalloz-Sirey, coll. A Savoir, 2006.

N°7-11- Georges Wiederkehr, Alice Tisserand-Martin, Guy Venandet, François Baraton, Code civil, éd. Dalloz-Sirey, 2008.

N°7-12- Xavier Martin, Mythologie du Code Napoléon : Aux soubassements de la France moderne, éd. Dominique Martin Morin, 2003.

N°7-13-Frédérique Granet, Patrice Hilt, Droit de la famille, éd. PUG, coll. Le droit en plus, 2006.

N°7-14- Pascal Perrineau, Dominique Reynier, Dictionnaire du vote, éd. PUG, 2001.

N°7-15- Thierry Bloss, Alain Frickey, La femme dans la société française, éd. PUG, coll. Que sais-je?, 2003.

N°7-16- Béatrice Bourdelois, Mariage polygamique et droit positif français, éd. Joly, coll. International, 1998.

N°7-17- United Nations, The work of CEDAW, : Reports of the Committee on the Elimination of Discrimination Against Women: 1988, éd. United Nations, 1997.

N°7-18- Réjane Sénac-Slawinski, La parité, éd. PUF, coll. Que sais-je?, 2008.

N°7-19- Francis Szpiner, Une affaire de femmes, éd. Balland, 1988.

N°7-20- Pierre Lachcar, Françoise Venditelli, Jean-Claude Pons, L’interruption volontaire de grossesse et sa prévention, éd. Masson, 2004.

N°7-21- Masquelet, Le Serment d'Hippocrate, éd. Maloine, 1997.

N°7-22- Béatrice Fontanel, Daniel Wolfromm, Petite histoire du préservatif, éd. Stock, coll. Crème, 2009.

N°7-23- Antoine, Oh Yeah ! : Souvenirs 1944-1974, éd. Arthaud, 2007.

N°7-24-Maurice Chevalier, 80 berges, éd. Julliard, 1967.

N°7-25- Simone Veil, Lucien Neuwirth, Elles sont 300 000 chaque année : Suivi de Accéder à la maternité, éd. Points, 2009.

N°7-26- David Serfaty, Contraception, éd. Masson, collection Abrégés, 2007.

N°6-1- Michel Cointat, Florian 1755-1794 : Aspects méconnus de l'auteur de Plaisir d'amour, éd. L'Harmattan, coll. Acteurs de la Science, 2007.

N°6-2- Molière, Les femmes savantes, éd. J’ai lu, collection Librio Théâtre, 2005.

N°6-3- Kronhaussen, Simone de Beauvoir, Majorité Sexuelle de la femme, éd. Buchet Chastel, 1966.

N°64- Pierre Vignais, Origines de la biologie contemporaine : une histoire des idées et des hommes, éd. EDP Sciences, coll. Grenoble sciences, 2001.

N°6-5- Jean-Louis Serre, La génétique, éd. Le cavalier Bleu, coll. Idées reçues, 2006.

N°6-6- Maurice Pergnier, Du sémantique au poétique : avec Baudelaire, Cocteau, Magritte, éd. L'Harmattan, coll. Sémantiques, 1997.

N°6-7- James D. Watson, La Double Hélice, éd. Robert Laffont, 2003.

N°6-8- Francis Crick, Une vie à découvrir, éd. Odile Jacob, 1989.

N°6-9- François Jacob, Le Jeu des possibles, éd. LGF, coll. Livre de Poche, 1986.

N°6-10- André Lwoff, L’ordre biologique, éd. Robert Laffont, 1969.

N°6-11- Jacques Monod, Le Hasard et la Nécessité, éd. Seuil, coll. Points Essais, 1973.

N°6-12- Dominique Busnot, Histoire du règne de Moulay Ismaïl, éd. Mercure de France, 2002.

N°6-1- Henri Focillon, La vie des formes, Paris, PUF 2004.

N°6-2- Claude Imbert, L'avenir se joue avant la naissance, éd. Visualisation Holistique, 1999.

N°6-3- Blandine Poitel, Les 10 plus gros mensonges sur... L'accouchement, éd. Dangles, coll. Les 10 plus gros mensonges sur…, 2006.

N°6-4- Roger Lécuyer, Le développement du nourrisson, éd. Dunod, coll. Psycho Sup, 2004.

N°6-5- Martine Huot-Marchand, Dessine-moi un enfant : Ce que l'enfant dit - ce que les parents savent, éd. Gérard Louis, 2008.

N°5-1- Dominique Mainon, James Ursini, Paul Duncan, Mae West, éd. Taschen France, coll. Movie Icons, 2008.

N°5-2- Shirley Temple, Shirley Temple, enfant star, éd. Michel Lafon, 1988.

N°5-3- Salvador Dalí, La vie secrète de Salvador Dalí, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 2002.

N°5-4- Robert Descharnes, Gilles Néret, Dali 1904-1989. Loeuvre peint 1904-1946, éd. Taschen, 1997.

N°5-5- Alain Ehrenberg, Le culte de la performance, éd. Calman-Lévy, 1991.

N°5-6- Alain Ehrenberg, L’individu incertain, éd. Calman-Lévy, 1995.

N°5-7- Salvador Dali, Journal d’un génie, éd. Gallimard, coll. Idées, 1974.

N°5-8- Jean-Louis Guillemin, Salvator Dali, Désirs inassouvis, Du purisme au surréalisme, 1925-1935, éd. Le Passage, coll. Livre illustré, 2002.

N°5-9- Michela Marzano, Je consens, donc je suis..., Ethique de l’autonomie, éd. PUF, 2006.

N°5-10-Paul Eluard, Capitale de la douleur, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966.

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